LE SOUPER MANQUÉ
(Reims, 1790.)
Tous citoyens bons amis,
D'un cœur véritable, Je désire voir admis,
Ce soir, à ma table.
Va-t-en voir s'ils viennent, Jean,
Va-t-en voir s'ils viennent.
De son roy tout bon Français,
Prenant la défense.
Le vengeant de ces excès Qui lui font offense. — Va-t-en, etc.
Et ces ministres toujours
Qui brûlent d'envie De luy conserver leurs jours, Leurs biens et leur vie. — Va, etc.
Tous courtisans dignement
Qui, sans flatterie, Luy parleront franchement Et sans fourberie. — Va, etc.
Tous magnanimes guerriers,
Qui, pour récompense.
Ne veulent que les lauriers Que l'honneur dispense. — Va, etc.
Tous nobles faisant serment D'être démocrates.
Détestant sincèrement
Les aristocrates. — Va, etc.
Tous abbés qui volontiers
Font le sacrifice Des émoluments entiers De leur bénéfice. — Va, etc.
Tous plébéiens généreux^
D*un gré volontaire, Aux patriciens malheureux Qui vendront leur terre. — Va, etc.
Tous procureurs et sergents, D'honneur vrays modèles, Tenant la bourse des gens, Qui seront fidèles. — Va etc.
Mais j'entends l'heure frapper ;
C'est minuit qui sonne !
Eh ! quoy donc, à mon souper
Il ne vient personne !
Soupons donc ensemble^ Jean,
Soupons donc ensemble (1).
(1) BoMFACK, professeur au collège de Reims. — Note de l'auteur : « J'ay fait cecy, lorsque je voiais notre infortuné roy abandonné de presque de tous ses indignes sujets et livrez à fa mercy des perfides qui l'environnaient. ■— Bibl. de la ville de Reims-