‹ RomanceiroChapitre 70 sur 96 · DOM JOAN D'ARMADA · texte numérisé non relu

DOM JOAN D'ARMADA

Braga a donné trois versions de ce romance, nous avons choisi la dernière (Cant.pop. do Arch. Açoriano, p. 3i6); Estacio da Veiga en a recueilli une autre leçon (Rom. do Algarve, p. 53).

11 est nécessaire d'entrer dans quelques éclaircissements sur l'ensemble de ce morceau. — La Fragata est une grande embarcation; la première leçon emploie mieux ce mot en disant que Dom Joan se rend à son bord dans son canot. — Safj a tua artilheria, nous avons traduit par: mettre en batterie^ ce n'est pas un terme de marine, mais il nous semble bien rendre le sens. Dans le récit du combat, il y a de l'obscurité :

Bala que dom Joâo botava, Era de ferro, rendia ; Bala que elles deitavam Tornava se em mosquetaria.

Il semble qu'il se fasse un miracle, les boulets de Dom Joan restent pleins et pénètrent dans le

l80 ROMANCEfRO PORTUGAIS

bois, les boulets des Turcs se changjnt en petites balles :

Corn os seus mastros quebrados, Os seus garupés rendidos Com a bandcira de rastos.

Il est probable que par garupés on veut parler du château de poupe démoli. L'arrière de la galère étant détruit, le pavillon ne peut plus être porté haut.

Ancoram en francaria.

Nous avons rendu ce vers par : a Ils jetèrent l'ancre en lieu sûr. » Le poète aurait- il voulu dire vis-à-vis du quartier franc, à Péra, faubourg de Constantinople?

Braga pense que ce romance est un souvenir de la bataille de Lépante, nous n'y voyons rien qui puisse autoriser à le croire. Nous devons reconnaître cependant qu'il exista des chants populaires sur cette mémorable victoire. Braga rapporte un passage emprunté à un ouvrage de Quevedo, la Vida del Gran Tacano, qui fait allusion à ces chants.

r«>SK?2>-

SILVANINHA

u La rudesse de la langue, la négligence du style, l'indécence innocente , toutefois , de quelques expressions, de certaines images, peuvent faire considérer le romance populaire de Si Ivan in ha. comme une des plus anciennes productions qui, de temps immémorial, ont été conservées dans notre péninsule. » Ainsi s'exprime Almeida Garrctt sur un chant que nous aurions préféré laisser de côté, tant la donnée en est répugnante. Mais on ne pouvait guère supprimer un romance si connu dans tout le Portugal, et nous avons pensé, avec Almeida Garrett, qu'il y aurait a une affectation ridicule à ne pas donner ce chant dans sa crudité. »

Le romance de Silvaninha a été cité au xvn* siècle dans une pièce de Francisco Manuel de Mello : Fidalgo aprendif. On en a beaucoup de variantes : Braga, Romanceiro gérai : Silvana, Faustina, p. 3o et 181 ; Cantos do Archip. Açoriano : Silvana,

Al dîna y Silvana desampaada, p. 171, 193, 197.

l8î* ROMANCEIRO PORTUGAIS

Almeida Garrett et Braga considèrent ce romance comme d'origine portugaise. Il est cependant connu ailleurs. De los Rios, dans le Jahrbuch, t. III, p. 284, en a donné, sous le titre de Delgadina, une version que nous avons traduite dans les Vieux auteurs castillans, t. 11, p. 489. De Los Rios en parle dans son Historia critica, t. VII, p. 44 e *. Fernan Caballero en a inséré un texte castillan, probablement expurgé, dans sa nouvelle: Cosa cumplida sclo en la otra vida. Dans les Causons de la Terra, t. IV, p. 17, la Fil la dcî rey reproduit le sujet de Silvaninha. On le retrouve aussi dans un autre romance catalan, Margarila, dont Mila y Fontanals a donné un fragment dans son Romancerillo, p. 122 Le même érudit nous apprend qu'il existe, en Catalogne, un conte populaire sur la même donnée. Almeida Garrett a composé un petit poème en quatre parties intitulé Ado^inda, tiré du romance de Silvaninha, et tel a été le point de départ de son intéressante collection.

Très nombreuses sont les analogies avec cette donnée, citons seulement le conte de Peau d'âne, fort déplacé dans un recueil destiné aux enfants, Le roi qui voulait épouser sa fille (Contes pop. de la Grande-Bretagne, p. 41); Zuccacia (Rac-

CONTI DEL POPOLO 1TAL1ANO, t. 1, p. 244^ PUuseddâ (FlABE, NOVELLE E RACCONTI DEL POPULO SICILMNO,

t 1, p. 38 1); La Scindiroeura (Novelleja fiorextina, p. i58); la Nouvelle II de la troisième

NOIES l83

journée du Pentamerone, la Pel d'Ase du /?o/idallayre (t. H, p. 72); pour d'autres rapprochements, je renvoie à la note du romance Dona Maria,

Le romance n'est pas toujours très clair, on ne sait trop comment s'ouvrit la prison :

Ao cabo de sette annos Eis a torre que se abria.

D'autres leçons disent simplement qu'au bout de sept ans on fit sortir Silvaninha de la tour. On ne sait pas non plus à quel jeu s'amusait le père de Silvaninha :

Iogar a imbocada.

Il doit s'agir d'un jeu où il faut envoyer, soit une bille, soit un palet, dans une ouverture : trou madame, tonneau, etc.

--c£?wr~»- •»

184 ROMANCEIRO PORTUGAIS

Page 1