A REIMS
(U Juillet 1790.)
Çà^ v'ià qu'est donc terminé Pour le bonheur de la France !
Son peuple étoit destiné
A jouer un rôle d'importance; Il ne s'en trouv'ra jamais
Pour damer le pion aux François.
Une constitution Manquoit à ce vaste empire.
J'avions un ben grand renom,
Mais dor'navant ce s'ra ben pire; Aucun peuple désormais
Ne dam'ra le pion aux François.
Longtemps tout s'administra Par compère, par commère; Tout alloit cahin caha,
Ou trop d' richesse, ou trop d' misère. Avec plus d'égalité,
On verra plus d' fraternité.
On parloit ben d' liberté.
Mais on n'en connoissoit guère ; Faux honneur, frivolité, C'étoit là tout not' caractère :
Grâce à nos représentans,
J'allons d' venir de braves gens.
J' s'rons libres comme el poisson, J' nagerons en belle eau claire ; Chacun portera son nom,
Disons mieux, 1' nom d' Monsieu son Plus d' noble, ni d' roturier; [ père.
Le dernier s'ra comme le premier.
Plus de craintes, de soucis ;
Plus de cachot, plus d' bastille.
Vivent les Francs et Louis!
Ce s'ra 1' père avec sa famille.
On n'entendra plus de cris Que : Vivent les François et Louis !
Plus d' supérieurs que la loi, Plus d' conquêtes, plus de guerres ; Plus d' seigneurs que not' bon roi,
Sa femme, son fils et ses frères :
Au lieu d' ces sujets rampans,
Il n'aura plus que d' bons enfans.
Louis jura dans nos murs
D'être à jamais not' bon père;
Il le s'ra, j'en sommes sûrs, Dor'navant d' la bonne manière.
Plus d' courtisans, plus d' flatteurs.
Adieu nos larmes, nos malheurs !
D' respect, d' soumission, d'amour J'aurons toujours bonne dose, Et j' s'rons bien r'çus à la cour,
Quand j'irons y demander queut' chose ; Les ministres, leurs laquais
Ne front plus la figue aux François.
Quand Messieux d' Reims paroîtronl, El maître ed cérémonie Dira : — Ma foi ! qu'ils entrent:
J'aimons la bonne compagnie.
Les Rémois sont d' bons humains :
Vivent leux rousselets et leux vins I
Souv'nons-nous qu'en vrais chrétiens, J'ons prêté 1' serment civique De vivre en bons citoyens,
Et de ne rien faire d'inique, D'être soumis à la loi,
A la nation, à son bon roi.
Allons, gai^ chers compagnons, Nous v'ià tout couverts de gloire.
Buvons, chantons et dansons ;
A tous venans crions victoire :
Point d' fédération, ma foi !
Plus franche que cel' du Rémois (i).
(1) Bibliothèque de la ville de Reims.