‹ Romancero de Champagne (volume 3)Chapitre 20 sur 92 · BO · texte numérisé non relu

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l^ovii nous vengeons de l'injure , Avec des prix, , . , Avec des prix^ ,.|,

DoRMÀNS (Champagne) —"DibiBii : lès Coqs (1),

Servons Bacchus, seirvons l'Amour, Servons aussi Mars tour-à-tour,

Dans ce beau jour de fête.

Aussi vigilants que le coq, A qui bientôt la poule est hoc.

En faisant sa, En faisant sa.

En faisant sa conquête.

ErERNAY (Champagne). — Dicton : ^5 bons Enfants (2).

Est-il un dicton comme le nôtre Et qui peigne inieux notre cœur?

Nous n'en jalousons point un autre.

Et nous nous en faisons tiônneur.

A chanter, boire et rire, ,,',., Passons ensemble, amis, ce Temps. ' Ah ! qu'il est charmant de s'entendre dire : Les bons enfants !

Les bons enfants !

(i) DoBMAMs. — Ne faut-il pas des coqs pour tréveillerles dormeurs? (Note de M. Louis.)

(2) Epernat. — Les arquebusiers de cette ville doivent leur surnom aux habitudes aimables et hospitalières de leur cité. — A la fête de 1754, leur dicton était ainsi illustré :

Lethyrse de Bacchus, la bannière de Mars Dans leurs mains tour-à-tour éclate, Et, dans leurs manières, tout flatte L'esprit, le cœur et les regards.

Etampes (Ile-de-France). ,.7if^,,jÇi(;lon : 1^

Nous n'allons pas à reçulpqç Comme les écrevisses.

Vaincre et mourir pour les Bourbons, Voilà tous nos délices.

Fère-en-Tardenois. — Dicton : les Brûleurs de fer. — Devise : Nobis non ardua palma.

Nous sommes des brûleurs de fer D'un com^ajge incroyable.

Et nous irions en enfer Montrer les ^enH^ ^^ ^i^'W^ {])•

Guignes -EN -Brie. — Dicton : Guignes la Putain (2).

N'allez pas vous effaroucher.

Et gardez-vous de vous fâcher De ce dicton si malhonnête ; Mesdames, n'ayez pas horreur :

Nous lèverions la crête, S'il s'agissait de votre honneur.

(1) FÈBE-Eif-TARDBNOis. — Dans les environs, on fait beaucoup de charbon de bois ; — de plus, il y avait dans celte ville une usine où l'on forgeait des fers pour les chevaux.

(2) Guignes. — Cette commune porte aussi le nom de Guignes-Rabutin. — Une malicieuse altération de ce nom a dû engendrer son dicton. M. le docteur Micbcliu pensait qu'il venait de ce que, pendant les guerres civiles, quelques habitants, retirés dans une toMr voisine, se maintenaient à l'a))ri de tout dommage, en se déclarant toujours aiQis des partis qui se présentai ea) f^m* Mr ^finitoirfi.— {!I4. LKt^oj.)

La Ferté-Gaucher (en Brie) — Dicton : la Ville aux bêtes.

Pour être la ville aux bêtes , S'ensuit-il que nous le soyons ?

Si les lauriers ornaient nos têtes, Lequel vous plairait des dictons (1)?

La Ferté-sous-Jouarre (Brie). — Dicton :

la Poupée (2).

Honneur, honneur à toutes les poupées!

L'Amour ici Veut qu'on le fête aussi.

Pour parer aujourd'hui Le nôtre des trophées.

Tirons, tirons, amis :

Tous les jeux ont leur prix.

Honneur, honneur à toutes les poupées!

(1) LaFerxé-Gauchkr. — Son suruom vient du célèbre marché aux bestiaux qui s'y tenait.— Ce dicton a la gloire d'avoir été cité par Napoléon I", quand il arriva dans La Fertc-Gaucher pendant la campagne de 1814.— (M. Leroy.)

