‹ Romancero de Champagne (volume 3)Chapitre 19 sur 92 · LES DICTONS DE CHAMPAGNE ET DE BRIE · texte numérisé non relu

LES DICTONS DE CHAMPAGNE ET DE BRIE

Amiens (Picardie). — Dicton : la Franchise. Devise : Va de bon cœur.

Ignorez-vous notre devise?

La voilà^ c'est : Va de bon cœur.

Notre dicton, c'est : la Franchise, Et tous les deux nous font honneur.

Partout où nous mène la gloire, Gomme soldat et comme amant,

Rli, rlan, Nous volons tous à la victoire, Rlan, tan, plan.

Tambour battant (2).

(1) Le prix de l'arquebuse donué par la ville de Meaux. en 1778, aUira presque toutes les compagnies d'arquebusiers de la province et des contrées voisines. Chacune s'y rendit avec sa bannière, son emblème et ses armoiries. Chacune avait son dicton : bon ou mauvais, elle le portait bravement et le chanta de son mieux. Nous avons cru devoir réimprimer ces couplets publiés à Meaux, en 1778, derniers enfants de la vieille gaîté française, derniers cris d'une institution patriotique dont les jours étaient comptés. Dix ans plus tard, elle périssait dans le naufrage de la monarchie nationale.

(2) Amïens. — Les arquebusiers d'Amiens étaient exempts de la milice. On disait aussi : « les Mangeurs de noix d'Amiens. » par allusion au moyen employé par les Espagnols pour prendre cette ville.

AvENAY (Champagne).— Dicton : les bons Raisins.

Les bons raisins font le bon vin :

Amis, il en faut boire ; Il nous montrera le chemin

Qui conduit à la gloire.

Le dieu Mars, Bacchus et l'Amour,

Tous trois d'intelligence.

Nous promettent, dans ce beau jour,

Des prix pour récompense (1).

AviZE(Champagne). — Dicton : les Gouailleurs (2).

Pour bien railler^ il faut beau jeu; Pour bien tirer, il faut bon feu.

(1) AvE>AY.— Saiul-Evrcmond a célébré les bons raisins d'Avenay dans une lettre au comte d'Olonnc, en 1674. — Y. dans E. Descliam|)s une clianson sur les nonueltes d'Avenay.—On disait aussi : «Les Culs crottés d'Avenay. » Ou nomme ainsi un insecte couleur de boue, qui rouge les racines de la vigne. Les vignerons d'Avenay s'en plaignaient souvent; le nom leur en est resté.— (Note de M. Louis.)— Aux environs d'Avenay, on disait : « les Messieurs deMareuil-sur-Ay,— les Gens d'Ay, — les Parpaillots d'Ay. »— Il existait dans notre province 43 compagnies d'arquebusiers. Au Moyen- Age, on disait : « les Chevaliers de Champagne, —les belles Dames de Champagne,— les Pouilleux de Champagne (entre Vitry et Sézanno) ; — savoir les foires de Champagne (être savant) ;— Teste de Champagne n'est que bonne, mais ne l'ofTensc personne ;— gars normand et fille champenoise, dans la maison toujours noise ;— deux moutons et un Champenois font trois bêtes ;— 99 moutons et un Champenois font 100 bêles. » D'où vient ce célèbre dicton .' Adhue subjudicc Us est.

(2) .\vizK.— Celte confrérie d'arquebusiers remontait à 1 172.— Le vin du pays donne aux habitants un esprit railleur.—Lfcs habitants de Cramant, autre terre spiritueuse, onl \o même surnom. Dans le siècle dernier, quelqu'un ga-

Amis, tout cela n'est pas peu ; Mais le courage Est le présage De notre vœu.

Bar-sur-Aube (Champagne). — Dicton : l'Œil

toujours ouvert.

Il faut être en tout surveillant :

On n'en est que mieux dans ce monde; De tant d'aveugles il abonde, Qu'heureux est le clairvoyant.

L'œil toujours ouvert sur la gloire Que préparent Mars et l'Amour^ C'est à lui que, dans ce jour,

Nous devrons la victoire (1 ).

gea qu'il ne serait pas possible de traverser Cramant sans être gouaille. Le parieur adverse s'avisa de passer par la commune pendant la nuit ; mais il y fut pris. Un habitant, que certain besoin pressant avait fait sortir de sa maison, l'aperçut et lui cria: « Eh! mon bon M'sieu, vous avez donc peur des munches (raouchesj.— (Note de M. Locis. i — A la fête de I"â4 donnée par les arquebusiers de Cliàlons-sur- Marne, le dicton des chevaliers d'Avize fut ainsi chanté :

Les jeux, les ris et les bous mots Sont, nous dit-on, au fond des pots. De ce rendent bon témoignage Ceux qui des traits malins, que redoutent les sols, De Bacchus apprirent l'usage.

