LA PREMIÈRE AUX ÉCLECTIQUES
ous, estomacs de poulets, ne lisez pas ceci. C’est bon pour ceux qui n’ont pas plié le genou pour boire à la fontaine de Gédéon.
En ce temps-là, les mortels lisaient Molière le puant, Rabelais le chien, Beaumarchais le basilic, Labruyère le goret, et Voltaire le Judas, pendu par les deux oreilles, et cloué au pilori de l’histoire comme une chauve-souris gluante et visqueuse. Dans quel bourbier fangeux, dans quel fumier, dans quelle crotte ontils vécu ? Dans quelle hotte et dans quel tombereau leurs feuillets honteux seront-il balajœs? Au lieu de présenter leurs fronts pensifs à la chaleur et à la lumière du soleil de vie et de vérité, ils ont voilé leur lace cadavéreuse pour barbouiller, avec de la lie, leurs œuvres de corruption et de ténèbres. Savez-vous ce que vous êtes? Vous êtes des athées saugrenus. Vous êtes des gamins, des petits truands. Une herbe folle croît sur vos tombes ridicules. Tout le xviii0 siècle est une Ecurie Royaley où les ânes bâtés de la philosophie mangent au râtelier
doré d’un monarque prussien, qui s’amuse avec des fifres et des tambours. Le xviii9 siècle est un Musée Dupuytren , le xixe siècle est une Cour des Miracles. Athées aimables, révolutionnaires de jujube, prenez-moi l’Encyclopédie et les immortelles bêtises de 89, pour élever vos petites barricades de carton. Vous avez planté le mensonge impur et vous récoltez des panais; vous avez semé l’injure et vous récoltez des claques. En vérité, je vous le dis.
Les temps sont proches, l’heure sonne au cadran des âges où vos immondesbouquins serontlivrés auxvers, à la poussièr3 et aux bouquinistes. Tout à l’heure, vers, poussière, bouquins et bouquinistes vont être couchés sur une litière de charbon de terre, et ma narine s’emplira d’un céleste parfum, car au nez d’un fidèle, le corps d’un athée ne sent pas mauvais. Dominus vobiscum. A la potence, au bûcher, au gril, les philosophes libres-penseurs! Eh! eh! mes gaillards, êtes-vous sur un lit de roses? Au charnier, vos carcasses! Au pilori, vos statues ' de marbre, pierrots lugubres ! Au gibet, vos statues de bronze, ramoneurs de l’enfer! Avez-vous bien digéré vos systèmes métaphysiques? Etes-vous crevés, le ventre en l’air, dans Yindigestion finale ?
Les voilà, les Pères de l’Eglise du scandale, de l’orgie et de la débauche. Misère et corde sur eux jusqu’à l’ultime génération! Soufre et poix résine! Ah! meute de chiens baveux, mangeurs de soupe froide, le sanglier sort de sa bauge et nous allons en découdre.
Lequel de vous, histrions ordinaires et très ordinaires, joue le Tartufe sous les petites colonnes de Yespasien? Est-ce bien cette figure de papier mâché, salie de fard, ce sang de panais qui coule dans des veines appauvries, ce navet blême, cette pomme de terre malade, cette truffe pourrie qui joue Dèodat ? Dèodat , c’est moi, mon mignard; approche un peu que je voie ta face de singe. C’est bon, je te reconnais, va escorter monsieur de Pourceaugnac, et dis-lui bien des choses de ma part. C’est en vain, ô histrions, que je prends vos mollets dans mes crocs; vos mollets sont postiches comme votre pourpre, vos’ couronnes, votre gloire et v@s singeries.
Ah ! c’est du joli papier sur lequel je vous délivre ce certificat d’insolence, moi, Dèodat. Vous n’avez pas fini de rire.
Ni les troubles, Elephantus, qui agitent tes abonnés, ni les révolutions caméléonesques de ta politique, n’altèrent la sérénité de ton visage et de ta rédaction sans nuage. Tu es gros, tu es gras, tu es majestueux, tu es obèse, tu es énorme, tu es colossal, et je vais chez un pharmacien homœopathique acheter des petites boîtes d’épithètes en rapport avec ton écrasante personnalité. Ton nom lui-même est lourd comme un poids de quarante. Mais, ô Elephantus, plus tu seras grave, plus tu seras politique, plus tu danseras la carmagnole, plus tu rouleras tes gros yeux furibonds, plus tu me sembleras doué d’un joli rire et d’une bonne petite trompette en fer-blanc.
O quintuple bœuf ! tu parles à cent mille idiots comme toi ! Tu m’as rencontré comme un pâtre désarmé dans la campagne, et tu m’as piétiné comme un hippopotame qui écrase sous sa lourde patte humide une inoffensive grenouille. Elephantus, regarde-toi à la glace, tu as le muffle rose. Tu as aussi le cou court, taureau bestial, goinfre en toutes les goinfreries, et tu crèveras comme La Mettrie, en t’empiffrant d*une poularde truffée. La place d’athée du roi étant vacante, on te remplacera par un philosophe platonicien.
Mais crois-tu, pingret, hôte assidu des crémeries druidiques et des caboulots raphaélesques, que tes cinquante mille abonnés, cent mille de moins que le petit camarade, m’empêcheront de te casser un encensoir de vermeil sur la figure ? Tu peux t’arracher une plume de l’aile pour me répondre, car tu ignores l’usage des solides plumes de ter. Tu peux même t’écrier : « Je voudrais ne savoir pas écrire » ; ton style justifiera ce cri littéraire. Et quand même, double idiot, je te laverais la tête dans un baquet d’eau de la Salette distillée et ramenée à son maximum de densité, ta caboche n’en serait ni plus propre ni mieux débarbouillée. Lavater t’aurait appelé caput mortuumet Gall t’aurait accordé la Bosse de l’escalier, car tu vas te cogner partout comme un hanneton contre les vitres. Dans ton ventre de baudruche j’enfoncerai mon épingle, car tu n’es pas digne d’un coup de poignard, et je viderai ma hotte sur tes épaules. Enfin je te convertirai — en oison, et comme les oies du Capitole, tu garderas ton journal, mais tu ne le défendras pas.