‹ RomanceiroChapitre 69 sur 96 · LA NEF CATHERINETTE · texte numérisé non relu

LA NEF CATHERINETTE

Ce romance est très aimé, très connu en Portugal. Ce qui surprend, c'est qu'un pays qui a dû sa grandeur et sa gloire à des expéditions maritimes ne possède pas un plus grand nombre de chants populaires du genre de celui-ci. Suivant Almeida Garrett, notre romance pourrait avoir été inspiré par un naufrage que, l'an 1 565, Jorge Albuquerque Coelho fit en revenant du Brésil ; cette supposition ne semble guère fondée. D'après Braga, le poète populaire, en baptisant le navire du nom de Catherine ta, s'est peut-être rappelé un vaisseau du nom de Santa Catherina, dont Gil Vicente a parlé dans une de ses pièces As cortes de Jupiter. — Nous connaissons quatre rédactions principales de la NefCatherinette. L'une, celle que nous traduisons, a été donnée par Almeida Garrett, deux autres ont été publiées par Braga (Rom. gérai, p. 58 ; Cantos pop. do Arch. açorieno, p. 285), la quatrième, dans laquelle se sont interpolés des fragments d'autres chants, a

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été inséxée par £ de Yeiga dans le Romanceiro do Algorve (p. ^S).

La Nef CatkerineUe passe pour être d'origine portugaise. Des chants de diverses contrées offrent, toutefois, avec elle de nombreuses ressemblances U a été parlé dans Y Intermédiaire d'une version bretonne dont on ne cite pas le texte, mais où c'est aussi le maître du navire affamé que le sort désigne, il voit la terre, il voit une tour où il reconnaît sa fille: enfin, le navire aborde et le capitaine est sauvé. {Intermédiaire, t. XII, col, 180- Dans le Gmrerfiou-breif-ifeli t. II, p. iS5, la chanson les Matelots a de l'analogie avec le romance portugais :

* — Ecoutez, tous, et vous entendrez — un gxœrx nouvellement composé , — fait au sujet c*~ne bande de matelots qui s'éiaient embarqués sur la mer profonde.

* — Vingt-sept ans ils ont été — sur la mer profonde embarqués — et la dernière année des vingt-sept ans — le bétail fies vivres) leur a manqué.

« — Et quand le bétail leur a manqué, — ils ont songé à manger un d'entre eux

« — Et quand ils ont tiré à la courte paille, c'est au maître du navire qu'elle est échue. — Seigneur Dieu! serait-il possible que mes matelots me mangeassent !

« — Petit page, mon petit page — loi qui es

diligent et leste, — va au haut du grand mât — pour savoir où nous sommes ici.

« — Et lui de monter en chantant et de descendre en pleurant : — J'ai été au haut du mât — et je n'ai aperçu aucune terre.

a — Va encore au haut du grand mât — pour savoir où nous sommes ici ; — ce sera pour la dernière fois.

a — Et lui de monter en pleurant, — mais il descendit en chantant : — Je crois que nous sommes rendus à terre, — j'ai vu la tour de Babylone... » etci

Même situation dans Lou Moussi des Chants populaires de la Provence (t. I, p. 127) : Il y a sept ans qu'un vaisseau, parti de Marseille pour le Portugal, navigue sans pouvoir toucher terre, les vivres manquent, on tire à la courte paille qui sera mangé, le sort désigne le capitaine, il engage un mousse à monter sur le grand mât :

Quand lou moussi n'es sur la poumo Lou moussi s'es mes a cantar.

— Ah ! da que cantes, vaillant moussi, Veres tu quanque port de mar ?

— Vese Toulou, vese Marselho, Nuestro Damo de la Cioutat, Vese très jouinos dameiselos, Que promenoun long de la mar...

M. Damase Arbaud rappelle à la suite de ces

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couplets, que Rathery (Moniteur du i5 juin i833) a donné deux autres versions de ce chant, Tune provenant sans doute des environs de Bordeaux» l'autre recueillie dans la vallée d'Ossau. M. Smith a publié, dans la Revue des langues romanes Inov. et décembre 1879), p. 248, une complainte, la Courte paille, qui se rapproche beaucoup du chant portugais. Les C an sons de la Terra (t. IV, p. 3*2-33) contiennent aussi deux pièces qu'on peut comparer au romance portugais avec lequel une chanson de matelot, insérée par Braga dans son Cancioneiro populare, p. 144, a beaucoup de ressemblance. Voici la traduction de cette chanson fort courte :

« Perdu dans la haute mer, un pauvre navire allait; déjà sans boussole et sans rames, la faim les tuait tous.

a On recourut aux noirs sorts, pour voir lequel d'eux avait à être par les autres tué, pour être mangé ce jour-là.

« Le sort maudit tomba sur le meilleur mousse qu'il y avait. Ah! comme le malheureux pleurait, priant la Vierge Marie!

« Mais tout à coup le gabier, voyant la terre du côté de la proue, cria, joyeux, de la hune : Terre, terre de Lisbonne! »

Un petit chant asturien a de la ressemblance avec le dénouement de la Nef Catherinette :

a Un matin de la Saint- Jean, un matelot tomba à l'eau. — Que me donneras- tu, petit matelot, pour que je te retire de l'eau ? — Je te donne tous mes vaisseaux, chargés d'or et d'argent. — Point ne veux de tes vaisseaux, ni de ton or, ni de ton argent; je veux que, quand tu mourras, tu me livres ton âme. — Mon âme, je la donne à Dieu, mon corps à la mer salée. »

L'intervention du diable, lequel n'a que rarement un rôle dans les fictions méridionales, ne se produit pas dans toutes les leçons de la Nef Catherinette. Une des versions données par Braga finit de cette panière :

« — Quel présent puis je te donner? — Je veux la nef Catherinette pour avec elle naviguer. — La nef Catherinette, ami, est au roi de Portugal, mais ou je ne suis pas ce que je suis, ou le roi te la donnera. »

Nous compléterons cette longue note par une chanson française bien connue et dont il existe de nombreuses variantes. Probablement sérieuse d'abord, elle a fini par devenir bouffonne, grâce surtout aux deux vers qui la terminent*:

11 était un petit navire, Qui n'avait jamais navigué ; Quand il partit pour l'Amérique, Il partait vingt-cinq passagers.

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Au bout de ciruf à six semaines, Les vivres vinrent à manquer.

Il fallut donc tirer au sort Pour savoir qui sera mangé.

Le plus jeune met la main dans l'urne, C'est lui qu' le sort a désigné :

— O sainte Vierge, ô ma patronne, C'est donc moi qui serai mangé !

Il court il grimpe, à la grand'hune, Il voit la terre, il est sauvé.

Si cette chanson vous embête, Nous allons la recommencer.

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