(2' La FERTÉ-socs-JorAURB. — En 1778, cette compagnie avait pour colonel Louis-Alexandre, duc de la Rochefoucauld, constituant, massacré le 4 Septembre HQ^i,— et pour devise : In firmitate ftdelitas. Ces mots rappelaient le nom de la commune, sa forteresse et son dévouement à la couronne de France. — On nommait poupée la figurine qui servait de but aux arquebusiers. Les chevaliers de La Fertésous-Jouarre, en grand renom en Champagne, portaient une poupée sur leur drapeau. Sa robe était d'or, ornée d'ajustements blancs.— Etait-ce le but de l'arquebuse ? Etait-ce originairement une image de Notre-'Dameî Etait-ce une allusion à la caadeur des habitants de La Ferté-sous-Jouarre ? (Notes d« MM. MicBKLiif. LcROT et GaftsT.)

La Ferté-Milon (Champagne).— Dicton :

le Pimar (1).

Notre dicton peint la finesse De toucher le but d'un coup sec.

Avec le cœur et de l'adresse, On n'éprouve jamais d'échec.

Lagny (Brie). —Dicton : Combien vaut l'orge (2) ?

Jamais, jamais, Messieurs, combien vaut Ce ton moqueur [ l'orge ?

Ne nous est pas flatteur.

A ce propos railleur, Notre honneur se rengorge, Et la Gloire et l'Amour Vous disent en ce jour : [ l'orge?

Jamais, Messieurs, jamais , combien vaut

Le Mesnil (près Châlons-sur-Marne). — Dicton : ^ les Buveurs (3).

Nous aimons les rimes en eurs ;

(1) LAFKBTK-MiLON.—Cenoin était celui qu'au Moyen- Age, dans nos campagnes, on donnait au pic vert. Cet oiseau donne des coups de bec dans les vieux arbres pour en faire sortir les insectes.

(î) Lagwt.— Pendant les guerres civiles qui se terminèrent par l'avcnement d'Henri IV, Lorge, capitaine de Lagny, Tendit sa place moyennant finance. De là le dicton. Quiconque avait le malheur de le répéter à Lagny était de suite précipité dans la fontaine du pays.

(3) Le Mksnil.— Pays de vignoble.— A la fête donnée à Chàlons, en 1754, les chevaliers du Mesnil chantèrent ainsi lear dicton :

Ce serait mal user des dons D'une région plantureuse, Si cohorte de vignerons Ne se piquait d'être buveuse .

Il ep est ^e JDJen belles.

Celles de buveurs et de vainqueurs, Ce sont là nos fidèles.

Magny (Vexin français). — Dicton : les Œufs.

Tondre des œufs est difficile ; Gagner des prix est plus facile.

Notre dicton n'est rien ici Qu'une pure plaisanterie :

Honni soit, qui voudrait aussi Nous en faire l'allégorie!

Mantes (Ile-de-France).— Dicton : les Chiens {\).

Si notre dicton est ici De la fidélité l'image. Comptez sur notre cœur aussi :

Tous les deux sont notre apanage.

Meaux (Brie). — Dicton : les Clmts.—hevise : Ludimus et non lœdimus (2).

Ne craignez pas l'égratignure :

(1) MApiTi^.r-iGe dicton est une allusion à la réponse de Henri IV au maire de Mantes, qui le haranguait.— On disait aussi : « Mantes la Jolie. >

(2) Meaux.— Cette compagnie faisait les honneurs de la fête.— Son dicton vient de ce qu'au Moyen-Age on écrivit parfois MiauUc. De là à miauler il n'y a pas loin. (Note de M. Ghésy.) —«a quand la fête de Meaux? A l' Assomption, puisque c'est la mi -Août, » — On disait aussi, au Moyen- Age : « La Crotte de Meaux, la Famine de Meaux, les Hotteurs de Meaux. «—L'emblème des arquebusiers de Meaux était un chat avec cette devise : • Ludit, non lœdit. »— VÀlmanach de Meaux de 1774 commente ainsi ce dicton (Note de M. Leroy) :

Nous sommes doux à qui nous flatte ; Mais qui ne sait nous ménager Ou qui nous pince, est en danger De recevoir un coup de patte.

Nptre devise voij.s rassure.

Nous ferons patte de velours,

Enchantés de vous satisfaire,

Et nous prouverons toujours

Qu'il n'est que chats de Meaux pour plaire.

Melun (Brie). — Dicton : les Jinguilles (1).

