LA CHANSON DES FRANCS TAUPINS
Un franc laupin, un si bel homme est* »ii, Borgne et boiteux pour mieux prendre viset, Et si avoit un fourreau sans espée, Mais il avoit les mules au talon, Deriron, Vignette sur vignon.
Un franc taupin un arc de fresne avoit Tant vermoulu, la corde renouet.
Sa flesche estoit de papier empennée, Ferrée au bout d'un ergot de chappon, Deriron, etc.
Un franc taupin son testament faisoit Honnestement dedans le presbytère, Et si laissa sa femme à son vicaire Et luy bailla la clef de sa maison, Deriron, etc.
Un franc taupin chez un bon homme
[estoit :
Pour son disner avoit de la morue.
Il luy a dit : — Jernigoy ! je te tue, Si tu ne fais de la soupe à l'oignon, Deriron, etc.
Un franc Taupin de Hénault revenant, Ses chausses estoient au talon deschirées,
Et si disoit qu'il venoit de l'armée ; Mais onc n'avoit donné un horion, Deriron, etc.
Un franc taupin en son hostel revint, Et il trouva là sa femme accouchée :
— Adonc, dit-il, j'ai fait la billevezée ! Depuis un an ne fus en ma maison !
Deriron, Vignette sur vignon (1).
(1) La Fleur des belles cfmnsons , 1614, p. 185. —A partir de Charles V, la France eut des armées régulières ; chaque commune dut fournir au roi un archer : ces hommes d'armes reçurent quelques privilèges et franchises, aussi les nommait-on les francs archers. — Charles VIL pour reconquérir son royaume, eut bien des sièges à faire ; en 14*8, il créa un corps régulier de mineurs ; comme ils travaillaient sous terre, on les nomma les taupins ou francs taupins . — Ces soldats, mal payés, peu disciplinés, couraient souvent les campagnes comme des vagabonds et des pillards. Cette chanson les tourne en ridicule ; celui dont elle parle parait revenir des Ardennes belges. Les guerres de la France contre les ducs de Bourgogne conduisirent souvent nos hommes d'armes aux bords de la Meuse.