‹ Romaine Mirmault; romanChapitre 21 sur 29 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

A la lueur d'un réverbère, Pierre de Claircy lut le nom de la rueoù il se trouvait, puis il tira sa montre. Elle marquait huit heures moins un quart. Pierre sMnquiéta. La notion de la vie rentra brusquement en lui. Que dirait son frère en ne le voyant pas revenir pour dîner ? André se tourmenterait, croirait peut-être à quelque accident. Pierre de Claircy fit sig^e à une auto qui passait vide, mais la pensée de se trouver en face d'André lui fut pénible. Il prit dans sa poche une carte de visite ety g-riffonna quelques mots, après avoir parlementé avec le chauffeur. L'homme avait compris, et la voiture 8'éloi,|^na avec le message. Cela fait, Pierre éprouva une impression de soulagement. Dans ce quartier lointain, derrière le Panthéon, rien ne troublerait sa solitude. Les rues étaient désertes, et il continua à marcher au hasard. Soudain il s'arrêta. Des larmes coulaient sur ses joues.

Une sourde et cuisante douleur le torturait. Romaine ne l'aimait pas, ne l'aimerait jamais. Mais, alors, pourquoi était-elle venue à lui en

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amie ? Pourquoi avait elle feint de s'intéresser à lui ?

Pourquoi l'avait-eile interrogé sur ses projets d'avenir? Pourquoi avaitelleparuse plaire en sa compagnie? Pourquoi avait-elle laissé s'établir entre elle et lui une de ces intimités qui conduisent si bien à l'amour ? Et des images réapparaissaient aux yeux de Pierre. Il revoyait Romaine, durant leurs promenades à travers Paris ; Romaine à Argimon, errant avec lui dans le parc; Romaine à laFoulerie, dans la vieille salle à manger qu'ornaient les grisailles d'Eros et de Psyché. Ah ! comme tout cela était proche et lointain à la fois! Psyché avait éteint sa lampe, et maintenant c'était la nuit douloureuse et solitaire où l'on va devant soi, sans guide et sans but.

Pierre de Claircy continuait à marcher. De nouvelles larmes roulaient sur ses joues, mais celles-là n'étaient pas des larmes de regret et d'amour, c'étaient d'amères et d'irritantes larmes de confusion et de colère. 11 les pleurait sur lui-même, sur sa faiblesse, sur sa lâcheté. Car il avait été lâche. Que Romaine Mirmault l'aimât ou non, ne s'étail-il pas juré, en entrant chez elle, de n'en ressortir que maître de son corps et, l'âme raffermie à jamais par la victoire et par la conscience d'avoir ployé sous sa volonté la résistance qu'on lui opposerait? Au lieu de la confirmation de son énergie, il ne lui restait que le témoignage de sa faiblesse et de son

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désarroi. El Pierre de Claircy, le cœur amer, se revoyait en face de Romaine, tour à tour brusque, violent el piteux, tentant les gestesdela force, mais n'en faisant que les vains simulacres. 11 avait accompli une lamentable parade d'enfant nerveux, lui qui rêvait si intensément d'agir en homme sûr lie sa volonté, capable de se l'imposer à lui-même et de l'imposer à autrui. Ahl oui, il pouvait pleurer, les larmes convenaient bien à sa conduite de sentimental irrésolu et geiipiard !

Rageusement, Pierre de Claircy avait essuyé ses yeux rougis. Un flot de colère, soudain, roidit ses pointrs et le souleva tout entier. Tout n'était pas perdu, el un rapide espoir lui revenait, du fond de sa détresse. Pourquoi n'aurail-il pas éprouvé seulement une défaillance passagère? Qui sait si, en revoyant Romaine, il ne se conduirait pas avec elle tout différemment? Tout à coup, renaissait en lui un furieux besoin de se trouver de nouveau en face d'elle, de lui parler, de tenter un suprême effort. Cette fois, il ne se laisserait pas arrêter par de vains scrupules. Il ne reculerait plus devant ses menaces. Il poserait sur son épaule une main lourde el ferme dont elle subirait le poids vainqueur. Mais était-il encore temps de rejoindre Romaine? Fébrilement, il regarda l'heure à sa montre. Il était neuf heures dix, le train partait à neuf heures trente.