De notre anguille Ne faites p^s tant de mépris.

L'Amour, qui, sans tâter, pçtille, Vous dira lui-même le prix De notre aiguille.

Meulân (Ile-de-France). — Dicjon : les Hiboux.

Prudence, sagesse et réserve Sont les attributs de Minerve, Et ses oiseaux sont les hiboux, Dont on déteste le présage.

Si nous faisons quelques beaux coups.

Gardez-vous de leur faire outrage.

(1) Mbldn. — 11 est des anguilles deMeluu : il crie avant qu'on lécorche.— « Il y avoit à Melun-sur-Seine, près Paris, un jeune homme nommé L'Anguille, lequel, en une comédie qui se jouoit publiquement, représentoit le personnage de saint Barthélémy. Comme celuy qui faisoit l'exécuteur le voulut approcher, le couteau à la main, feignant de l'escorcher, il se prit à crier avant qu'on ne le touchast, ce qui donna sujet de rire à toute l'assemblée, et commencement à ce proverbe, qui depuis s'est appliqué à ceux qui craignent le mal avant qu'il arrive. » — (Fleury de Bellingen.) M. J. Cabnanobt. — J'ai entendu aussi attribuer ce dicton à la taille élaacée des jeujçies fiUeg de Melun etii leur délicatesse.

Mézières (Champagne). — Dicton : la Puœlle (1).

D'une pucelle Notre bras est le défenseur, Et dès que l'Amour nous appelle, Nous servons de même avec cœur Une pucelle.

MoNTDiDiER (Picardie). — Dicton : les Promeneurs (2).

Nous aimons à nous promener, A chanter , rire et boire ; Mais, si Mars nous fait ajourner, Nous volons à la gloire.

MoNTEREAU-FAUT- Yonne (Champagne). — Dicton : la Poste aux Anes (3).

Poste aux ânes, poste à cheval.

Cela ne fait ni bien ni mal.

Qu'importe comment on arrive

(1) MÉZIÈRES. — Celte ville doit son dicton à la belle' résistance que ses habitants, commandés par Bayard, opposèrent aux Impériaux. Les arquebusiers se vantaient de devoir leur organisation au chevalier sans peur et sans reproche. Jcimais Mézières n'a vu l'étranger entrer en vainqueur dans ses murs. Pour rappeler sa glorieuse virginité, ses arquebusiers admettaient dans leurs rangs quelques jeunes filles.

(2) MoNiDiDiBR.— Cette compagnie, fondée sous Henri III, avait pour devise : Pro rege et patria.

(3) MoMTEBEAu. — On disait : « A la poste aux ânes de Montereau, il n'y a que des estrivières de corde. » — Furetière. — (Note de M. Lerov.) — Ponl-sur-Yonne : t A Pont tous larrons; — à Pont les belles tilles. » — Auxerre : « les Buveurs. »— A Sens, « les Chanteurs.»— Dictons du Moyen- Age.

Aux champs de gloire et de l'honneur f Mais, pourvu que la valeur suive.

Le reste n'est plus qu'une erreur.

Nogent-sur-Seine (Champagne). — Dicton les bons Vivants (1).

La gaîté fut, de tous les temps.

L'apanage des bons vivants ; Mais nous nous piquons de l'ctre. L'ardeur que nous faisons paraître Est l'étendard des jeux, des ris; • Bacchus, l'Amour, pour les rendre infinis, Tour-à-tour les feront renaître.

Paris (Ile-de-France). — Dicton : les Badauds (2).

Croyez-vous que le badaudage, Dont il vous plaît nous honorer, Eloigne à jamais le courage Que nous nous piquons de montrer?

La valeur seule est notre égide ; Dès que la gloire nous attend,

Rli, rlan, Nous marchons d'un pas intrépide, Rlan, tan, plan, Tambour battant.

(1) No«BNT-8TJR- Seine. — II parait que celte commune avait été, dans des temps antérieurs, une ville de plaisirs. En 1783, la fête de l'arquebuse y eut lieu : ce fut peut-être la dernière réunion soleimelle des milices champenoises.

(S) Pabis. — Cette compagnie se vantait d'exister depuis

Pont-Sainte-Maxence (Ile-dfi-France) . — Dicton : les Soupiers (1).

