LES FIANÇAILLES A L'AGONIE
Ce romance a été publié par Almeida Garrett (t. III, p. 32), et par Braga (Caucionetro gérai, t. III, p. 55). Ici se trouve dans le texte un couplet qui est en contradiction avec ce qui va suivre et qui doit être une interpolation. 11 enlève à la pièce tout son intérêt ; nous l'avons supprimé, mais nous le donnons ici : a — Que j'arrive à quitter ma couche, ô ma rose amoureuse, dans le vase de ma poitrine, tu resteras toujours plantée; avec les bénédictions d'un archevêque, toute d'eau bénite arrosée, sous l'étole de sainte Eglise, à mon cœur tu seras liée. »
On trouve quelque chose de ce romance dans un chant recueilli dans l'Algarve par Estacio da Veiga (p. 16). Deux faits différents s'y confondent: le testament de Sancho III, roi de Navarre, et le siège de Zamora en 1072.
DONA AGUEDA DE JV1EXIA
Almeida Ganett a donné ce beau romance sous le litre de Dona Guimar (t. III, p. 116). Le texte qu'il a publié a été fourni par deux romances, l'un de l'Estramadure, l'autre de rAlemtejo. C'est ce dernier, également publié par Braga, que nous avons traduit. Nous avons dans notre poésie populaire, l'histoire d'une jeune tille contrariée dans ses amours, et qui feint d'être morte; son amant fait arrêter le convoi, la belle ressuscite et les deux amants sont unis [Chants pop. du pays messin, p. 46. — Instructions relatives aux poésies populaires, p. 38. — Article de Rathery dans le Moniteur du 26 août 1 853). — Milà > Fontanals a recueilli un romance castillan sur le même sujet La Amante resucitada, Observaciones, p. 12 5.
La version d'Almeida Garrett offre ici beaucoup plus de détails que celle de Braga : le contraste entre les scènes joyeuses du printemps et des scènes lugubres y semble l'œuvre d'un poète artistique :
* C'était par une matinée de mai, la campagne fleurissait, les oiseaux chantaient, le pré vert souriait. — Dans la ville on entendait une triste clameur, les cloches étaient en branle, là était tout le clergé, les nobles et le peuple sortaient de l'église. »
Cette arrivée d'un amant au moment de l'enterement de sa maîtresse, situation d'ailleurs souvent exploitée, rappelle la touchante histoire de M lle de Tournon, racontée dans les Mémoires de Marguerite de Valois.
Un passage de notre romance offre ici une vague ressemblance avec le célèbre poème populaire sicilien, la Baronne de Carini, que Salvatore Salomone Mari no a publié avec tant de soin. Vernagallo erre sous les fenêtres où sa maîtresse, dont il ignore la mort, s'était tant de fois montrée :
Su' chinsi li finestri, amaru mia!
Dunni affaeciava la mé dia adurata.
Vernagallo ayant appris que la Baronessa a été tuée, se rend à l'église où elle a été ensevelie, et comme Don Joan s'adresse au sacristain :
Oh mula sorti, che mi sapi dura, Mancu vidiri la mè amanti amata !
Sagristanu, ti preju un quartu d'ura Quantu cci calu 'na torcia addumata.
Les vers où Ton raconte la résurrection de dona Agueda me semblent charmants comme ils Pont paru à Almeida Garrett. Une variante de la chanson française, rappelée au commencement de cette note, offre un passage qui peut-être n'est pas indigne d'être cité à côté des vers portugais :
De son couteau alors coupa Trois points du suaire et regarda, Un ris d'amour ell' lui jeta.
Innombrables sont les récifs relatifs à des femmes crues mortes et rappelées à la vie, et fort inutile serait de rechercher combien ce sujet a été traité de fois depuis l'histoire de Ginevra degli Amieri jusqu'au roman de Silvandire, qu'Alexandre Dumas a emprunté à Gatien de Courtils.