Une voiture, il lui fallait une voilure ! Dans la

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rue déserte, aucun véhicule ne se montrait. Alors, comme un fou, il se mit à courir. Tout à coup, il aperçut les lanternes d'un fiacre. D'un bond, il y sauta, mit une pièce de vingt francs dans la main du cocher en lui criant :

— A la gare de Lyon, vite, vite, vite.

Le cocher, stupéfait, regarda la pièce d'or, prononça un juron énergique et fouetta sa haridelle. Pierre de Glaircy trépignait d'angoisse et d'impatience. A un tournant, le cheval faillit s'abattre. Plus loin, le fiacre accrocha un camion. Enfin, la gare de Lyon apparut, avec son cadran illuminé. Pierre ferma les yeux pour ne pas voir l'heure qui y était marquée. L'image seule de Romaine le fascinait. Elle était encore là, sûrement. Il fallait qu'elle fût encore là, il le voulait. Brusquement, il avait repris tout son sang-froid. Oh ! il ne se jetterait pas sur Romaine ; il ne recommencerait pas sa lutte de tout à l'heure. Non, il s'approcherait d'elle avec calme, silencieusement. Il lui prendrait la main, et il la regarderait au fond des yeux, si profondément, si despotiquement, qu'elle ne pourrait pas résister à sa volonté et qu'elle baisserait la tête en signe de soumission.

Tout en se disant cela, il était descendu du fiacre et se dirigeait vers le distributeur automatique des billets de quai. La mécanique grinça. Pierre, son ticket à la main, demanda posément à l'employé de lui indiquer le train de Rome. De la

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réponse de Teiuployé il retint cette indiculioii : la voie XI. II pressa le pas. La voie XI était libre. Un homme d'équipe, au poteau des départs, changeait la plaque de l'horaire. Le traia de Rome était parti...

Aulieu du désespoir qu'il eût ddéprouver, Pierre de Gaircy ne ressentait qu'un soulagement indicible... Il était comme quelqu'un que le hasard dispense subitement d'une tâche au>dessus de ses forces. L'idée qu'il pourrait, dans quelques heures, s'il le Toulait, rejoindre Romaine, la suivre à Rome, l'atteindre dans sa fuite, ne lui vint pas à l'esprit. Celle fois, il acceptait la destinée ; il ne ferait rien contre elle. Il constata qu'il était lâche et se complut dans cette lâcheté. Elle lui valait une sorte de tranquillité dont il jouissait égoîstemenl. Et puis, il lui resluitson amour pour Romaine. Maintenant qu'elle était loin, perdue pour lui, qu'il ne la reverrait peutêtre jamais, il y pourrait rêver à son gré, dis[>oser de ses souvenirs. Il serait affranchi de la réalité, comme il était délivré de ce désir d'action qui avait été l'illusion généreuse de sa jeunesse. Maintenant, il prendrait place au rang des résignés et des inutiles, entre son frère André, roidi dans une hautaine mélancolie, et M. Claveret, voyageur imaginaire. Il serait parmi ceux qui ont manqué leur vie. Combien n'y en avait-il pas dans ce cas parmi tous ces gens qui s'agitaient autour ne lui, s'empressaient aux guichets, se poussaient, se bousculaient dans

une hâte inutile, cherchant à se faire croire à euxmêmes l'importance qu'il y a à vivre?

Ces rêveries l'occupèrent un certain temps. Il s'était remis à marcher à travers les rues, les unes à peu près vides, les autres populeuses. Il traversa des places, suivit des avenues. Tout à coup, il se sentit faim. Il reconnut les Champs-Elysées. Le bar du Modern-Palace était proche. Pierre de Claircy eu descendit l'escalier. A côté de la porte, à une table libre, il se laissa lourdement tomber sur la banquette de cuir.