La soupe nourrit le soldat.

Et donne du courage.

S'il n'en va que mieux au combat, Blâmez-vous notre usage ?

PoNTOiSE (Vexin français). — Dicton : les

Usuriers.

Nous voulons, amis, vous apprendre Le vrai sens ici d'usuriers ; Ce mot n'est point à double entente :

Il vous peint l'amour des lauriers.

Nous n'exigeons d'autre usure.

En les cueillant en ce moment,

Rli, rlan, Que celle que la gloire assure, Rlan, tan, plan.

Tambour battant.

Provins (Brie). — Dicton : les Roses (2). C'est pour vous, sexe charmant,

(1) Pont-Sainte-Maxkncb. —Philippe-Auguste, le matin de la bataille de Bouvines, prit une soupe au vin. rr C'est à Pont-Sainte-Maxence que naquit Jeanne Hachette, l'héroïne de Beauvais : un membre de sa famille, M. Hachette, était capitaine des arquebusiers de cette ville eu 1778.

(2) Provins. — L'ancien dicton était : « les Conserves. »

— On nommait ainsi une pâte faite de roses et de sucre. Les roses de Provins, célèbres par leur parfum et leur couleur, avaient été rapportées d'Orient par le comte de Champagne.

— On dirait aussi : » Pers de Provins (étoffes bleues) ; — il n'est château tel que Provins ; — les Tanneurs de Provins;

— les belles Filles de Provins ; — les Putains de Provins ; » U tout au Moyen-Age. — Aux environs de Provins, on dit : ■ Les Mutins de Mont ;— les Claques de Bray(les menteurs);

' Que lidus voyons lis^ rose éclorc, '

Qui de Votre teint se colore.

Pour lui donner plus ri'agrémenl.

En en tirant toute l'essenoe, Pour vous en faire des bonbons, Le plaisir que nous ressentons Est plus grand qu'on ne pense.

Reims (Champagne). — Dicton : les Mangeurs de pain d'épicc (1,).

Vous qui criez avec malice :

— Oh ! les mangeurs de pain d'épice.

Venez, nous vous en offrirons.

L'Amour nous défend d'ôtreèhiches, Comme la Gloire sur ces pontons Nous promet de nous faire riches.

— les Câlins des coteaux de Doniieniarie (surnom des vignerons da pays) ; les Buyons de Luicetaines ; — les BoUeleurs de Vimpelles (cette commune possède l)eaucoup de pré« : les gens qui les récoltent forment une confrérie uù l'on n'est reçu qu'après des cérémonies analogues à celles du compagncwnnge) ; — les Vignerons deGouaix. >< Nous avons fait connaître dans notr« deuxième volume la Chanson de la Vigneronne. C'esl le jour de la Saint- Vincent qu'eliese répèle.

— De jeunes garçons, habillés en vignerons, armés des outils nécessaires à leur profession, exécutent en dansant toutes les façons de la culture des vignes. Une jeune ûlle se mêle à leur danse, qui finit par un goûter. On y sert un petit baril de vin mi-parti : il contient d'un côté de la piquette pour les spectateurs, de l'autre du vieux vin pour les danseurs. A la fm, l'un d'eux, à cheval sur un gros tonneau , chante le couplet public dans notre tome II.

(1) Reius. — V. l'Histoire du paîh d'êpice de Reims, collect. des Bibliophiles de Reims. —Là confl-crie des arbalétriers de Reims datait de ià47 • elle se signala lors du siège soutenu par cette ville, en 1348, contre les Anglais. Elle portait aussi le surnom de Compagnie de la Mkjennesse.

Rethel (Champagne).— Dicton : les Volontaires. Devise : Vincere et mon (1).

En vous traçant ici la bonne volonté.

Nous y joignons le cœur et la fidélité. Nous ajoutons encor l'amour pour notre roi. Notre dicton, amis, est-il de bon aloi ?

Rosoy-en-Brie. — Dicton : les Roses (2). Les roses naissent pour l'amour,

— A la fête de l'arquebuse donnée à Chàlons, en 'i7S4, le» chevaliers de Reims chantèrent ainsi leur dicton :

Autant les graves Rémois Sont mangeurs de pain d'épice.

