‹ RomanceiroChapitre 58 sur 96 · LA CHAINE DO R · texte numérisé non relu

LA CHAINE DO R

Le capitaine s'en va avec ses soldats à la guerre, il y avait deux cents hommes enrôlés, il y avait deux cents hommes de levée. Si tous s'en vont tristes, un plus que tous Tétait, il porte son épée basse et ses yeux sont fixés sur la terre. Au milieu du chemin le capitaine lui dit : — Pourquoi êtes-vous si triste, soldat? Ces regrets pour qui sont-ils? — Ni pour père, ni pour mère, ni pour sœur que j'ai, c'est pour ma femme que j'ai laissée si seule là-bas dans mon pays. Cette chaîne d'or fin qui pèse bien sept livres, il me pèse encore plus de la porter, parceque je ne la lui ai pas donnée à mon départ. — Soldat, prends sept jours pour aller la voir, si tu la

ÎOB ROMANCEIRO PORTUGAIS

trouves pleurant, reste sept années avec elle, sinon pas même une heure, ne prends de retard, ni d'attente. — Qui sautait de joie ? c'était mon petit soldat. Il quitte le grand chemin et par des sentiers se dirige. Il n'était pas encore minuit qu'il frappait à sa porte.

— Qui frappe à ma porte? Qui frappe à ma porte avec tant de violence? — C'est un soldat qui vous apporte des nouvelles de la guerre. — Au diable ! soient ces nouvelles et plus encore qui les apporte. — Lève-toi, ma vie, montre-toi à cette fenêtre, expédie-moi ce soldat qui si mal à propos arrive. — Ami, vous vous adressez mal avec vos nouvelles de la guerre, laissez-nous dormir en paix, car nous en avons bon besoin. — Le soldat s'en fut de là, plus vite qu'il n'était venu. — Béni soit mon capitaine pour le bien qu'il m'a fait. Il m'accordait sept jours, il ne m'a pas fallu sept heures pour m'enlever mes regrets et me délivrer de tout souci. Prenez, mon capitaine, les gages de mon pays, cette chaîne d'or fin qui à présent me pèse encore plus à porter. Ma femme n'en a pas besoin, les cousins peuvent l'entretenir. — Ah 1 ta femme a des cousins et tu étais en peine d'elle !

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