DOM BELTRAN
Le romanceiro contient peu de chants sur les héros carlovingiens; on y retrouve cependant Gaiferos, Melisenda et dom Beltran. Gaiferos et Melisenda ont dû passer de l'Espagne au Portugal, mais il n'en est peut-être pas de même pour Beltran. Nous retrouvons bien la même donnée en Castille (Rom. gênerai, n° 3o,3, Prim. y flor, t. II, p. 3 16), mais il existe entre la leçon castillane et la portugaise d'assez grandes différences pour qu'on puisse penser que l'une n'est pas la traduction de l'autre, tout en leur reconnaissant une même origine, une source française peut-être. Toutefois nos anciens poèmes ne font figurer aucun Bertrand à la bataille de Roncevaux. Voyez les Épopées françaises de M. Léon Gautier, t. III, page 552 à la note, 2 e édition. La version espagnole, dans une ou deux variantes, est plus imparfaite que la portugaise; dans celle de ces variantes qui commence ainsi : En los cam-
238 ROMANCCIRO PORTUGAIS
pos de Alventosa, on remarque l'immixtion, à partir du vers 23, d'un fragment emprunté à un romance de Gayferos.
Les plaies dont est percé dom Beltran sont décrites avec des expressions singulières. On les retrouve dans un des textes de Dona Infanta :
Com très chagas bem abertas E todas eram mortaes, Por uma se via el sol, Por otra o bello luar.
(Rom. gérai, . a.)
Dans le romance de dom Yanno, un enfant à la mamelle se met à parler; ici, plus merveilleusement encore, un cheval en fait autant. Ce phénomène, dénouement bizarre, n'existe pas dans le chant espagnol. Mais on le trouve dans l'Iliade, ch. xvu et xix. Dans ce dernier chant, Achille parle à ses chevaux, et Junon permet à l'un d'eux, le rapide Xanthe, de répondre à son maître. Plusieurs chants grecs modernes offrent le même prodige, ainsi qu'un comte italien II drago. Dans la Russie épique, M. Rambaud donne de nombreux exemples d'un pareil prodige, notamment pages 48, 49, 5o, 56. A. de Gubernatis, rappelé par M. Rambaud, dans sa Mythologie çoologique, s'est occupé des chevaux héroïques.
On lit à la fin du romance :
Me alargou peitoral.
NOTES 23q
Même expression dans le texte castillan du troisième romance de Gayferos :
Y affojale el petral
et dans la version portugaise du même roirance :
Affrouxa-lhe o peitoral.
Peut-être aurait-il fallu traduire : « Me rendit la bride. »
Z^O ROMANCEIRO PORTUGAIS
JOANSINHO
Ce romance a été recueilli dans l'Ile St Jorge (Cantos pop. do Arch. açoriano, n° 1 7). Il semble remarquable à Braga, parce que c'est la seule poésie populaire portugaise où apparaisse l'ancienne tradition germanique du banni. Le romance intitulé : Flores e ventos (Cant. pop. do Arch. açoriano, n° 18) est une variante de celuici dont le commencement dans le romance de Dona Branca (même recueil, n° 19: se mêle à la donnée espagnole de l'adultère punie que nous avons rencontrée dans Flor de Marilia. — Les doublons gagnés par Joansinho étaient marqués ou à marquer :
Gagnou cem dobras d'ouro Marcadas e por marcar.
Nous ne savons trop ce qu'on entendait par là, mais nous remarquons que, dans une chanson du Canada (Chansons pop. du Canada, publ. par Ernest Gagnon, p. 47), il est question de sous marqués.