Autant ont-ils tout à la fois Et faim et soif de justice ■

On disait aussi, au Moyen-Age : « Tapis de Reims ; — dez de Reims ; ~ les personnes de Reims (les chanoines) ; — les beaux hommes de Reims, »— On attribue aux beaux esprits de Chàlons- sur-Marne cette épigramme : Bemus si fueris, cancer et anser eris. — Aux environs de Reims, on disait : « Villers-Allerand, grande église, petites gens -, — Yillers- Allerand, grandes filles à marier, rien à leur donner ; — à Taissy, le jour de la fête, le clichet en dedans (pour ne pas ouvrir à ses amis par économie) ; — le partage de Cormicy (partage inégal);— les Sorciers de Cernay : gardez-vous des Gernigots (serre-nigauds)! »

(i) Rethel. — Les habitants de cette commune passaient pour être plus propres à la guerre qu'au travail (Baugieii, t. II, p. 302). — Maintes fois assiégée par l'étranger, la ville de Rethel avait l'habitude de voir le péril en face. — En 1576. l'ancienne compagnie des arbalétriers de Rethel avait fait place à celle des arquebusiers.

(i) RosoT. — Les habitants de cette ville avaient aussi reçu le surnom de : « Mangeurs de soupe chaude.» (Noies de MM. Michelin, Leroy et Bocrquelot.) — Cette compagnie avait pour colonel, en 1778, le ducdeCrillon.— Elle portait sur sa bannière les armes de la ville, c'est-à-dire trois roses : de là soa dicton.

Les lauriers pour la gloire ; Pour les mériter tour-à-tour, Volons à la victoire.

Saint-Denis-en-Frànce. — Dicton : le Cri de France (Monljoie-Saint-Denis).

Jadis Montjoie-Saint-Denis

Etait une sentence.

Mais^ aujourd'hui : Vive Louis !

Est le cri de la France.

Si l'amour nous prescrit la loi

D'en conserver l'usage, C'est pour prouver à notre roi

Nos vœux et notre hommage.

Saint-Dizier (Champagne). — Dicton : les Bragards ou les braves Ge7is{\).

Les bragars ou braves gens, Ce n'est que la même chose.

(i) SaiîH'-Dizikr. — Les Bragards ou les Braguardt. — L'origine de ce dicton est incertaine Suivant les habitants du pays, il serait l'abrégé de braves gart ou de braves gardes. Ils auraient mérité ce surnom flatteur par la bravoure qu'ils déployèrent maintes fois en résistant aux ennemis de la France, et notamment aux armées de Charles Quint, en 1544. — Bragard est aussi l'équivalent de coquet, gaillard, vaniteux. Braguard peut venir de braguette et signifler vert galant. A l'appui de celte interprétation, nous invoquons cet autre dicton: « Les braguards de Saint-Dizier font jouer le» flûteux de Vassy et danser les cœurs de Joinville. • — Nous voyons là deux surnoms qui n'ont pas besoin de commentaires. Quoi qu'il en soit, à la fête donnée en 1754. à Chàlons-sur- Marne, les arquebusiers de Saint-Dizier chantèrent ainsi leur dicton :

Soit chez Baechus, soit dans les champs de Mars. Partout enfin où l'on nous vil paraître,

Notre valeur, en toutterfips, N'a jamais voulu qu'on en glose .

L'habillement ne fait rien A quiconque sert toujours bien.

Sainte-Menehould (Champagne). — Dicton : les Chasseurs.

De Diane accueillis, de Mars et de l'Amour,

Nous nous fîmes toujours connaître Pour de braves gens ou bragards .