Le bar était assez animé. Il y avait là des gens de toutes sortes. Attablés seuls, par g-roupes ou avec des filles, ils semblaient être établis là pour l'éternité. La salle souterraine imitait un vaste tombeau où les bruits du dehors ne parvenaient que lointains et assourdis, et tous ces gens paraissaient parfaitement satisfaits de leur néant. Ils ne désiraient certainement rien de plus que les lèvres fardées et les boissons chimiques qui leur tenaient lieu de l'amour et de la vie. Pierre de Claircy les considérait avec curiosité. Désormais il serait pareil à eux. Ce soir était son soir d'initiation et de renoncement. N^apprenait-il pas à respirer une nouvelle atmosphère morale, n'abdiquait-il pas ce qui avait été son espoir? Finis ses élans aventureux ! Désormais l'action se bornerait pour lui à commander un cockail ou à lever quelque jupe. Il goûterait les mornes plaisirs des oisifs et des

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lâches, et, aiïalé sur celte banquette de cuir mou, il se laissa aller doucement à la veulerie environnante.

Il fut tiré de son engourdissement par la voix oratoire de Ferdinand de la Motte-Garay qui, quittant le groupe où il pérorait, vint s'asseoir auprès de lui :

— Tiens, c'est vous, Claircy. Ah ! mon cher,Gaumier et Pontignon ne sont pas contents de vous. Ils prétendent que vous les avez salement li\chés dans l'affaire du prince. Après tout, je comprends qu'on n'ait pas envie d'aller en Chine, on est mieux ici, hein! D'ailleurs, à mon avis, le prince a tort de s'éloigner. Le grand coup de balai est proche. Bah! Gaumier et Pontignon auront tout de même leurs préfectures à leur retour. La poire est mûre, Ventre-Saint-Gris !

Quelques têtes se retournèrent. La MoUe-<iiiiav se leva en se rengorgeant. Il tendit la main à Pierre de Qaircy.

— Allons, mon cher, adieu. Il est tard et il faut que je rentre. Je prononce demain un grand discours. Lisez les journaux.

Et la Motte-Garay s'en alla majestueusement.

Il était tard, en effet. L'horloge, au-dessus du comptoir, marquait deux heures du matin. Pierre de Claircy, soudain, se sentait affreusement seul parmi ces étrangers. Pourquoi restait-il là? Pourquoi ne rentrait-il pas rue d'Aumale? Son frère

n'était-il pas là, prêt à consoler sa douloureuse solitude? Pourquoi ne pas aller lui confier sa détresse, lui demander conseil? Cette pensée, qui, d'abord, l'avait soulag-é, l'intinnida. Certes, il aimait tendrement André et sentait planer sur lui la discrète vigilance et la haute sollicitude de son aîné; mais André était si renfermé, si sérieux, si distant ! Entre eux, l'amitié, quoique profonde, n'avait jamais été confidentielle; et puis Pierre était retenu par une sorte de honte à avouer non seulement son échec sentimental, mais aussi la défaite de toutes ses aspirations. Non, il valait mieux se taire, souffrir en silence, que de contrister son frère qui l'aimait, et qui souffrirait fraternellement avec lui. A quoi bon le réveiller de son sommeil pour se présenter à lui en vaincu et en désespéré? Soudain, la tête lui tourna. 11 étouff"ait dans cette atmosphère de fumée et d'alcool. Rapidement, il paya sa consommation et se leva. Une fois debout, il eut l'illusion d'être inconsistant et impalpable comme un fantôme. En mettant la main à la rampe de l'escalier, il trébucha et faillit tomber. Derrière lui, il entendit un rire et une voix qui disait :

— Pour sûr, en voilà un qui a son compte.

