‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 97 sur 129 · DU SIÈGE DE MONTEREAU-FAUT-YONNE · texte numérisé non relu

DU SIÈGE DE MONTEREAU-FAUT-YONNE

Puis les François le siège mîsdrent (1) Devant Montereau sur Yonne, Où moult vaillament combattirent, Le roy y estant en personne.

Riehemont, La Marche, Dunois (2), Gaucourt, Poton, Chailly, Giresme, Et d'autres vaillans chiefs françois Y firent diligence extresme.

Des deux cotés l'on fit bastille, Approuches, taudiz, boullevars, Pour enclore du tout la ville Et assaillir de toutes parts.

(1) Martial de Paris. Vigiles du roi Charles VU, édition Cou atelier, page 154.

(2) Arthus de Bretagne, duc de Richemond, connétable de France.— Louis de Bourbon, comte de La Marche, depuis gouverneur de Champagne et de Bric, brave général mort en 1446.— Jean, bâtard d'Orléans, comte de Dunois, le compagnon d'armes de Jeanne de Domrcmy.— Raoul VI, sire de Gaucourt, intrépide guerrier et bon Français, tué en 1461. — Jean Poton, sire de Saintrailles, l'ami de Lahire, maréchal de France, gouverneur de Château-Thierry.— Denis de Chailly, chambellan de Charles VII, un des héros du siège de Melun, vivant encore en 1455. —Le chevalier de Giresme, brave capitaine, illustré au siège de Provins.

Ceuk de dedans furent sommez De la dicte ville au roy rendre :

Mais comme mal meus et fumez, Ils n'y voulurent oncques entendre.

Si furent lors jetées bombardes, Engins volans, canons, pierriers, Qui leur faisoient belles vesardes Et abatoient tours et clochiers.

Les Anglois si fortifièrent Leurs murailles par bas et hault :

Mais enfin les François gagnèrent Et prindrent la ville d'assault.

Le roy y estoit en présence, Dont chascuns se boutoit avant, Afin de monstrer sa vaillance, Et entra des premiers dedans.

Les Anglois les Françoys getoient Du hault des murs dans les fossés; Mais les aultresy remontoient Et ung chut, troys redressés.

Si eut quelque cent Anglois lors A Tassault tués que noyés, Et autres gens pendus et mors, Qu'on trouva François régniez.

Ceulx du chastel vouldrent tenir ; Mais quant ils virent la puissance Et l'artillerie là venir, Requistrent avoir chevissance...

Si leur fut dit pour le soucy

■Qu'ils avoient fait et le tourment, Que tous se rendroient à mercy Et n'auroient autre appointement.

Adonc si firent requérir Le feu roi de miséricorde , Priant qu'il ne les fit mourir, Eulx sentant dignes de la corde.

Le roy, par pitié, s'adonna A cette requeste octroier, Et chascun là pardonna Et oultre les fit convoier.

Il ne vouloit pas de vengeance :

Ains son cœur toujours s'adonnoit D'user de pitié, de clémence, Dont à la fin bien lui prenoit (4).

(1) Ces vers, faits après la mort de Charles VII, furent -donc écrits sans espoir de récompense.

Page 1