Dans les contrées voisines de Saint-Dizier, il était d'autreg communes que la malignité champenoise n'avait pas ménagées. Voici quelques-uijs de leurs dictons :— « Les Limaces de Semill y; -- les Sorciers de Thivet, de Chalendray, d'Orquevaux ; — on trouve à Orquevaux plus de sorciers que de chevaux ; — les Ambassadeurs de Bierne, trois cents chevaux et une mule, c'est-à-dire trois horiimes à pied (sans chevaux) et une femme;— à Domremy la Pucelle (on sait pourquoi); à Varennes, les confrères de saint Gengoul (maris trompés). » Saint Gengoul avait été martyrisé à Yarennes le M Mai 860, par les ordres de son épouse infidèle. On disait de même ailleurs, en Champagne, « les Confrères de saint Arnould . » On nommait le hanneton» arnould. » Ce coléoptère porte des antennes ayant forme de cornes; de là le dicton. — « Les Fouriens de Neuilly-l'Evesque (le patron de l'église était saint Symphorien) ; — Bassigny à la rescousse (cri de guerre de MM. de Choiseuil) ; — le gros Chien de Choiseuil, le petit Chien de Mercy (cloches de ces deux communes) ;— à Chassigny, cinq clochers, quatre cents cloches (quatre sans cloches) ; — les Embeudés de Saint -Blin (gens à la grosse bedaine); — Langres la Pucelle (elle perdit ce nom en 1814);— Langres estune Narbonne en Champagne ;-r Jes Chanoines de Langres font bien ; — les Fous de Langres;

— le Langrois dessus son rocher, moitié fou, moitié enragé;

— à Chaumont, dragée d'amydon ; — Chaumont-en-Bassigny, capitale des beaux esprits ; — les Gens polis de Chaumont. » — iVous devons à M. .1, Cabnandet presque tous les éléments de cette note. — Dans les environs , on disait encore ; < Léé jolies Filles de Colôïhbey , — les Voleurs de Martigny. »

Nous faisons à tous trois constamment notre

[cour.

La déesse et ces dieux, témoins de nos exploits^ Savent bien ce que vaut le cœur d'un Chara-

[penois (1).

Cl) Sainte-Mkneuould. — Cette ville, en tout temps frontière de France, assiégée sept fois de 1048 à 1653, avait des habitudes, belliqueuses que la chasse entretenait. Lors de la fêle de 1778, les chevaliers de l'arquebuse de cette ville parurent à Meaux au nombre de 100. Leur compagnie était la plus nombreuse. — A la réunion de 1754, tenue à Châlous-sur-Marne, elle avait ainsi chanté son dicton :

Moins à Diane qu'à l'Amour Croyez ces chasseurs redevables De ce qui les rend tour-à-tour Galants, adroits et redoutables.

Cette compagnie parait avoir été fondée dès le XIP siècle parties confrères de Saint-Hubert. Ses statuts réguliers ne dataient que du 3 Juillet 1612. Ils avaient pour cri de guerre la devise de la ville : « Nul ne s'y frotte. » Leur drapeau portait d'abord unearbalète et des flèches, plus tard une croix d'azur et les armes de France.— On disait aussi : « Les Maraudeurs de Saiute-Menehould, » c'est-à-dire les faiseurs de goûters. On raconte que, pour cacher à leurs femmes les dépenses et les excès de ces repas de luxe, ils se cachaient, pour s'y livrer, dans les grandes cuves des pressoirs. — De celte passion pour les goûters restait encore, dans ma jeunesse, l'habitude de faire des parties dans les bois. De c<'s repas sur l'herbe, de ces danses sous la feuillée, nous avons gardé bon et joyeux souvenir. — On disait encore : « Les Foireux de Sainle-Menehould, » c'est-à-dire les coureurs de foires : qu'on ne s'y trompe pas ! Les communes des environs de Sainte-Menehould ont aussi leurs dictons. En voici quelques-uns : — o Vandy ladolet(la plaiguarde) ; — Les Sots de Passavant; — à la Grange-au-Bois, gens sans foy ; — à Florent, grand pot au feu et rien dedans ; » ou bien : « Filles belles dehors et laides dedans;— les Tripiers d'Evres; — les Gracieux de Triaucourt. » On appelait aussi les habillants de cette commune « les Lichelemire (parce qu'ils avaient de grands égards pour les médecins) ;— les Glorieux

Saint-Quentin (Vermandois). — Dicton : les Canonniers.

Des canonniers Nous sommes la parfaite image,

Des canonniers!

Avides, comme eux, de lauriers, La valeur est noire apanage ; Nous joignons l'adresse au courage

Des canonniers (1).

Senlis (Ile-de-France). — Dicton : les Besaciers.

