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LA POLITIQUE

Les éléments de ce Pastiche politique avaient été fournis à Ciodion par Tamar,

En ce temps de trouble et de confusion, il n’y a pas deux partis à choisir dans la littérature. Il faut étudier la politique, oui, monsieur, la Pô-li-ti-que.

Nous avons donc étudié tous les maîtres de cette dame, qui n’est pas gaie, depuis Machiavel, son mari, jusqu’à M. Boniface, qui a pour elle une passion malheureuse et platonique, en finissant par M. Louis Yeuillot, qui lui jette son mouchoir. Par exemple, on n’a jamais su si c’était pour cacher quelque chose ou pour lui témoigner ses feux.

Cette étude m’a désenchanté. Ce n’est pas précisément un plaisir que de lire les journaux, et pour se condamner à cette tâche journalière, il faut y être poussé par une vocation féroce, doublée d’une longue habitude.

Dans cette occupation sérieuse, nécessitée par la marche fatale des choses, j’ai fini par apprendre un peu les secrets de cette matrone voilée, dont le pouvoir despotique est représenté à Paris par les journaux.

On se demandera sans doute s’il est possible à un seul journaliste de lire tout ce que disent ses confrères. On peut répondre que l’exercice et la patience peuvent amener à ce résultat. Il faut d’abord considérer que les journaux français et étrangers, politiques et quotidiens, se ressemblent tous à peu de chose près. Quand on en a lu un, on peut deviner ce qu’il y a dans les autres. Or, quand on a parcouru d’un œil exercé les dépêches télé-

graphiques, le cours de la Bourse, les faits-divers et quelques nouvelles, on sait de quelle façon la question dominante est commentée par chaque nuance d’opinion.

Par conséquent, en uné heure, on peut feuilleter ces trente journaux et savoir ce qu’il y a dedans, quand il y a quelque chose.

Quand il n’y a rien, c’est là qu’éclate la force des hommes politiques. Il s’agit de se plonger dans les hypothèses et de sonder la profondeur des événements futurs. C’est en cela que .j’admire Y Indépendance belge. Où va-t-elle pêcher ses nouvelles? Comment fait-elle pour savoir les secrets des dieux, en laissant soupçonner qu’elle ne veut pas tout dire? Et comment se fait-il qu’elle les sait avant même qu’ils existent?

Depuis longtemps, j’étudie Y Ividèpendance, et je crois avoir surpris son mécanisme. Je suppose donc, si vous voulez, que j’ai à raconter le voyage d’un diplomate. Appelons-le Talleyrand, cela nous évitera sa réponse. Je sais, comme tout le monde, qu’un ambassadeur est un personnage qui voyage d’un Etat à un autre. Là-dessus, je marche. Suivez-moi bien.

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