Dehors, l'air frais de la nuit lui fit du bien. Les Champs-Elysées étendaient devant lui leurs larg-es trottoirs déserts. Dans l'avenue, de rares voitures passaient. Pierre de Claircy marchait lentement. Le mouvement réglé de sa marche l'engourdissait. Il

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ne souffrait plus... Il allait, sans but et sans pensée. Tout à coup, il tressaillit. Il ëtait devant une porte, et, machinalement, il avait posé le doii»^t sur le bouton d'une sonnette qu'il reconnut. I. 'instinct le ramenait rue d'Aumale. Tout en montant l'escalier, il chercha ses clés dans sa poche. Doucement, soigneusement, il fit jouer la serrure, traversa, à pas étouffa, le vestibule et i^^nasa chambre. Ses regards la parcounirent distraitement, puis il s'approcha de la g'Iace de la cheminée.

Son image le surprit. Il s'attendait à se trouver changé, à se découvrir un autre visage. Avec étonnement, il voyait devant lui le même Pierre de Claircy. Oui, c'était bien lui. Ce front, ce nez, ces yeux, cette bouche, c'étaient les siens, ceux qu'il considérait dans cette même glac^, le jour où il avait reçu la lettre de Romaine Mirmault, alors que, plein d'espoir, d'énergie, d'audace et de volonté, il se promettait de se prouver à lui-même qu'il était de la race des forts. Et Pierre de Claircy, devant ce miroir qui lui offrait avec ironie l'image de ce lui-même qu'il n'était plus, éclata d'un rire de mépris.

Car, maintenant, il se connaissait, il se jugeait, et il détestait cette image qui t'avait si misérablement trompé. Il savait, à présent, à quoi s'en tenir sur sa capacité à vouloir et à agir. La preuve était faite de son incurable débilité, de sa lâcheté, de sa veulerie. Et cependant l'effort qu'il

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avait exig-é de lui-même n'avait rien de bien héroïque et de bien difficile. Combien d'autres l'accomplissent, comme par jeu, mais lui, comme il avait échouépiteusement ! Sa volonté, cette volonté, sur qui il comptait si naïvement, qu'il considérait comme le point d'appui et le levier de tout son être, qui devait le lancer vers l'action, lui donner l'orgueil de vivre, elle l'avait trahi au premier essai qu'il en avait voulu faire. Elle ne l'avait point servi et ne le servirait pas. Quoi qu'il entreprît, il en serait toujours ainsi. Il serait de ceux qui subissent la vie et ne la vivent pas.

Et, à mesure qu'il se disait ces choses, une colère sourde, profonde, montait en lui, du fond de lui-même, contre lui-même, contre sa lâcheté. Et cette idée de lâcheté s'imposait à lui avec une ténacité désespérée. Oui, il avait été lâche envers lui-même. Et cependant cette pensée le révoltait intimement. Il protestait contre celte accusation dont il s'accablait. Oui, on peut être lâche de volonté, sans l'être ni de cœur, ni d'esprit. Manquer d'énergie n'est pas manquer de courage. Il craignait peut-être la vie, mais au moins il ne craignait pas la mort. Et, soudain, à sa pensée, revint le souvenir de l'épisode nocturne sur la route de Rouen.

Un instant, ce sentiment le réconforta dans sa détresse, le consola dans son humiliation. Hélas! n'était-ce point là une dernière illusion de son

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org^ueil blessé, un dernier sophisme de sa vanitë ulcérée ? Il n'avait pas peur de la mort, soit, mais, après tout, qu'en savait-il réellement? Qu'éprouverait-il s'il se trouvait face à face avec elle, s'il la voyait devant lui, non plus probable, comme dans l'événement dont il tirait sa persuasion, mais présente, certaine, inévitable? Tout danger laisse encore une possibilité de salut, une chance d'échapper à la menace. Mais s'il lui fallait mourir là, surle-champ, sans délai, sans remise ? Comment se comporterait-il en cette rencontre décisive, à ce moment suprême ? Serait-il maître du sursaut d'horreur que ressent toute chair créée devant le néant? N'aurait-il pas cette ultime défaillance à ajouter à sa lâcheté, cette honte à joindre à sa honte ?

Pierre de Claircy, instinctivement, posa ses mains brûlantes sur le marbre de la cheminée. La froideur du contact le soulagea. Plusieurs fois, il promena ses paumes fébriles sur la tablette fraîche. Soudain, ses doigts se heurtèrent à un objet dur... C'était le revolver que lui avait donné M. Claveret pour se protéger dans ses sorties nocturnes. Comment cette arme se trouvait-elle là ? Pierre de Claircy l'ig^norait. Lentement,il prit le revolver, l'examina.

