LA LÉGENDE DE SAINT BERNARD
Bernard est né d'an sang illustre et glorieux (1) :
Mais, encore plus riche en vertus qu'en ayeux, Il foule aux pieds ses biens, rassemble tous ses
[frères, Et fuit dans les lieux solitaires (2).
Est-ce donc là, grand saint, le mystérieux
[fruit Du présage qu'Alix receut pendant la nuit? Oui, d'une voix douce, ainsi qu'un chien qui
[gronde, Vous aboyez contre le monde (3).
Plus de repos pour vous, veille continuelle. Un Dieu né dans l'étableest votre saint modèle , Et, dans la main du pauvre épandant votre bien, Votre trésor est dans son sein.
(1) Saint Bernard, fils d'Alix, Aleth ou Adèle, et de Tecelin, seigneur de Fontaine, naquit à Fontaino, près de Dijon.
(2) A Clairvaux, derrière le rond-point de l'église, dans le cimetière des abbés étrangers, on montrait les tombeaux des frères de saint Bernard.
(3) Allusion à un rêve qu'avait eu sa mère, lors de sa naissance
Si des charmes trompeurs vous portent
[quelqu'atteinte, Bientôt la flamme impure est dans les eaux
[éteinte.
Mollesse, volupté, plaisirs même innocens Ne sçavent point toucher vos sens.
Honneur au Père, au Fils, qui de leur alliance Produisent TEsprit-Saint dans une même essence, Et qui, nous destinant à des biens éternels, Fixent vers eux nos yeux mortels I Ainsi soit-il.
Quel spectacle à Giteaux! Trente suivent sa
[trace (1).
Les plus sacrés liens se brisent à ce but. Gérard d'un coup d'épée est confirmé en grâce, Et, libre du danger, y trouve son salut.
A Clairvaux, je le vois commander, se sou-
[mettre, Au commun obéir, l'éther en huile se changer; Par science profonde l'avenir il pénètre, Un râteau brisé, refait, passe danger.
11 écrit à la pluie, et sec est son papier (2) ;
(i; AClairvain, on montrait, dans la chapelle dite des comtes de Flandre, la tombe des religieux auxquels saint Bernard avait donné l'habit. La légende raconte que le saint avait reçu de Dieu la révélation de leur salut.
(2) Au-dessus de l'enclos du monastère, était une petite chapelle élevée à l'endroit même où saint Bernard écrivit à son neveu Robert une lettre célèbre : il était en plein air, et la pluie, qui tombait alors, jie mouilla pas son papier.
Il détruit d'une parole mouches et insectes : D'un signe je le vois d'une femme chasser Un démon qui, rempli de fausseté, l'infecte.
Protégé de Marie et son panégyriste, Il explique le sens des livres inspirés ; Il délivre du feu les morts, qu'il ressuscité, Le peuple même instruit d'écrits révélés (1).
Louange et gloire au Père, ainsi qu'honneur
[suprême !
Qu'il soit accordé par son Fils pardons et paix ! Joie nous soit donnée par son défenseur, qu'il
[aime, Par tous les siècles, en tous temps, à jamais ! Ainsi soil-il.
Bernard, ce docteur si sublime, Aujourd'hui monte vers les cieux, Attiré par un don intime, Splendeur de la gloire de Dieu.
Les saints tressailliront de joie, Voyant Bernard au milieu d'eux :
Jésus-Christ même est la voie Par laquelle il s'élève aux cieux.
Ohl combien fut vrai ce présage, Quand il parut un chien ardent !
Le Créateur donne ce sage Comme un docteur très-vigilanL
L'Enfant Jésus lui apparut,
(1) Allusion aux immortels écrits de saint Bernard.
Ainsi que nouvellement né :
Faveur que de vous il a eu, 0 splendeur de la Trinité !
Il guérit les démoniaques, Soignant les foibles et languissans :
Il leur donne de grandes marques De salut et contentement.
Il vit le plus heureux du monde, Portant avec Marie sa croix :
Il goûte une joie sans seconde Pour les dons précieux du Christ roi.
Dieu de puissance et de lumière, Loué soyez-vous à jamais, En attendant qu'à nos misères Succèdent des plaisirs parfaits!
Ainsi soit-il.
Mon Dieu, j'ai vu Bernard, par un ferme
[courage, Confondre l'effort du démon, Et, publiant ses lois, fouler aux pieds la rage Des noirs ennemis de son nom.
Enfin, ce saint héros, plein d'une foy sincère, T'adressant ses derniers soupirs, Meurt, et quittant un corps séché d'un jeûne
[austère (1),
(1) Saint Bernard se condamna jusqu'à la lin de sa vie au régime le plus austère : il couchait dans une chambre sans feu, sur une natte •!♦- j<> ne que supportait une dalle p&ttét
-^ 91 — Contente au ciel tous ses désirs.
0 Dieu, qui dans son cœur répandis tes
[lumières, Ecoute nos tristes regrets , Et daigne en sa faveur, touché de nos prières, Révoquer tes justes décrets.
Gloire au suprême Roy des hommes et des
[anges !
Gloire au Fils, notre heureuse paix !
Gloire au Souffle divin, et que de leurs louanges Le ciel retentisse à jamais!— Ainsi soit-il.
de plusieurs trous. Dans ses derniers jours, les religieux de Clairvaux plaçaient sous cette pierre un brasier qui réchauffait sa chambre sans qu'il s'en aperçût. Il mourut en 1153.— Dans la salle des morts, on montrait encore, avant 1789, une grande auge de pierre dans laquelle on avait lavé son corps avant de l'inhumer. La tradition disait que parfois, au fond de cette cuve, on apercevait son ombre immobile, mais souriante". — Ses restes étaient placés derrière le maître-autel de l'église.— Ces quatre hymnes sont l'œuvre du P. de la Roche.— Bréviaire manuscrit de Giteaux, 1737.