INTRODUCTION XIX
portugaise, par le ton qui y domine, par l'absence d'érudition scolastique comme par le rang de la plupart de ceux qui la cultivèrent, elle est, entre toutes les poésies lyriques de l'Espagne, celle qui, avec le plus d'exactitude, peut s'appeler école des troubadours. Mais, si ses productions offrent une analogie particulière avec celles des Provençaux qui se distinguent le plus par le naturel et le caractère tendre, la sphère des idées y est toute/ois plus limitée, le style plus simple, moins, amb itieux ; ce qui, malgré quelque* monotonie, ne laisse pas d'avoir un certain attrait l . »
Malgré son goût pour la poésie provençale, Dom Dini{ connaissait aussi notre littérature de la langue d'oïl. Iseult, Tristan, Floire et Blancheflor, d'autres personnages de nos romans, sont cités dans ses vers. Dom Dini\fut le protecteur de plus sérieuses études. Il fonda à Lisbonne une université à laquelle celle de Paris servit de modèle.
A Dom Dini\ succéda Dom Affonso IV (i 325-1 35 j) qui, lui aussi, tint les lettres
.1. De los Trovadores en Espana, p. 5o3.
en grande estime, et prit place parmi les troubadours. C'est lui peut-être qui, étant infant, s'intéressa à l'amour de Briolanja l et sollicita l'auteur rf'Amadis de modifier, en faveur de cette princesse, le caractère traditionnel de l'amant modèle.
Si cette anecdote n'est pas une invention de l'auteur du fameux roman, la question d'origine , si longtemps débattue, serait tranchée; ce serait bien au Portugal qu'appartiendrait cette œuvre célèbre et elle remonterait même à une époque asse\ reculée, mais non exactement sous sa forme actuelle, où la longueur des discours et des dialogues, les délicatesses d'un amour idéalisé, une grande habileté d'agencements indiquent un remaniement dont on doit faire honneur à l'Espagnol Garci Ordones de Montalvo 2 .
A l'époque où l'on a cherché à placer la naissance de cette fiction, tant lue, tant louée, tant traduite, tant discutée et trop imitée, la prose portugaise s'était déjà
i.Libros de Caballerias, discursopreliminar, p. xxin-iv. — Vieux auteurs castillans, t. II, p. 18 1.