LA CRESPINETTE DE PROVINS
(2 Novembre 1790.)
Morbleu ! sans saint Crépin, Mon cousin ( Honni soit qui mal y pense 1), Notre juge de paix, Seul aux plaids, Eût tenu la balance.
Mon cousin.
Vive la savaterie !
Mon cousin.
Vive la savaterie!
Mais tout ira très-bien,
Mon cousin.
Si bout d'oreille passe (4), Zeste, un coup de tranchet
Est tout prêt Pour y faire main-basse,
Mon cousin. —Vive, etc.
Or, silence, plaideurs,
Chicaneurs !
Vos magistrats en forme, Et tenant leurs mortiers.
Tire-pieds, Sont en grand uniforme,
Mon cousin. — Vive, etc.
(1) Le jugc-dc-paix avait les oreilles très-longues.
Juge et conseillers lais (1)
Vont sans frais Eclaircir le grimoire, Et plongei' aux baquets (2)
Maints procès Par interlocutoire,
Mon cousin. — Vive, etc.
Oubliez-vous un point?
Au besoin, Ils l'ajustent sans peine ; Et le fil du procès.
En arrêt.
Leur fait reprendre alône (3),
Mon cousin. — Vive, etc.
Nos juges désormais.
Au palais, Vont piquer l'escabelle, Et pourront, s'il fait froid.
Je le crois.
Battre entre eux la semelle, Mon cousin. — Vive, etc.
Ils vous auront pour sceau
Un marteau.
Et pour leur chauffe-cire.
Six maîtres chauffe-poix,
A leur choix.
C'est bien le cas de dire,
Mon cousin. — Vive, etc.
(1) Lais, laïcs.
(4) Vases d'eau destinés à préparer le cuir.
(3) IlalctQc.
Tes oracles, Thémis,
Sont soumis A des formes brillantes.
Chausse (1) des justiciers,
Savetiers, Sont des armes parlantes,
Mon cousin. — Vive, etc.
Du grand juge Naret
Il fallait Former la compagnie.
En le faisant exprès,
Non... jamais.
On l'eût si bien choisie,
Mon cousin.— Vive, etc (2).
Cl) La chausse, insigne des gens de justice.
(2) Provins.—Collections de MM. Boubquelot et Pasques . —Le 2 Novembre 1790, la ville de Provins nomma pour son juge-de-paix un procureur, et pour ses six assesseurs MM. Berthelin, Daniau, Moreau, Lambert, Beaujeu et Lasserteur, tous cordonniers.— De là cette chanson.