LE CRITIQUE SAVANT
Par ce temps de fléchissement universel, de lassitude morale et d’énervement intellectuel, l’art cède décidément le terrain au métier ; on n’est plus peintre, on fait de la peinture. Les vendeurs encombrent le Temple en si grand nombre que les acheteurs ne sont pas tentés. Au milieu de cet énorme gaspillage de talent et d’étude, il faut parcourir plusieurs kilomètres pour rencontrer une oeuvre solide. Il y a certains tableaux qui ont une valeur de curiosité historique ; mais rien, dans ce papillotement de couleurs, ne laisse dans l’œil de l’observateur une image persistante.
Il est désolant de voir les Grâces exposées au jugement de la foule, et recevoir une pomme digne tout au plus, si cette expression familière nous est permise,
PROMENADE AU SALON
d’être jetée toute cuite à la tête de quelque Vénus de carrefour. Pourquoi le génie, comme l’étoile, ne brille-
t-il pas à l’œil du pâtre ? Dans toutes les écoles de peinture, etc., etc.
J’avais pu me faufiler pendant le dernier classement des tableaux. Hier, profitant de la visite officielle, je suis retourné au Salon, et je me suis amusé à écouter les dialogues des groupes, que j’ai sténographiés sur mon carnet.
En même temps, j’ai noté les noms des personnes de marque. {Suit la série des noms, la description des toilettes, etc., etc.) Le Ministre des Beaux-arts est arrivé à deux heures vingt; sa visite s’est prolongée jusqu’à trois heures quarante, et non trois heures et quart, comme le dit un confrère. L’erreur vient de ce que le ministre s’est promené prés d’une demi-heure dans le Jardin de la Sculpture.