LE DIT DU SIÈGE DE REIMS
Un po après, o sa puissance, Passa et vint le roy angles A tout grosse gent à Calés, Par Artois et par Vermandois.
Devant Reins vint seoir ou mois, L'an XLIX, de novembre.
A Saint Baale , bien m'en remembre, A quatre lieues de Reins loga Et XL jours l'assiéga.
Le prince de Galles, ses fîlz, Alors son lieu et siège pris A Villedemange , du mains Et deux lieues jusques à Rains.
Richemont et Norhantonne, Deux comtes, chascun en personne, Se logièrent à Saint Thierry; Et le duc de Lancastre aussi Près de Reins loga à Brimont.
Le mareschal et Beauchamp adonc A Bethegny prindrent leur place :
Une seule lieue d'espace Avoit jusques à Reins et non plus.
Ainsi fust le siège conclus , Qui dura par XL. jours.
Assaut n'y ot, ne fraintes tours.
Fors tant que po entrer n'issir Povoit à Reims sans mentir,
Pour les Anglois, qui chevauehoient Chascunjour, et si occupoient De près la ville et sans cesser, Qu'om n'y povoit yssir n'entrer A grant paine à piet n'a cheval.
Par assault n'ot onque Reins mal En ce temps : bien se sceut aidier, Et l'onzime jour de Janvier, Les XL jours dessus diz Du siège fais et accompliz, Desloga environ minuit Li s roy et li autres trestuit.
A Reins monstrèrent les talons , Et s'en vont par devers Chaalons, Sans assault faire, et à Poingny Passèrent Marne, et à Mer y Sayne et Aube; tirant s'en vont Par Brinon et par Rougemont (4).
(1) E. Deschamps, Miroir du mariage.— V. Siège de Reims, J. Hubert, Sedan, 1846. — C'est la sainte ampoule et le titre de roi sacré que convoitait le roi d'Angleterre. — Les Anglais n'osèrent pas donner l'assaut à la ville, tant les Rémois firent bonne contenance : ils montrèrent leur fidélité par de larges sacrifices, et leur bravoure dans plusieurs combats livrés sous les murs de la ville : aussi le dauphin leur écrivit : « Si véonsbien la bonne et grande affection que vous avez à bien garder notre bonne ville ; par quoi nous apercevons clèrement la grande loyauté de vous et très bonne et vraye amour que vous avez à mon seigneur ( le roi), et à nous et à la couronne de France, dont nous vous savons tout bon gré, et tout de cœur vous en remercions. . . . et certes en lieu et temps nous le reconnaîtrons vers vous tellement que tous les autres y venront prendre bon exemple. » — L'énergie des Rémois sauva la nationalité française en défendant la légitimité