GENTILLE PASTOURELLE
Cette petite pièce, célèbre dans la poésie populaire portugaise, rappelle tout à fait les pastourelles qui furent en si grande vogue chez les Provençaux comme chez les Français, qu'essayèrent aussi les Espagnols, témoin la jolie serranilla du marquis de Santillane, la vachère de la Finojosa, et dont on retrouve de nombreuses dégénérescences parmi*- les chansons rustiques de nos diverses provinces. (Chants pop. du pays messin, p. 123 et suiv.) Nous avons suivi le texte qu'Almeida Garrett recueillit de la bouche d'une lavandière, dans un village portant assez singulièrement le nom qui sert de titre à la pièce elle même : Linda a Pastora. Cette production est très répandue dans tout le Portugal, et Almeida Garrett en a donné de nombreuses variantes. De son côté, Braga a publié deux versions de Linda a Pastora, l'une dans son Romanceiro gérai, t. III, p. 1 33, l'autre dans les Cantos pop. do Archipelago açoriano, p. 373. Toutes deux
ont un dénouement qu'Almeida a aussi rencontré. Le galant chevalier n'y est autre que le frère de la bergère, il veut éprouver la vertu de sa sœur. C'est là sans doute une interpolation. Telle, toutefois, n'est pas l'opinion de Braga, et, nous devons le reconnaître, cette donnée se retrouve dans un certain nombre de chants populaires de divers pays, et offrant de très grandes ressemblances avec la pastourelle portugaise. Canti pop. Venefiani : L'Onesta alla prova, livrai, vt. Chants pop. de la Provence, t. II, p. 1 13; Chants pop. du pays messin, p. 54; Canti Monferrini, n° 67; Canti pop. inediti, de Marcoaldi, p. 16: ; Gwerçiou brei\-i$el, t. I, p. 2o3, 207; Chants pop. du Nord, tr. par Marmier, p. 175. On remarque dans plusieurs autres poésies populaires des rencontres inattendues de frères et de sœurs, mais amenées par d'autres circonstances. Une reconnaissance de ce genre fait le dénouement du romance portugais A infeitiçada; du romance catalan la Cativa; du romance asturien Don Bueso ; d'une ballade allemande Annelein ; d'un chant de l'Ukraine Le frère et la sœur (p. 87); d'un chant breton portant le même titre; Gwer\iou brei\-i\el, t. I, p. 193, de Pierre Petrovicht qui, dans une byline, reconnaît sa sœur dans une captive qu'il a enlevée (Russie épique, 81^. Le Romanceiro de l'Algarve d'E. de la Veiga renferme aussi une version de Linda a Pastora, mais el'e semble un remaniement moderne.
Le dernier vers peut être compris de deux manières :
Quando ellas n&o querem ent&o est&o querendo.
Le poète populaire a-t-il eu l'intention d'opposer querer, vouloir, à querer, aimer? Faut-il voir dans cette conclusion le doux nenni de Ma rot i C'est ce que nous avons pensé.
Milà y Fontanals nous apprend que notre romance est aussi connu en Galice (Romania, année 1877, p. 53).
NOTES l I 3
XXV et XXVI
DOM A L EIXO
Almeida Garrett estime beaucoup ce romance bizarre qui ne nous plaît pas infiniment, mais il déclare que, ne l'ayant pas trouvé complet, il a réuni divers fragments. On voit, en effet, qu'il a pris, moitié d'un romance en a et moitié d'un romance en ia; il donne de plus, en note, des variantes en e. Nous avons cru devoir traduire ce texte parce qu'il ne nous semble pas que les arrangements d'Almeida Garreit aient notablement défiguré un chant vraiment populaire. La fidélité avec laquelle Almeida a reproduit les vers de la fin, qui s'accordent si mal avec le reste de la pièce, est une preuve de ses scrupules. A ce bizarre remate il joint cette note : « Ce dernier couplet qui apparaît dans toutes les leçons, appartient-il en effet au romance i Est-ce le fragment d'un autre chant qui y a été joint par l'ignorance du vulgaire? J'inclinerais vers cette supposition, mais j'ai conservé ce couplet parce que je n'ai pas rencontré une seule leçon où il ne figure. »
214 ROMANCEIRO PORTUGAIS
On a communiqué à Braga deux variantes venant des îles Açores (n os 22 et 23; qui se rapprochent du texte publié par AlmeiJa Garrett. Voici le début de la seconde de ces rédactions qui ne diffère guère de celui de la première :
« Dans une ville de Hongrie, il y avait an chevalier, un chevalier bon gentilhomme, que l'on nommait Dom Alexis, et ce nomme Dom Alexis, une nuit qu'il était sorti, aperçut soudain un ermite dont la taille était prodigieuse.
— Si tu es créature humaine, tu peux t'en venir avec moi ; si tu es une âme en souffrance, je saurai bien te conjurer. — Point ne suis créature humaine pour aller en ta compagnie, point ne suis une âme en souffrance et que tu puisses conjurer. Je suis ta mort, Dom Alexis, et je viens pour te prévenir que dans cette cour sont sept hommes tout prêts à t'arracher la vie. — Ils seraient sept de plus encore, qu'Alexis n'en aurait souci. Je le jure par cette épée, ainsi que par la sainte Vierge, je vais tenir une promesse que j'ai faite à Dona Maria. »
Le reste se rapproche assez du romance suivant, pour qu'il ne soit pas nécessaire de le traduire. Nous remarquerons que les deux versions des îles Açores ne finissent point par les vers qu'a conservés Garrett, pas plus que l'autre version que nous traduisons aussi. Cette dernière se termine très bien, sauf que le suicide qui lui sert de dénouement n'est guère dans les données chrétiennes habituelles au Portugal .
LA PELERINE
Ce roman ee a été donné par Almeida Garrett et par Braga. Nous avons traduit le premier texte (t. III, p. 4), le second n'en diffère guère, d'ailleurs, que par un peu plus de concision dans le dénouement. Une jeune fille se tuant ou tuant son agresseur, avec les propres armes de celui-ci, c'est une donnée qu'on rencontre très fréquemment. Voyez : Historia critica, t. VII, p. 444; Chants pop. du pays messin, p. 73 ; Etudes sur la poésie pop. en Normandie, p. 55; Can\oni pop. del Piemonte, fasc. V, p. 162; Chants pop. des Provinces de V Ouest, t. II, p. 174; Gwerfiou brei\i\el, t. I, p. 3ig; Barras brei\, t. I, p. 355'; Canti Monferrini, n° 2 ; Romancero gênerai, 1. 1, p. 160; Rico Franco; Canti Vene\iani, livraison ix, n° 2. A cette donnée se rattache encore notre ballade de Renaud et ses quatorze femmes, et ses innombrables similaires, Hallewyn dans les Chants populaires des flamands de France,
2l6 ROM AN CEI RO PORTUGAIS
p. 142, la Monferrina incontamina ta des Canti Monferrini, n° 2, etc., etc.
Braga a rappelé dans les notes de son Cancioneiro popular (p. 202) l'histoire de dona Ximena qui, prise par un More, feint de cédera son amour, l'embrasse et l'entraîne avec elle dans la mer. On a attribué au mari de cette autre Lucrèce, Mendo Yasquez de Britteiros, des vers où il est fait allusion à cette mort, et qui se trouvent dans V Histoire chronologique et critique de Vabbaye royale cCAlcobaça, par Fortunato de Sam Boaventura.
Outre ce romance de la Pèlerine, les Portugais ont sur le même sujet deux imitations du romance castillan Rico Franco,