INTRODUCTION IX
Pour celle-ci, c'est une sœur et même une sœur jumelle. Les conditions de leur nais* sance sont les mêmes, l'une et l'autre ont été produites par le latin altéré qui s'était répandu sur, les dialectes préexistants.
Dans les anciens Foros, on voit ce latin corrompu se transformer peu à peu en une langue nouvelle l . Arrivée à sa maturité, elle conserva asse\ de ses éléments primitifs pour qu'il ait été possible d'écrire quelques vers, ou quelques lignes de prose qui appartiennent tout à la fois aux deux idiomes. Au reste , les analogies étaient telles entre les langues romanes, que Lope de Vega a pu composer un sonnet espagnol en empruntant tour à tour des vers à Horace, à l'Arioste, à Pétrarque, à Camoens, au Tasse et à Boscan. On connaît d'autres tours de force du même genre : des poésies qui, à la rigueur, peuvent à la fois passer pour catalanes, castillanes, latines et portugaises 2 .
Le plus ancien document en portugais
i. Portugalice monument a historica.T. I. — Costumes e Foros.
2 . Clarus, Darstellung der spanischen literatur, t. I, p. 79.
ROMANCEI RO PORTUGAIS
pur que l'on connaisse, est une charte de Vannée ng2. Le premier monument poétique, bien authentique, est le Cancioneiro de Don Alfonso X de Castille (1252- 1 28 1 ) ; mais, pour que ce roi écrivit K ainsi le portugais ou galicien, il fallait que cet idiome eût déjà été employé par bien des prédécesseurs dont les noms ne nous sont point parvenus '.
Les premiers temps de la monarchie nouvelle furent asse\brillants,pour que de cette splendeur il pût rejaillir un certain éclat sur la langue portugaise, et les rois descendants de Dom Henrique furent, pour la plupart, tellement amis des lettres que ce ne sera pas un hors-d 'œuvre de mêler à cette esquisse leurs noms dont nous ferons d'ailleurs des espèces de points de repère.
L'influence du nord de la France parait s'être fait sentir d'abord au Portugal.
Elle avait pour cause toute naturelle l'origine même de la maison royale. Cette influence fut entretenue ensuite par les
1. Milà y Fontanals, De los Trobadores, p. 499; De los Rios historia critica de la Literatura espafiola, t. III, p. 5oi st suiv.