MÉMOIRES INÉDITS D’ALEXANDRE DUMAS
oici comment je fis la Révolution de 1848.
Je rentrais chez moi.
Je trouve une carte de visite.
C’était celle du duc d'Orléans.
« On se bat, venez. »
Je courus chez Lepage.
— Vos meilleurs pistolets, lui dis-je.
— Les voici. C’est pour un duel ?
— Oui, un duel avec Dieu ! Si je suis tué, je vous les rapporterai.
Adieu — et merci. A. D.
On sonnait le tocsin à grandes volées.
La générale battait dans les rues.
L’air était chargé de coups de fusil et d'une odeur de poudre, les boutiques se fermaient, une voiture isolée roulait au galop, les pavés tressaillaient sous 'es pulsations de la fièvre populaire.
Je m’avançai au milieu d’un groupe :
— A l’Arsenal ! crièrent les voix.
-- A la Rastille, mes amis.
Une heure après, j’étais seul, - - mais le mot fatal était prononcé : Trop tard f Je dis à Guizot, qui faisait sa malle :
— Vous avez perdu le Roi.
Il me regarda et répondit :
— J’ai sauvé la Monarchie.
ir
e lendemain, je prenais Naples.
Garibaldi était âmes côtés.
Je tirai ma montre:
— Caro, lui dis-je, il est onze heures trente-cinq minutes. A onze heures trente-cinq, j’étais avec toi. Remember. C’est dans vingt ans après.
L’homme de bronze sourit.
— Tu ne peux pas te faire tuer, me dit-il. Une balle qui touche ta poitrine perce le dix-neuvième siècle en plein cœur. Une balle est faite pour tuer un homme. Tu es un Génie .
— C’est pour cela que tu vis, amico. Je ferai la cuisine.
Le géant sourit encore, et ajouta:
— Un feutre sur la tête, un manteau sur l’épaule, un revolver à la ceinture, et l’unité de l’Italie.
«Un Klephte a pour tout bien l’air du ciel, l’eau des puits j) Un bon fusil bronzé par la fumée, — et puis » La liberté sur la montagne. »
— Et Mazzini, ajoutai-je gravement.
Dix-sept secondes plus tard, il dormait sur la dure. Ses volontaires avaient de la paille.
Deux hommes à l’œil d’aigle veillaient sur lui,
Une mouche n’aurait pu l’approchera portée de carabine.
Un bruit sourd se fit entendre.
C’était le canon.
Huit cents hommes surgirent, vêtus de chemises rouges.
Pendant ce terrible combat, j’écrivis 800 volumes, 7 drames, 3 comédies et 4,800 lettres. Cela tient à ma manière de travailler. J’écris vingt-quatre heures par jour et quelquefois la nuit. Tout en composant, j’écoutais les harmonies de la bataille et je donnais un coup d’œil au repas des héros. Pâte légère, parmesan, tourner, sauter, filer, et servir chaud. Ensuite, jouer les pièces de Sophocle, d’Eschyle et d’Euripide en grecàPompéi. Pendant les éruptions du Vésuve, transporter le matériel du théâtre dans les Arènes de Nîmes, — bonne idée, — avec des combats de taureaux pendant las entr’actes.
Vous croyez que c’est moi qui ai fait ce plat de macaroni ? qui ai déterré cette ville? qui tutoie Garibaldi?... Allons donc, c’est Maquet !
Minuit.
« Le soldat légendaire a vaincu.
» C’est à vous, mon cher Hugo, que je dédie ce succès. Dites-le bien à La Rounat et à Marc-Fournier: Je crois à l’immortalité de l’âme! »
Alexandre Dumaquet.