‹ Romain Rolland, l'homme et l'œuvreChapitre 4 sur 37 · A LUTTE · texte numérisé non relu

A LUTTE

portant pour son Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, C'est un rude et robuste ouvrier « en qui survit, a dit Roniain Rolland (i), l'âme raisonneuse et mystique des maîtres d'œuvres gothiques ».

Les Cahiers de la Quinzaine ne sont pas une revue, mais de petits volumes, publiés périodiquement, et contenant chacun une œuvre complète, ou un fragment d'œuvre important. Tout étant vicié par la réclame, Charles Péguy résolut de s'en passer complètement. Jamais il n'a voulu démordre de ce principe. Il l'applique avec une logique invraisemblable. Pas une annonce, rien. Loin du tumulte des boulevards, il s'est retiré, comme un ermite, dans une petite boutique obscure de la vieille rue de la Sorbonne. C'était une gageure. Charles Péguy l'a gagnée. Les

(1) Chronique parisienne de la Bibliothèque universelle el Revue suisse. Novembre 1911, p. 400.

Cahiers de la Quinzaine existent depuis plosde douze ans, le premier volume ayant paru en janvier 1900. La liste serait trop longue des jeunes talents qu'ils ont révélés : citons au hasard les frèires Tharaud et Moselly, tous trois, dans la suite, lauréats de l'Académie Goncourt, Pierre Harap,.

le Gorki français, Louis Gillet, le cri'tique d'art, les poètes François Porche et André Spire, Daniel Halévy, André Suarès, le génial auteur de Voici r homme ^ enfin Romain Rolland lui-même, qui, en première édition, a donné aux Cahiers presque tous ses ouvrages : ses drames populaires, ses biographies de héros, et son œuvre maîtresse, Jean-Christophe.

Non seulement, cet original de Jean- Christophe prétendait faire son chemin en se passant des « marchands de gloire », mais il les provoquait, il révélait leurs tripotages malpropres, il les clouait au pi-

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lori. On conçoit que ce terrible homme se soit fait des ennemis. Au début, il avait été assez bien accueilli. Une élite intellectuelle le soutenait envers et contre tous. Au mois de décembre 1906, Romain Rolland s'était vu décerner le grand prix de la Vie heureuse. Quelques articles sympathiques furent consacrés h l'Aube^ au Malin, à l'Adolescent [1). Mais, autour de la Foire sur la place ^ le silence se fit, à peine interrompu par quelques YO>ix amies. Jean-Christophe n'en frayait pas moins sa voie, lentement et sûrement. A mesure qu'il avançait dans sa grande œuvre, Romain Rolland s'est senti entouré d'un cercle de sympathies de plus en plus large. En dehors de l'élite dont nous par-

(1) En particulier, par M. Louis Gillet, dans le Journal des Débals du 16 août 1905, et par M. Gaston Deschamps, dans le Temps au 10 décembre 1905 (voir à l'Appendice).

lions tout à l'heure et du groupe fidèle des abonnés français des Cahiers, c'est en Angleterre, en Italie, et dans la Suisse romande (i) qu'il a trouvé ses premiers et ses plus chauds admirateurs. Il a eu ce sentiment vivifiant d'être entouré d'une fa- mille spirituelle à laquelle il donne beaucoup, du meilleur de son être et de sa pensée, et dont il reçoit, en échange, des dons semblables. Souvent il me Ta dit, ce sont ces amis inconnus, répandus un peu partout dans le monde (2), qui lui ont

(1) « Je suis vraiment touché, m'écrivait Romain Rolland, le 22 avril 1909, de la constante sympathie que mes efforts rencontrent chez vous. Mon Christophe doit beaucoup à votre petite France plus grave, où, dès ses premiers pas, il a trouvé des amis qui l'ont défendu. »

(2) A l'étranger comme en France, une élite intellectuelle a d'emblée compris la valeur et la portée de Jean-Christophe. On trouvera à l'Appendice des extraits d'articles publiés par les critiques les plus autorisés des principaux pays d'Europe. Parmi

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