Recherches sur la compagnie ds l'arquebuse, Cbllibb, Chàlons-sur-Marne, 1857.

(1) BAn-SDR-AuBE.— Ce dicton vient peut-être de la vigilance que cette commune mit toujours à défendre son indépendance. Philippe le Long ayant été contraint de céder ses droits sur Bar-sur-Âubs, les habitants se cotisèrent pour racheter l'obligation du roi, et pour conserver à leur patrie le iiire {\e ville royale et les innnuiiilés. conséquence de ce

Beaumont-sur-Oise (Ile-de-France). — Dicion

les Chaudrùimiers .

A ce dicton de chaudronniers,

L'Amour semble sourire, El, quoiqu'avidd de lauriers,

Mars se laisse séduire ; Mais, sans poser auprès du trou,

Comme on prétend, la pièce, Il faudra bien y mettre un clou

Sans (|ue rien ne paraisse.

Beauvais (Ile-de-France). — Sans dicton (1).

Pour voir notre dicton en blanc, En avoni^-nons moins notre rang?

Amis, la valeur et l'adresse Sauront nous tirer d'embarras^ Et ce n'est que par politesse.

Si nous ne vous en parlons pas.

titre. Dcl;i ce dicton : « Je ne voudrois pas estre roy de France, si je n'estois prcyost de Bar-sur- Aube, » On citait les écrevissesde Bar sur- Aube. — La confrérie des arquebusiers de Bar-9ur-Seinc remontait au XVI' siècle.— M. A. Socard nous indique quelques dictonà des environs de celte ville ; les voici :>< .lully-lc-ChAlcl, petit clocher, grand bordel.» On dit encore : « les Glorieux de Jully ;— à Ricey le renom, à Balnot le bon (il s'af;it du vin) ; — les 0"Pnnctons de Celles (les hannetons) ; — les Hochclios de Bour^ignou ;— les GûBurs durs de Magnant ;— les Voirloups d'Avirey ;•— le» Sorciers dArelles ;— les Navarn)is de Neuville-sur-Seine. » — N'est w pas une réminiscence du temps où la Chflrapaen* donnait des rois à la Navarre ?

(1) Bfatvais.— On disait : t Beauvais, ville puante, ville sonante, ville médisante »— A la fête de 1778, les arquebusiers de Beauvais avaient pour colonel le duc de Gesvres.

îiRAiNE (Soissonnais). — Dicton : les Corbeaux {\).

Chez les Romains, si les corbeaux Etaient de sinistres oiseaux, Amis, ne pensez pas de même^ Si nous le prenons p(>ur dicton, Et nous y joindrons pour emblème :

Adresse, courage et renom.

Brie-Gomte-Robert (Brie). — Dicton : la Queue de veau (2).

Queue de renard ou queue de veau^ L'un des dictons n'est pas plus beau : Amis, que fait-il à la chose ?

11 s'agit ici de valeur.

Et tant qu'on voudra qu'on en glose, Notre queue suit toujours l'honneur.

Cambrai (Cambresis). — Dicton : les Friands (3).

Amis, nous sommes nés courageux et vail-

[lants,

(1) Bbaine.— Ce surnom vient peut-être de la grande quantité de corbeaux habitant les tours du vieux château qui domine la ville. — « A Braine eu Brainois, à Fismes en Fismois, femmes accouchent à quatre mois pour la première fois. » G'estce qu'à Braine on disait au mari qui se plaignait de voir sa femme devenir mère avant neuf mois de mariage.

(2) Brif.-Comtk-Robert.«— On disait aussi, au Moyen-Age : «La Brie est la chambrière de Champagne. — En fait de litière, les gens de la Brie doivent la mousse aux Champenois. »— Qui ne connaît les fromages de Brie.;» — Les habitants de Condé-en-Brie avaient pour dicton : « Toujours prêts à combattre. »

(3) Caubrai. — Cette compagnie avait le privilège de se faire précéder par deux pièces de canon.

Et de l'hotineur surlouirtous sommes Irès-friaiuis. Coml)aUrc pour son roi, l'Amour, cl caetera, Demandez-nous pourquoi : l'Artioùrvous le dira.

dii'Axdsfs-sut^-MARNE (Champagne).— Dîctan : les Maraudeurs (1).

