DONA MARIA
Nous empruntons ce romance aux chants des îles Açores, p. 3o2 ; nous le donnons, non à cause Je sa valeur assez mince, mais parce qu'il pourrait se rattacher — de telles ramifications sont toujours curieuses — au cycle de la fille persécutée, si bien étudiée par M. Wesselofski dans son édition de la Figlia del re di Dacia, Pise, 1866. — Une fille qui a inspiré un amour incestueux se fait couper la main ou les mains, pensant ainsi provoquer des sentiments de répulsion. Son père, furieux, la fait placer seule dans une embarcation qu'on livre à la mer. Voilà le point de départ, un miracle qui n'est pas le même dans toutes ks variantes, rend à la jeune fille la main où les mains dont elle a été privée, puis arrivent des aventures qui varient aussi et rentrent d'ordinaire dans un autre cycle auquel appartiennent l'histoire de Dusolina des Reali di Francia, celle de Dionisa de Giovanni Fiorentino, une partie du Chevalier au Cygne, etc. — le cycle de la femme innocente et
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persécutée. Dans une autre branche de la légende en question, l'épisode des mains coupées disparaît et l'on n'y retrouve plus que l'amour odieux du père et les aventures de la fille abandonnée. A la première branche appartiennent le Roman de la Mannequine publié à Paris en 1840, le mystère du même nom que MM. de Montmerqué et Francis Michel ont donné dans Y Ancien théâtre français, un chapitre du Victoria} ', chronique de Don Pero Niho, p. 258 de la traduction ; la Representa\ione di Santa Uliva, imprimée par les soins de M. d'Ancona, Pise, i863; un roman catalan, Historia del rey de Hungria (Documentes de la Corona de Aragon, t. XIII. Documentes leterarios en antigua lengua catalana, Barcelona, 1857, p. 53-79); l a Pentamanomaçça du Pentamerone, et la Novella délia fi glia del re di Dacia que nous avons déjà citée au commencement de cette note. La seconde branche, celle où il n'est plus question de bras mutilé, comprend une nouvelle latine De Origine *belli inter Gallos et Britannos et la traduction de cette nouvelle en italien : Storia delV origine délie guerre tra i Francesi e gli Inglesi, Florence, 1547, réimprimée en i85o, à Lucques, sous le titre de Novella délia Pulcella di Francia. Nous croyons que notre romance se rattache à ce cycle. La jeune fille aux (bains coupées est abandonnée par son père dans Une embarcation où elle est consolée par la sainte Vierge, et guérie par elle dans la version du
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Victoria! et dans la Représentation di Santa Uliva. Dona Maria est aussi placée par un ordre de son père dans une barque où les anges lui tiennent compagnie, et où sainte Marie l'appelle sa servante. Nous nous demandons si le début fort médiocre de notre romance n'a pas été substitué à un autre, et si cet autre n'offrait pas la même donnée que le romance de Silvanmha, donnée si voisine elle-même de l'histoire de la jeune fille aux mains coupées ? A dona Maria on pesait le pain et Ton mesurait l'eau, le père de Sîlvaninha agissait de même :
Dâo lhe a comida por onça E agua por medida.
Dans le Gwer^iou Brei^-i^el, t. I, p. i6i, sainte ! Honorée, persécutée et calomniée, est abandonnée sur la mer dans un tonneau.
LE PALADIN CONSTANT
. C'est S. de Veiga qui nous a fourni ce romance trouvé dans l'Algarve (Rom. do Algarve, p. g5). Est-il pur de tout mélange artistique ou moderne? Nous en doutons; tout le début a l'air d'un remaniement, ou même d'une composition dans le goût des romances moresques castillans. Hardung pense que l'héroïsme de Dom Fernando, infant de Portugal, pourrait avoir inspiré ce romance. En 1438, Dom Fernando fit contre les Mores une expédition désastreuse, qui se termina par sa captivité. 11 mourut en 1443, dans un misérable esclavage, et son corps resta encore de longues années au pouvoir des infidèles. Calderon a fait sur cet épisode et sous ce titre El principe Constante, un drame très touchant où il prête à Dom Fernando l'héroïsme d'un Régulus et les sentiments d'un martyr.
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LE COMTE NILLO
M. le comte Albert de Circourt et moi avons traduit un ancien ouvrage espagnol, où, sous le titre de Victorial, est racontée la vie de Don Pero Niiio, comte de Buelna. Ce Pero Nino, dont l'existence fut très aventureuse, épousa dona Béatrix, infante de Portugal, et cela en dépit du père de celle-ci, Dom Joan. Malgré le mécontentement de ce prince, ce mariage n'amena aucune catastrophe. Suivant Braga, ce serait cependant cet épisode qui aurait donné lieu au romance du comte Nillo. Nous doutons de cette origine sur laquelle Braga revient encore dans ses Trovadores, p. 325. Almeida Garrett remarque que le nom de Nillo n'est pas portugais, mais que, sous la forme Niiio, il serait espagnol. Il croit que ce chant vient de la Provence ou de la France. On a plusieurs leçons de ce chant : Dom Doardos, Evmida en mar, Dom Dini%, etc. Il n'est pas sans analogie avec celui de Gerinaldo. Quant au dénouement, il peut être une réminiscence de l'his-
toire de Tristan et d'Yseult, bien connue en Portugal, et ce dénouement n'est peut-être qu'un vague souvenir des métamorphoses mythologiques. On le retrouve dans quantité de chants populaires, dans le romance portugais A Pelégrina, dans le romance catalan Don Lui\ t dans un chant suédois Le roi Helleberg, dans deux ballades écossaises Douglas, le Prince Robert, dans des chants grecs, bretons, albanais, roumains. Un chant populaire de la Normandie, recueilli par M. de Beaurepaire, offre la même circonstance :
Sur la tomb' du garçon on y mit une épine, Su la tomb' de la belle on y mit une olive, L'épine crut si haut qu'elle embrassa l'olive, On on tira du bois pour bâtir des églises.
