‹ RomanceiroChapitre 25 sur 96 · INTRODUCTION XX&IK · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XX&IK

tnour de la patrie. Quand on lit dans les Lusiades cette belle description de l'Europe, qui occupe une partie du troisième chant, on se rappelle la description du monde qu'au début du Labyrinthe, la Providence fait à Juan de Mena; dans le chant VII des Lusiades, V explication des peintures qui ornent les étendards portugais, fournit au poète le moyen de revenir sur de glorieux souvenirs, de remonter très loin dans le passé. Dans le Labyrinthe, la vue d'un trône magnifique, où sont représentés les héros de la Castille et leurs exploits, avait de même donné à Juan de Mena l'occasion de chanter de nobles souvenirs; c'est ainsi qu'il était parvenu à intercaler dans son œuvre le récit de la mort du comte de Niebla, un des plus brillants passages du Labyrinthe. Ce n'est pas seulement par des agencements pour ainsi dire matériels que Camoens semble se rattacher à Juan de Mena, c'est aussi par le style. Il a pris V octave italienne et non la copia castillane, mais on sent qu'il a été frappé par l'éclat, par la pompe que Mena a souvent donnés à ses stances, par ses corn-

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paraisons heureuses, par l'ampleur de certaines descriptions. Mais ce qui n'était qu'à l'état d'ébauche dans le Labyrinthe est arrivé à un épanouissement magnifique dans les Lusiades. L'ordonnancedupoëme est habile; avec bien moins d'effort que Mena, Camoens a fait entrer dans son livre l'histoire de sa patrie, et Va reliée aux grandes expéditions maritimes, qui portèrent si haut la gloire du Portugal. Poète par l'invention, il fut poète éclatant par le style, par l'harmonie t par l'émotion vraie, par les images.

Il est un de ces hommes, comme Dante^ comme le Tasse, comme Shakespeare, qu'il suffit de nommer pour qu'on les voie dans toute leur gloire. Camoens apparut à la fin même des phases héroïques qu'il avait chantées. Il assista aux désastres du règne de Dom Sébastian, au règne éphémère du cardinal Henrique, dont un quatrain populaire a conservé le triste souvenir :

Viva el rei dom Henrique No inferno muitos annos, Pois dexou en testamento

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Portugal aos Castelhanos.

a Vive le roi dont fienrique, En enfer bien des années, Puisqu'il a laissé par testament Le Portugal aux Castillans, »

Camoens, à l'hôpital, succomba au moment où les troupes du roi d'Espagne, Dom Felipe II, marchaient sur le Portugal. Comme il l'écrivait à son ami, Don Francisco da Almeida, il mourait avec sa patrie.

Le Portugal resta uni à l'Espagne pendant soixante ans. En iôiy, le duc de Bragance, qui descendait de Joan I er , délivra sa patrie du joug étranger, et, sous le nom de Joan IV, monta sur un trône qu'il avait relevé et que, depuis lors, ses descendants n'ont cessé d'occuper.

A partir de l'avènement du duc de Bragance, il nous paraît inutile de nous arrêter à la situation littéraire du Portugal. Le xvn e siècle y fut une époque de recherches, d'académies, d'imitation, de poésies sans enthousiasme, de rupture, pour ainsi dire, avec la tradition natio-

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nale, de séparation entre V écrivain et le peuple. Nous ne trouverions à citer qu'un écrivain, un orateur d'un grand mérite, mais tout à fait en dehors de la nature de nos recherches, le P. Vieira. Le siècle suivant ne Jut pas non plus fécond en créations originales. Les chants dont nous avons Jormé notre recueil, étant d'ailleurs antérieurs à cette période, nont pu en recevoir aucun genre d'influence.

Nous franchirons près de deux cents ans pour nous arrêter devant un poète éminent qui, de nos jours, a le premier fait connaître les romances de sa patrie. Ce poète fut Joan Baptista de Silva Leitao de A Imeida Garrett, né à Porto en iygg l .

Obligé de quitter son pays à la suite des événements politiques de 1820, il y revint, apportant d'Angleterre un grand enthousiasme pour l'école romantique.

Frappé des travaux que la poésie populaire avait inspirés à Walter Scott, il songea aux romances où d'abord il pensa trouver le sujet de petits poèmes dans le

1. Diccionario bibliographico portugue\ d'Innoccncio Francisco da Silva, t. III, p. 309.

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