LA JEUNE VEUVE
Ce romance, publié par Braga dans ses chants des Açores(p. 328, 329), contient probablement un souvenir de la triste fin de Dom Affonso, mort d'une chute en 149 1 , et laissant veuve l'infante Isabel qu'il avait épousée, non depuis huit jours, mais depuis huit mois. — Ficaes menina e moça, dit le mari mourant à sa femme. C'est probablement une réminiscence du célèbre livre de Bernardim Ribeyro, qui porte pour titre ces deux mots par lesquels il commence : a Menina a moça me levarào de casa de meu pay, para longas terras. »
La première édition de ce roman fameux ayant paru en i554, nous avons approximativement la date du romance. Ce romance vient-il d'un romance castillan, ou l'a-t-il inspiré ? Toujours est-il que Ton a un chant espagnol qui offre des analogies avec le nôtre, mais où la triste fin de Dom Affonso est racontée avec plus d'exactitude. Voyez un article de M. G. Paris dans Romania. 1. 1, p. 5j3, et la Poesia heroico popular, p. 3 08- 3 1 1 .
DOM DUARDOS ET FLERIDA
Ce joli romance qu'on trouve en castillan dans les œuvres de Gil Vicente (t. II, p. 249), où il termine la tragi-comédie de Doin Duardos, est devenu populaire en Espagne comme il Test en Portugal. 11 a éié rencontré dans l'île San Jorge par un des collaborateurs d'Almeida Garrett.
Braga a donné cette version un peu plus courte, un peu moins élégante, ainsi qu'une autre provenant du chevalier d'Oliveira. C'est cette dernière que nous avons traduite.
Le romance connu en Espagne n'est -pas tout à fait pareil à celui de Gil Vicente, il est un peu plus développé; les adieux de l'infante y sont plus longs :
Jamas en quaoto viviere Os veré tan solo un dia, Ni cantar los ruisenores En los ramos melodia.
Quédatc à Dios, agua clara, Quédate â Dios, agua fria,
2 30 ROMANCEIRO PORTUGAIS
Y quedad con Dios, mis flores, Mi gloria, que ser solia...
Ce romance est évidemment l'œuvre de Gil Vicente, mais il peut avoir pour point de départ le romance de la Fille de V empereur de Rome (Rom. gérai, n° iS) et celui du Cegador [id , n° 20) que nous n'avons pas donnés, parce que leur mérite ne nous a point paru racheter leur brutale crudité. Quant à un autre romance en hendécasyllabes, O hortatào das flores (Rom. gérai, n° 19). il offre des ressemblances assez grandes avec Do m Duardos. Le héros est un Oom Duarte. C'est déguisé en garçon jardinier qu'il fait la cour à une belle princesse. Celle-ci, sur le point de le suivre, fait aussi ses adieux aux fleurs et aux fontaines : « — Tais toi, tais-toi, Madeleine, lui dit son amant, dans les royaumes étrangers il y a des eaux plus belles, il y a aussi de claires fontaines et des bassins d'eau froide, et là aussi le rossignol chante au milieu du jour. »
Nous avions d'abord pensé que ce romance avait été le point de départ de celui de Gil Vicenu, et nous comptions le donner. Mais, outre qu'il est fort obscur et qu'il peut sembler, dans sa première partie, formé de fragments très disparates, il nous a paru, après un examen attentif, que c'est, au contraire, le romance de Gil Vicente qui est venu, en s'altérant considérablement, se coudre à d'autres lambeaux de chants populaires
La fin d'un romance des Âçores Lis arda [fiant, pop, do Arch. Açoriano, n° 36) paraît avoir été imitée de notre romance.
Le romancero espagnol, qui a d'ailleurs accueilli la rédaction castillane de Duardos et Flerida, a un autre morceau sur une situation semblable La infantinay el hijo del rey de Francia, Très nombreux sont d'ailleurs, dans la poésie populaire de tous les pays, les amants qui, après s'être fait passer pour des hommes de très basse condition, se déclarent tout à coup de grands monarques ou leurs fils ; voyez la canzone piémontaise // mariner o t le petit batelier des Chants du Nord, le petit tambour dans les Chants du pays messin, etc.
2 3 l UOMANCEIUO PORTUGAIS