Dans un chant de l'Ukraine (Chants hist. deVUkraine, tr. par Chodzko, p. 3o), une rose est regardée comme l'âme d un jeune homme : a Cette rose, c'est l'âme du jeune homme, qui est mort de chagrin pour la jeune fille. »
Dans la Chronica dos Vicentes, monument de la langue portugaise au xv e siècle, « on rencontre, dit Braga, des traditions relatives aux Français, qui vinrent aider à conquérir Lisbonne. Telle est la légende du chevalier Henrique et de son page fidèle. Sur la tombe d'Henriquc poussa un pal-
IQO ROMANCURO PORTUGAIS
mier. r> Au chant vin des Lusiades, nous voyons que Camoens a rappelé ce prodige :
Olha Hcnrique famoso cavalleiro A palma, que le nasce junto a cbva.
DOM PEDRO MENINO
Ce romance a élé recueilli dans les Açores où Braga en a trouvé trois versions (n os 26, 27, 28). Il offre de l'analogie avec celui de Gerinaldo, tel surtout que Ta publié Almeida Garrett. Braga rattache ce chant, comme celui que nous avons traduit auparavant, à l'histoire de Pero Ni no qui épousa dona Béatrix de Portugal, ainsi que nous le rappelions dans la note précédente. L'analogie entre les deux situations est bien vague; toutefois, elle Test un peu moins dans le dernier romance, et il faut convenir que la ressemblance des noms : Pedro Nino, Pedro Menino, jointe à cette donnée d'un simple chevalier amoureux d'une infante de Portugal, peut favoriser, dans une certaine mesure, la présomption de Braga.
Une complainte publiée par M. Smith, dans la Revue des langues romanes (novembre et décembre 1877, p. 247), offre une certaine analogie avec la fin du romance :
MJ* ROMAN CEI RO PORTUGAIS
Ce sont trois frères, tous trois dans la prison,
Ils ont nne sœure qu'elle a été les voir
En leur disant : Mes frères, chantez une chanson
— Hélas ! ma sœure, comment chanterons-nous ! On va nous pendre demain au point du jour.
Mais le plus jeune commença la chanson.
Toutes les dames sortant de leurs châteaux :
— Où sont les orgues qui chantent aussi bien!
— Ce ne sont pas des orgues, ce sont des prisonniers.
— Portez-leur à boire, à boire et à manger, etc.
Dans une pièce bretonne, conservée dans la collection manuscrite des Poésies populaires de la France (Bibl. nationale, n* 3342), des prisonniers chantent de douces chansons que les dames viennent écouter.
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NOTES Kj3
FLEUR DE MARILIA
Ce romance, recueilli par Braga dans les Açores (p. 237), dérive peut-être du romance castillan Blanca Nina, ou de celui du comte Lombard (Rom. gênerai, t. I, p. 161-162); il a quelque analogie avec Bernarl Frances. D'autres romances portugais : Dona Bvanca, Dont Alberto (Cantos pop. do Arch. Açoriano, n os 19 et 20), roulent sur le même sujet qu'on retrouve dans bien des pays. Voir le chevalier à la robe vermeille (Fabliaux de Meon, t. III, p. 276; le Vieux Vichef et sa femme (Revue des Deux- Mondes, 1 5 août 1 863); le Mari soupçonneux (Romancero de Champagne, t. II, p. 78); les Poésies pop. de VAgenais, p. 116; les Chants pop. de la [Provence, t. II, p. i52; les Chants pop. du pays Messin t p. 2 1 7 ; la littérature pop. de la Gascogne, p. 3 1 6 ; Z*a sposa colta in falto de Bernoni, livr. 8; les Causons de la terra, t. II, p. 69; les Canti Alonferrini, p. 70 ; la chanson bJarnaise de Ma- *'iou que j'ai donnée dans la Revue de l'Esi, le
chant grec di Constantin. Une ballade danoise : Les profondeurs de la mer, roule sur les ruses des femmes et a uns vague ressemblance avec notre romance. Un parallèle beaucoup plus exact lui est fourni par un beau chant de la Carniole, traduit par A. Grun (n° 25) : « Holà, holà, ma jeune femme qui vient de casser ce carreau-là? — Ce n'est rien, ce n'est rien, noble comte, c'est le chat en poursuivant une souris. — Holà, holà, ma jeune femme, qui vous a ainsi mêlé les cheveux .' — Ce n'est rien, ce n'est rien, noble comte, c'est ma servante qui peigne si mal, etc. » Le mari, outragé, finit par trancher la tête à la coupable.
Une quinzaine de chansons françaises, sur une donnée analogue, ont été envoyées au comité de la langue, et se trouvent dans la collection manuscrite conservée à la Bibl. nationale (n*" 3338-42).
NOTES JQ b