Des besaciers Voulez-vous savoir l'origine.

de Verrières; — les Embourbés de Gizaucourt (ils habitent le fond d'une vallée) ; — les Fendants de Valmy (on dit aussi : les Bourgeois, les Gascons de Valmy) ; — les bons Enfants de Courtémont ; — les Gens polis de Moiremont; — les Gourmands de Chaudefontaine; — les Hotteux de Pont (les habitants de cette commune ne font pas un pas sans avoir une hotte sur le dos) ; — les Houzetiers de Sommepy (housettes, guêtres}. »

(1) Saint-Quentiiv. — Les habitants de Saint-Quentin étaient habitués au bruit du canon. Cette ville fut assiégée cinq fois. Son dicton venait de ce que ses membres conduits, sous Louis XIU, au siège de La Rochelle, avaient reçu deux canons pour prix de leur bravoure. ^Voici comment, en 1754, ils chantèrent leur dicton à la réunion deChâlonssur-Marne :

Citoyens de cette ville frontière, Nous sentons la poudre à canon :

Notre allure est galante et fière, Militaire est notre dicton ; Et, dans une marche guerrière, Jamais nous n'aurons le renom D'avoir fait des pas en arrière.

Au Moyen-Age, on disait : « Les Larrons de Vermand ; — • ies Pois de Vermandois ; — les Seigneurs de Laon. »

Des besaciers ?

C'est qu'aimant beaucoup les lauriers, Il leur faut jusqu'à la racine, Quand la victoire les destine

Aux besaciers.

Sézanne (Brie). — Pas de dicton (1).

La gloire n'est pas moins promise A qui vient ici sans devise.

Notre adresse sur le ponton En sera le plus sur présage^ Et ce n'est pas sur un dicton Que l'on doit juger du courage.

SoissoNS. — Dicton : les Bayeurs (2).

Quoiqu'on nous dise sur nos traces ; — Oh ! les grands bayeurs que voilà, Bayons le noir, bayons les grâces.

(1) SézANNK. — On disait cependant : « Sézanne, petite ville, naais grand renom. > (Note de M. LEnoT.)

(2) SoissoNS. — Les 6aj/eMr5 sont des gens qui bayent aux corneilles. — On disait dans le même sens : « Les Bourgeois de Soissons. » — Au Moyen-Age vivait ce dicton : « Il n'est ribaudes que de Soissons. — De nos jours, on cite les haricots de Soissons. — La compagnie des arb-ilétricrs de celle ville remonte au moins au XIV» siècle. Le célèbre Enguerrand de Coucy. le vaincu deNicopolis, l'avait gratifiée d'une couronne d'argent, qu'on mettait sur la tète du vainqueur, salué du titre de roi.— En 1452, la ville de Soissons organisa régulièrement dans ses murs une compagnie d'archers. — Sous la Ligue seulement, la confrérie des arquebusiers fut fondée. Des lettres royales, datées de 1606, lui donnèrent des statuts. Son hôtel était renommé pour la beauté de ses vitraux, exécutés par un artiste de Soissons nommé Pierre Jacheron. La compagnie des arquebusiers se reconstitua eo 1883.

Bayons par-ci, bayons par-là.

Cessez^ Mesdames, ce reproche :

Le plaisir est de vous bayer.

En bayant bien, un chevalier Est sûr de plus d'un coup de broche.

Et ces coups-là sont aux bayeurs Ce qu'un bon vin est aux buveurs.

Troyes (Champagne). Dicton : les bons Camarades (4).

En guerre, on est bon camarade; En paix, on se traite d'ami.

Aller en foule à l'escalade N'est pas un plaisir à demi.

Notre dicton est plein de charmes ; Nous n'en avons pas de plus grand,

Rli, rlan, *

Que de prendre ensemble les armes, Rlan, tan, plan.

Tambour battant.

'Vertus (Champagne). Dicton : le bon Vin (2).

Nous sommes les gens de Vertus, Toujours disposés à bien faire.

