‹ RomanceiroChapitre 85 sur 96 · DOM YANN · texte numérisé non relu

DOM YANN

Ce beau romance, que nous donnons d'après Almeida Garrett, est très connu en Portugal et dans les Açores (Braga, Rom. gérai, p. 68, 71; Cantos pop. do Ar chip., p. 25g). Le nom du mari n'y est pas le même, c'est le comte Alberto, le comte Alves, le comte Delphino, le comte Dalvos, etc. M. Hardung a, de son côté, recueilli à Vianna do Castillo (Romanceiro portuguef, t. I, p. 149), une version qui diffère assez des autres.

Ce romance existe aussi en Castille sous le nom du comte Alarcos (Primaveray flor de romances, t. II, p. m), et en Catalogne (Milà, Observaciones, p. 118, Pelay Briz, Cansons de la Terra, t. III, p. 3i). Dans ces deux derniers chants, le mari s'appelle le comte Floris- Si, comme on l'a pensé, les chants les plus courts sont les plus anciens, ce serait la leçon de Milà qui dut précéder toutes les autres. Toutefois, Pelay Briz croit que la leçon catalane n'est qu'une réduction du castillan. Cela semble, en effet, très probable pour

celle qu'il donne, mais le texte recueilli par Milà, plus bref, plus abrupt, nous parait vraiment antique.

Nous avons dit ailleurs ( Vieux auteurs castillans, t. 11, p. 414) combien nous trouvions admirable le romance espagnol, combien, contrairement à l'opinion d'Almeida Garrelt, nous le placions au-dessus du romance portugais. Outre que le premier l'emporte par la beauté de certains détails, il a, comme les versions catalanes, un dénouement plus pathétique que les chants portugais. Dans le romance castillan, le comte tue sa femme qui ne meurt pas, cependant, sans penser qu'elle sera vengée : « Je vous pardonne à vous, comte, par l'amour que je vous portais. Mais je ne pardonne pas au roi et à l'infante sa fille, je les. cite devant la justice suprême, qu'avant trente jours ils aient à comparaître devant Dieu. » Cet ajournement rappellera qu'on attribuait aux condamnés innocents le pouvoir de citer leurs persécuteurs au trône de Dieu. Fernand IV fut ajourné à trente jours, par deux chevaliers condamnés injustement. Jacques de Molay, cita, dit-on, le Pape et Philippe le Bel à comparaître devant la justice divine dans un certain délai.

Le miracle par lequel un enfant à la mamelle prend la parole, ne se trouve que dans le romance d'Almeida Garrett, celui de l'île Saint-Jorge et celui qu'a recueilli Hardung. Au moyen âge, on croyait volontiers à des miracles de ce genre. J'en

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ai rapporté beaucoup d'exemples {Notes sur la ressemblance de quelques fictions, p. 37 et suiv.) que M. Liebrecht a rappelés, en en augmentant le nombre dans son livre Zur Volkskunde, p. 2 1 1 .

Duran a rappelé ce romance à propos d'un chant sur la mort de Maria Tellez, qu'on lira parmi les romancés castillans traitant des sujets portugais. Voici, du reste, l'épisode dont il s'agit et qui nous semble s'éloigner beaucoup de la donnée du romance :

a Dofia Leonor Telle* (femme du roi de Portugal don Fernand) avait une sœur qui s'appelait do 5a Maria de Meneses et qui était veuve. L'infant don Juan, frère puîné du roi, épousa en premières noces par amour cette dofia Maria. Ce mariage déplut beaucoup à doha Leonor, car elle eût voulu que don Juan épousât dofia Béatrix sa fille et fille de don Fernando. Elle donna à entendre à don Juan que dofia Maria, sa femme, commettait envers lui trahison. Il en résulta que l'infant mit à mort ladite dofia Maria Tellez, laquelle mourut bien innocente du péché qui lui était imputé. »

(La Victorial, p. 447, note.)

L'épisode qui fait le sujet de notre romance a été plusieurs fois mis au théâtre. 11 Ta été en Al' lerriagne par Schlegel, en Espagne par Guillen de Castro, par José Milanez, par Mira de Mesca, sous le titre de Le comte Alarcos, et par Lope de Vega sous celui de la Fuerza lastimosa. Dans cette pièce, le dénouement est heureux. Ce n'est pas le

comte Enrique (Alarcos), comme le croyaient le roi et l'infante elle-même, qui a surpris les faveurs de la princesse, c'est le duc Otavio. Le quiproquo se découvre à tçmps pour que don Enrique ne soit pas contraint de tuer sa femme, et le vrai coupable épouse l'infante. v Lope de Vega, éd. Ribadeneyra, t. III, p. 257.)

On a de nombreuses variantes de ce romance.

Dans Tune d'elles, on retrouve le début de Silvaninha : « Dona Silvana se promenait dans le corridor en haut, elle descendait dans la galerie d'en bas, pinçant son luth d'or. Elle en jouait très bien. Elle réveilla son père dans son lit avec le bruit qu'elle faisait. — Oh! qu'as-tu donc, Silvana, qu'as-tu, ma fille? — De sept filles que nous étions, toutes sont mariées et ont famille, excepté moi qui suis la plus belle... », etc.

La fin du romance offre aussi des différences de détails dans plusieurs leçons. — Dans une version catalane, sans doute peu ancienne, un ange intervient et apprend au mari, à l'instant où il va tuer sa femme, que Dieu a frappé le roi et l'infante. (Cansons de la Terra, t. 111, p. 33.)

Ce romance est connu en Galice, comme le prouve le texte que Milà y Fontanals a publié dans la Romania (année 1877, p. 68). Là, le commencement est emprunté au romance deSilvaninha.Le comte s'appelle le comte d'Algalia, le dénouement est amené par le miracle de l'enfant à la mamelle qui se met à parler.

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Il paraît qu'aujourd'hui plusieurs parties d'anciens romances sont racontées en prose; tel est le sort du romance de Yanno. Voir dans la Romania, année 1874, p. 263, l'article de Coelho : Romances sacros oraçoes e ensalmos populares do Minho.

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