LA CHANSON DU PETIT ROI D'ANGLETERRE
Auprès de Saint-Denys, Il y a une fontaine.
— Que dit ? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Auprès de Saint-Denys, Il y a une fontaine.
Trois dames de Paris Y sont autour qui dansent.
détriment de Charles de Lorraine, oncle de Louis le Fainéant. Rien n'est plus obscur que l'histoire de la postérilé de ce malheureux prince. Il mourut en prison à Orléans, laissant plusieurs enfants de Bonne, tille de Godefroy, comte d'Ardenne : une tille dont nous allons parler, et trois fils, Othon, mort en 1004, Charles et Louis, dont l'histoire est inconnue : la première maison de Hesse, éteinte en 12 if, prétendait les représenter.— Tout porte à croire que les enfants de Charles lui survécurent, mais que leur descendance ne se soutint pas longtemps.— Nous avons déjà vu Ph. Mouske contester nettement la légitimité d'Hugues Capet, et la nation était, en partie au moins, de l'avis du chroniqueur ; mais voici ce qui advint : il s'agit de Charles, le prince détrôné :
Et Challes fu duc de Lorrainne :
Loing du quel païs mainte mille, Il donna une seue fille Au conte Aubert par mariage, Qui de Namur tint l'éritag* :
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Trois dames de Paris Y sont autour, qui dansent.
Par là vint à passer Le p'tit roy d'Angleterre.
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Par là vint à passer Le p'tit roy d'Angleterre.
Il en embrassa deux, Et laissa la plus belle.
Ermenjartot non la pucele.
De Ja lignie de la quele,
Jà soit ce que loing s'estendi,
Li quens de Henaut descendi,
Dont puis, qui que le tingne à bel,
Vint la gracieuse Ysabel,
Que le roi de France espousa,
Phelippe, dont l'en dit vous a.
Cil n'iert pas, tout fust-il prud'homme
Si con l'ystoire le renomme,
Qui ne F tint mie à desloial,
De la droite tige roial.
Guiart, auteur de ces vers (Branche des royaux lignages, vers 7780), ne balance pas à considérer encore Philippe- Auguste comme un usurpateur; mais, après son mariage avec Isabelle de Hainaut , son appréciation change. De cette union naquit un fils, depuis Louis VIII, que le poète considère nettement comme l'héritier de Charlemagne :
Voici ce que dit Guiart (vers 7230) :
L'an que li roii fu enterré (Philippe-Auguste), Dont maint homme ot le ruer sm<\
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Il en embrassa deux, Et laissa la plus belle.
-^-Pourquoy n' m'embrass' tu pas, Petit roy d'Angleterre?
— Que dit? que dont? Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Pourquoy n' m'embrass' tu pas, Petit roy d'Angleterre ?
— Si je n' t'embrasse pas, C'est qu' tu n'es plus pucelle.
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc ?
— Si je n' t'embrasse pas, C'est qu' tu n'es plus pucelle.
Estoit son lils, Loys le Sage, D'en tour trente six anz d'aage.
Cis fu, si con le voir ramainne.
De la linguie Kallemainne, Par raison disabel sa mère.
Et ailleurs (vers 7800), il parle de Louis le Fainéant :
Diex, qui haut el ciel son règne a,
Soufri que cil sans hoir mourut ;
Par quoy le réaume courut
Jusqu'à sept rois hors du demaine
De la lignie Challemaine.
D'où l'on peut conclure qu'alors la descendance niàlo do
Charles de Lorraine était éteinte. Ph. Mouske et Guiart ne
sont pas les seuls historiens qui nous aient fait connaitre à
ret égard l'opinion publique.— Louis VIII, né en lt8;t, fut
—Si tu n'étais pas roy,
J'en aurois la vengeance !
—Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Si tu n'étois pas roy, J'en aurois la vengeance.
Mais, quoique tu sois roy.
Fais-moi voir ta vaillance.
—Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Mais, quoique tu sois roy.
Fais-moi voir ta vaillance.
Viens ! prends ton épée nue, Et moi, ma quenouillette.
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc ?
— Viens ! prends ton épée nue, Et moi, ma quenouillette.
>acré après la mort de son père, en 1223, et les droits des Capétiens à la couronne de France ne furent plus contestés jusqu'au moment où les princes de la maison de Lorraine essayèrent, pendant la Ligue, de se faire reconnaître pour les descendants de Charlemagne.— Les derniers Carlovingiens dont l'histoire est certaine furent les petits-fils de Pépin, second fils du grand empereur, que représentèrent les comtes de Vermandois, éteints en 107G, les comtes de Ham, éteints vers 1370, et les seigneurs de Saint-Simon, éteints en 1328. Marguerite de Saint-Simon, la dernière de son nom, épousa Mathieu de Rouvroy, et lui apporta en dot son domaine : c'est de cette union que descendent les ducs de Saint-Simon de ce temps.— Philippe-Auguste fut sacré, le 1" Novembre 1179, par Guillaume de Champagne, dit aux Blanches-Mains, archevêque de Reims.
Le premier coup qu'elle porte.
Tue le roy d'Angleterre.
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— Le premier coup qu'elle porte Tue le roy d'Angleterre.
L' roy d'Angleterre est mort!
Il ne fra plus la guerre.
— Que dit? que dont?
Que dis-tu? que dit-on?
Que dit-elle donc?
— L' roy d'Angleterre est mort !
Il ne fra plus la guerre (1).
(1) Ardeunes.— Collection de M. Nozot— Louis VU épousa en secondes noces Alix de Champagne, fille de Thibault IV, comte de Champagne, morte eu 1206.— De cette union sont issus Philippe-Auguste et une princesse nommée Alix comme sa mère.— La guerre faite par la France à l'Angleterre, de 1171 à 1176, se termina par un traité, aux termes duquel Alix fut fiancée à Richard Cœur-de-Lion, second fils de Henri II, roi d'Angleterre. La princesse, encore au jeune âge, fut envoyée à la cour de Londres, pour y être élevée suivant les mœurs du pays. Bientôt sa grâce et son esprit lui conquirent tous les cœurs.— Richard, de 1186 à 1 188, fit la guerre à son père pour le contraindre à lui donner sa fiancée en mariage, en l'accusant d'avoir pour elle une affection illégitime. Un nouveau traité lui promit de lui donner satisfaction, lorsque Henri II mourut eu 1189.— Alors Richard refusa d'épouser Alix, sous prétexte que son père avait eu ses premières amours.— Cette odieuse accusation fut suivie du mariage du nouveau roi d'Angleterre avec Bérengèrede Provence. Philippe-Auguste et la France avec lui ressentirent vivement ce double outrage : de longues et brillantes guerres contre l'Angleterre vengèrent le monarque. La France, qui chante toujours, et la Champagne, qu'on n'insulte pas impunément, répétèrent la chanson ci-dessus. Son
- nu —