Servir Mars, l'Amour et Bacchus,

(1) Troyes, — La compagnie de l'arquebuse avait un hôtel orné de curieuses verrières peintes et représentant la vie d'Henri IV.— On citait aussi : « Les Ribauds de Troyes,— les Cointerels de Troyes (les élégants) ;— Femme de Troyes, femme de proye (économe, intéressée).»— Maintenant on dit : « Hures de Troyes. »

(2) Vbrtus. — Ce dicton était récent. — On avait d'abord dit : « Les Gens de Vertus. » Les arquebusiers, après avoir accepté ce surnom dans diverses fêtes, le refusèrent à celle de 1754.

N'est-ce pas assez pour plaire?

ViLLENÀUXE (Champagne). — Dicton : les Jeanfesses.

Nous nous moquons d'un sobriquet Qu'on nous a donné sans sujet.

Si l'Amour s'avisait d'en rire, Mars, qui connaît notre valeur.

Ne manquerait pas de lui dire :

— Au diable du dicton l'auteur !

Vitrt-le-Brulé (Champagne). — Dicton : les Buveurs (1).

Nous sommes amis de Bacchus, D'accord avec Mars et Vénus.

Le secret de leur plaire,

Eh bien !

Mène en tout à mieux faire :

Vous m'entendez bien.

Vitry-le-François (Champagne). — Dicton : les Gascons (2).

Nous ne sommes pas si Gascons Qu'il vous plaît de le croire.

(1) Vithy-le-Brulk. — La corporation des arquebusiers de cette commune succédait, comme partout, à celle des arbalétriers; mais ceux-ci, à Vitry-le-Brùlé, dataient de 1148.

(2) Vitry-lk-François. — « On peut dire sans exagération que la plus grande partie des personnes de Vitry ont beaucoup d'esprit. > Mémoires de Champagne, Bbacgier. t. I, p. 332. — Ils ont conservé, de nos jours, cette réputation : on les tient pour fort hîrt)iles à se tirer d'affaire. VoicK un sixain fait sur leur dicton à la fête de 1754 :

Cent fois une ardeur signalée

Mettez pour dernier des dictons Les amis de la gloire.

Nous porta jusqu'au firmament ; Quel que soit un événement, Notre âme n'en est pas troublée.

Pour la vigne tant seulement Nous craignons un p«u la gelée.

Plaçons ici pour mémoire les dictons de quelques pays limitrophes de la Champagne : nous les devons à M. Yver- NEADX (deNeufchàteau).— « Les Menteurs de Bar-le-Duc. » — Dans une querelle entre les gens de cette ville et ceux de Ligny. les premiers provoquaient les seconds en criant : « Nous ne vous craignons pas, cocus de Ligny ! nous sommes quatre contre un , » De là un double dicton,— « Les Musards de Verdun; — les Espions de Saint-Mihiel (c'est-à-dire les imbécilles). » Sous Louis XIIL Saint-Mihiel fut assiégé. Un habitant de la ville fut détaché pour aller examiner la position de l'ennemi. Pris et interrogé, il répondit: « Je suis l'espion de Saint Mihiel. Ne dites rien et laissez-moi faire. » On le pendit, — « Les Prophètes de Commercy. » Citons les madelaines de Commercy, pâtisseries à la couleur d'or, au goût délicat. — « Les Jaquets ou Jaquerels de Neufchâteau.» C'est, dans le pays, le nom populaire des geais : on le donne aux habitants, soit parce qu'ils élèvent des geais, soit parce qu'ils aiment le fromage au geai ou à la pie. — « Les Mequets de Rousseux, » c'est-à-dire les tètes de moutons. Ces deux dictons amenèrent souvent des rixes sanglantes entre les habitants de Rousseux et ceux de Neufchâteau. — ■ Les Loups de Lépange. » Quelques habitants du pays, pour commettre des vols impunément, s'étaient déguisés en loupsgarous : ils furent pendus.—» Les Usuriers de Metz (c'est-àdire les juifs) ; — les Hocheculs de Mirecourt. » — Les bergeronnettes abondent dans ce pays. — « Les Culs-chaudés de Plombières, » allusion aux eaux chaudes de ce pays. — « Les Gourmands de Raon-l'Etape ; — les Tètes de veaux de Rambervillers ; — les Foireux de Remiremont (c'est-à-dire les marchands forains) ; — les Fous de Ruaux ; — les Renfrognés de Toul. »

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