LA CHANSON DE L'ÉPIDÉMIE
Qui veult son corps en santé maintenir Et résister à mort d'épidémie, Il doit courroux et tristesse fuir, Laissier le lieu où est la maladie Et fréquenter joïeuse compaignie, Boire bon vin, nette viande user , Porte bonne odour contre la punaisie Et ne voisthors, s'il ne fait bel et cler.
Jeun estomach ne se doit point partir.
Boire matin et mener sobre vie ; Face cler feu en sa chambre tenir ; De femme avoir ne li souviengne mie.
Bains, estuves à son povoir dénie ; Car les humeurs font mouvoir et troubler. Soit bien vestus ; ait tous dis chière lie Et ne voist hors, s'il ne fait bel et cler.
De grosses chars et de choulx s'abstenir, Et de tous fruiz se doit on en partie ; Cler vin avoir, sa poulaille rôtir, Connins, perdrix, et pour espicerie Canelle avoir, safran, gengembre et prie, Tout d'aigrevin et vergus destremper, Dormir au main. Ce régime n'oublie, Et ne voist hors, s'il ne fait bel et cler (1).
(1) Eustache Dbscuamps.— Crapelet, page 116.— Pendant le XIVe siècle, plusieurs épidémies sévirent en France, et notamment en Champagne et en Brie : celles «le 1348 et de 1373 surtout dépeaptàftnl notre province.— Voyez <i. de Machault.