L'INFLUENCE
C'est précisément cet amour intransigeant de la vérité que la partie la plus saine de la jeunesse française aime et admire en lui. C'est pour cela qu'elle subit son influence. L'un des plus vaillants représentants de cette génération nouvelle, M. Gaston Riou, le chef du groupe des « Jeune-France », en témoigne dans un récent ouvrage ( i ) ;
(1) Aux écoules de la France qui vient. Paris, Grasset, pp. 283, 286 et 287. Romain Rolland suit de près les travaux des jeunes de province qui fondent
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\'oici qu (isoii tour la Jeune- branct'^ si longtemps critique et négatrice s'est mise, elle aussi, elle surtout, avec ferveur, à descendre aux sources de son idéal. Elle est en pleine fièvre créatrice, .
Deux /tommes la représentent, C/iarles Péguy et Romain Rolland.
Nous V aimons, Romain Rolland — et Von peut dire cela de tous les écrivains auxquels les générations ont donné leur cœur — nous V aimons parce quHl est nous-même, parce qu'il est faible comme nous et fort comme nous, parce qu'il est, dans une signification profonde, notre poète. Oui, Romain Rolland
de petites revues pour lutter contre le mercantilisme littéraire. Il a été le premier à découvrir le talent d'Alphonse de Châteaubriant, qui est resté un de ses plus chers amis. Sa joie, c'est de découvrir des débutants, de les encourager, de les faire connaître, tel ce Paul Dupin, ancien employé de chemin de fer qui, sans ressources et sans aide, a étudié l'harmonie et est devenu un compositeur d'une personnalité très originale.
est notre poète. Il a senti avec intensité ce que nous cwojis senti, souffert ce que nous avons souffert^ espéré ce que nous avons espéré, et espérons, et voulons. Son œuvre est le chant de notre cune la plus secrète. Lyrisme, goût de V héroïsme ; — sens de la vie intérieure, respect religieux de toutes ses manifestations impondérables : art, musique, amour, foi, sacrifice ; patriotisme, un patriotisme visité par tous les souffles universels ; volonté d^ infuser le réel caché dans le réel visible, persuasion que le monde est en travail d^ une civilisation nouvelle^ et que, faute cVen voir encore le clair dessin, le tout est de vivre bravement, de garder F espérance, d'affronter le chaos et d'enfoncer Jiardiment sa pointe dans V avenir : tout cela bouillonne, et bruit, et chanté pêlemêle dans Romain Rolland. Car le chaos de son œuvre n'esLiiutre que F image tour à tour épique et lyrique de notre chaos.
Nous aurons à voir ce qu'il faut penser
de ce « chaos ». Un esprit inùi'i pai Texpériencc de la vie et formé à l'école de Spinoza, de Dante, de Shakespeare ou de (îoethe, ne peut avoir une vision dumonde iiussi sommaire et simplifiée que celle à laquelle aspirent ses cadets qui entrent pleins d'ardeur dans la carrière, avec le louable désir de voir devant eux un but précis et d'y marcher en droite ligne.
Quand, après un long exil, Jean-Christophe revient à Paris, il se montre plein d'une indulgente bonté pour les jeunes, pour ceux-là mêmes qui le traitent de vieil agité, ignorant la grammaire de son art. « Qu'ils nous fassent la leçon ! dit-il. Ils ont raison après tout. Aux vieux, de se remettre à l'école des jeunes ! Ils ont profité de nous, ils sont ingrats : c'est dans Tordre des choses. Mais, riches de nos efforts, ils vont plus loin que nous, ils réalisent ce que nous avons tenté. S'il
nous reste encore quelque jeunesse, apprenons à noire tour et tâchons de nous renouveler. Si nous ne le pouvons pas, si nous sommes trop vieux, réjouissonsnous en eux. Il est beau de voir les floraisons perpétuelles de l'âme humaine qui semblait épuisée, l'optimisme vigoureux de ces jeunes gens, leur joie de l'action aventureuse, ces races qui renaissent pour la conquête du monde. »
L'influence de Romain Rolland se propage de plus en plus, bien au delà des frontières delà France. Elle s'exerce dans les milieux les plus divers, sur de bons catholiques fidèles à leur Eglise, mais épris d'indépendance intellectuelle; sur certains protestants qui, sans abandonner leur foi, s'efforcent de la vivifier et de l'ouvrir largement au souffle de l'esprit moderne; sur des hommes affranchis de toute croyance positive, non de l'inguéris-