INTRODUCTION VU
voisins. Son fils qui se fit proclamer roi, Dom Affonso Henriques, obligé d'abord de combattre sa mère qui voulait le déposséder, eut un règne dont Camoens a redit toute la gloire ". Le poète a dignement célébré, et la prise de Lisbonne à laquelle concoururent les croisés qui se rendaient en Palestine sous l'étendard de Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie, et une guerre contre l'Espagne, et ces nombreux combats contre les Mores qui valurent à Dom Affonso le surnom de Cid portugais. Camoens n'a pas oublié non plus un digne compagnon de ce roi, un autre Régulus, Egas Moni\, au dévouement duquel il a consacré de magnifiques stances.
L'origine française de la famille ré' gnante ne fut pas sans influence sur l'idiome portugais; c'est ce que reconnaît Frédéric Die\ dans sa Grammaire des langues romanes :
« La langue portugaise qui est très voisine de l'espagnol, mais qui n'en est pas un dialecte, — dit-il, — qui maintient au contraire son originalité par d'importants
i. Canto III, st. 3o et suiv.
VIII ROMANCEIRO PORTUGAIS
caractères grammaticaux , a les mêmes sources et, par conséquent, à peu près les mêmes éléments. Il faut remarquer cependant que le portugais contient beaucoup moins de mots basques que l'espagnol, soit que les Ibères fussent moins nombreux en Lusitanien soit que, venus du pays basque, ces mots aient atteint la Castille sans pénétrer jusqu'en Portugal.
On doit relever aussi la proportion plus forte des mots français qu'on attribue, non sans vraisemblance, aux nombreux compagnons qui suivirent le comte Henri de Bourgogne. Le commerce avec V Angleterre introduisit, en outre, en portugais plusieurs mots inconnus en Castille.... La langue a pour domaine le Portugal et en outre la Galice... Le portugais et le galicien sont une seule et même langue...
Mais V idiome de la Galice, politiquement unie à V Espagne, s'est peu à peu éloigné de son ancienne forme l . »
La langue portugaise n'est donc pas une fille bâtarde de la langue espagnole.
i. Grammaire des langues romanes, 1. 1, p. 90. V. aussi Milâ y Fontanals, De los Trobadores, p. 494.