Brusquement un éclair de joieillumina son visage ravagé, et il eut peine à retenir un cri de triomphe. Enfin, il allait bien savoir s'il était ou non un lâche i L'arme révélatrice allait enfin l'éclairer définitive-

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ment sur lui-même, car, tout à l'heure, dans quelques minutes, il allait mourir, et mourir consciemment, volontairement.

Oui, dans quelques minutes, il appuierait à sa tempe le canon de ce revolver qu'il tenait dans sa main. Tremblerait-il, aurait-il peur ? Ah ! cette fois, c'était bien là l'épreuve suprême qui lui restait à tenter. Cette fois, il faudrait bien que son être, au contact de la mort, rendît son véritable son. A cette pensée, un calme subit descendit en lui. Une impression d'apaisement l'enveloppa. Il se pencha vers lag^lace delà cheminée. Tranquillement , il essaya le geste qu'il ferait pour tout de bon, tout à l'heure. La froideur de l'arme à la peau ne le fit pas tressaillir. Son doigt tâta la gâchette. Avidement, il s'examinait dans le miroir. Pas un muscle de sa figure ne bougea. Alors, Pierre de Claircy reposa l'arme sur le marbre, porta la main à son cœur et sourit à son image. Maintenant, la certitude où il était de lui-même le rehaussait à ses yeux. Une âpre joie le redressait, et il poussa un long soupir de délivrance.

A présent, rien ne le pressait. Il avait le temps. II avait bien acquis le droit de savourer son triomphe. A pas lents, il fit plusieurs fois le tour de la chambre. Au mur, il rectifia la position d'un cadre, puis il commença à se déshabiller. Il revêtit un costume de nuit. Jamais il n'avait eu l'esprit plus libre, plus tranquille. Il avait même cessé de pen-

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ser à Taclion qu'il allait accomplir. Il se sentait racheté de ses déf»illlanres, maître enfin de sa volonté et de sa vie. Il lui fallut faire effort pour se souvenir de quel prix il achetait cette certitude et cet org-ueil. Quelle singulière mécanique que l'âme humaine I Lai qui avait reculé devant le res^rd irrité d'une femme, il se tenait ferme devant la mort. Il n'y avait pas à dire, cela s'appelait l)ien le courage. Il était brave. Il s'estima...

Pour s'assurer mieux encore de cette estime de soi, il se dirigea vers une petite encoignure qui ornait un des angles de la chambre et l'ouvrit. D'un portefeuille qui s'y trouvait, il tira une photographie. Elle présenta à ses regards une silhouette de Romaine Mirmault. Romaine la lui avait donnée, un jour, à Argimon. Pierre de Claircy la considéra attentivement. Il n'éprouva aucune émotion, aucun regret. Puis, il pensa à son frère André, à M. Claveret. Ses yeux demeurèrent secs et son cœur indifférent. Romaine, André, M. Clavcret, c'était le passé, la vie, et la vie cessait de l'intéresser. La mort seule lui importait, car, dans quelques instants, il ne serait plus... Oui^ il allait mourir, mourir pour s'égaler à ce qu'il avpit toujours rêvé d'être, pour se réhabiliter à ses propres yeux, et non pas mourir par forfanterie, par vanité, pour la galerie, comme on dit, mais mourir, héros solitaire d'un drame inconnu, mourir en l'honneur de luimême.

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Il s'était étendu sur son lit, et il éteignit l'électricité. Il lui sembla qu'il se faisait à l'entour un silence extraordinaire. Il approcha le revolver de sa tempe et s'observa, attentif au moindre indice de p eur. Allons ! il ne s'était pas trompé, il était brave ! Dans l'ombre, il se sourit à lui-même, puis replaça l'arme. 11 ne lui restait plus qu'à compter jusqu'à dix. Alors, il presserait la détente, et ce serait fini.

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