De la iiatàitè Si noué fÔmes toujours jaloux,

(1) CiiAt6ïts-s«it-MARNR. — Les patriotes de Chillo'ns sur- Marne s' étaient réunis en compagnie militaire dès nos guerres du XIV« siècle. En 1431, ils se couvrirent de gloire à la bataille de la Croisette contre les Anglais : pour les récompenser, Charles VU leur accorda des lettres royales en U37. Ils devaient porter des tuniques do drap vermeiï, ornées d'un quartier. d'étoffe blanche et verte, chargée d'one Qeur-de-lis avec celte devise : « Ne m'oubliez mie. » — Ils se firent bâtir un hôtel, où se trouvait une salle de banquet ornée de tableaux. — Leur drapeau était blanc et vert et portait pour emblème la fleur-de-Irê, ei là devise octroyée par Charles VIL — En 1754, ils offrirent à leurs confrères une fêle restée célèbre. (V. les recherches de M. CF.LtrBR, Ghàlons, 1857.) — Le surnom de Maraudeurs leur vient de leur passion pour les goûters fins (merenda). Ils Facceplèreut gatment et le chantèrent encore darts ce couplet :

Les mérites des Maraudeurs Ne sont choses problématitfues :

Tant de leur foy que de leurs mœcfrs Les monuments sont authentiques.

A la fête de 1778, ils avaient pour capitaine le chevalier de Gauville. — Le goût des repas de fête était vif à Chàlons : il méritait aux paroissiens de Saint-Jean le surnom de Goulafres, à ceux de Saint-Loup, celui ^'Âvale-tout. — On disait aussi proverbialement : — n Les Liez de Chjilons-sur I^arne (les brochets); — les Routiers de Chàlons (Cette ville était la tête des routes d'Alsace et de Lorraine. Orr y faisait jadis un grand commerce par voitures, Ce surnom petit aussi remonter aux bandes qui dévastèrent la Champagne p«tt(fant les XIV» et XV siècles.— V. les ballades d'Eustache

C'est que nous mettons notre gloire A marcher, amis, avec vous, A la victoire.

Charleville (Rethélois), — Dicton : les Brûleurs de noir {i).

Brûleurs de noir A bien des façons de s'entendre,

Brûleurs de noir ; Amis, voulez-vous les savoir ?

Venez, nous allons vous apprendre Comment, en tout, doivent s'y prendre

Brûleurs de noir.

Château-Thierry (Champagne). — Dicton : Nul

ne s'y frotte! — Emblème : Une branche

de houx.

L'épine est la défense De la reine des fleurs, Et c'est là sa vengeance Contre ses ravisseurs.

Mais^ quand on la caresse^ On a rose et bouton, Et c'est là la finesse Qu'offre notre dicton (2).

'Deschamps.) ;— « lanience de Chàlons (la simplicilé. uescience) ; les Aveugles de Chàlons (les mendiants) ;— à Chàlons, les belles femmes. »

(1) Charleville. — C'est là que de toute la Champagne on allait chercher du charbon de terre,— la gaillelte des maréchaux-ferrants. — Inde nomen.

(i) Chateau-Thiebry. — La devise de cette compagnie était celi« de la commune. ~ Ses statuts ne remontaient

CoiiBEiL (Ile-de-France). — Dicton : les Pêches.

Le fruit que nous aimons le plus, Ce sont les tétons de Vénus.

, Bon Dieu ! que nos pêches sont belles ! Qu'à les voir on a du plaisir I On en sent un plus grand pour elles, Quand vient l'instant de les cueillir.

CouLOMMiERS (Bric). — Dicton : le Savourât (1).

Voulez-vous du savouret Le secret ?

L'Amour en connaît l'effet, Et Mars est dans le mystère.

A tous deux, A tous deux Cherchez à plaire.

Crécy (Brie). — Dicton : la Pampille (2).

Sur la pampille et rognure Voilà bien des ris ; Mais^ dans cette conjoncture.

qu'à 1548. Elle avait pour emblème deux branches de houx. — Son drapeau était blanc et portait d'un côté les armes de France, de l'autre celles de Château-Thierry. — Cette confrérie s'est rétablie après la Révolution •• elle existait encore il y a quelques années

,'1^ CouLOUMiBRS — On disait aussi : » les Mangeurs d'argouniaux ou de dagourmiaux, mets recherché du pays, le même que le savouret. — {Notes de MM. Bourqvelot et Leroy.)

(2) Créct. — Les pampilles paraissent être les rognures de molue ou de morue, que les habitants du cantou aimaient à manger crues. — (Notes de MM. Lbrov et Bock-

QUXLOT.

Page 1