LA LIGUE CONTRE LE ROI DE NAVARRE
L'an mil deux cent et vingt et dix, Fu don Martin en flambe mis :
En tel point futli quensTibaut, Qu'il ala nus comme un ribaut, Un autre ribaut avec lui , Qui ne fu connu de nului, Por escouter que l'en disoit De lui et corn en devisoit.
Petit et grant, mauvais et bon, Le retrai oient de trahison, Et un et autre, et bas et haut.
Lors dit le quens à son ribaut :
— Gompains, or voi-jc bien de plain Que d'une denrée de pain Saoulerois tous mes amis.
Je n'en ai nul, ce m'est avis, Ne je n'ai en nului fiance Fors qu'en laroine de France.
Celle li fu loiale amie :
Bien monstra que ne l'haoit mie.
de Navarre.— Dame Hersant, nom injurieux don né à la louve par nos fabliaux, n'est autre que la reine Blanche.— Le chardenal : il s'agit de Romain, cardinal, légat du pape, son conseiller.— Nous n'avons pas besoin de relever les calomnies auxquelles cette chanson fait allusion : nous les avons combattues dans notre édition des Chaînons du roi de Navarre, Reims, 1851.
Par li fu finie la guerre Et conquise toute la terre : Maintes paroles en dist an, Comme d'Iseult et de Tristan (4).
(1) Chronique de saint Magloire, abbé Lebqeuf, tome II, page 142.— Ce récit est l'écho des bruits populaires. Thibault avait trahi tous les partis tour-à-tour : la reine le sauva de la colère des complices qu'il avait abandonnés.