MANIFESTE DES ÉMIGRÉS
AU MOMENT d'ENTRER EN CHAMPAGNE.
(Septembre 1792.)
Tout bon Français aux champs de la vic-
[toire Sera bientôt guidé par des Bourbons ; Pour aplanir le chemin de la gloire^ Ils donneront exemples et leçons.
Et les vilains qui gouvernent la France, Verront enfin les chevaliers français, Se rappelant leur antique vaillance, De leurs ayeux rajeunir les hauts faits.
Braves Français^ sur les bords de la Seine Languit, captif, votre roi malheureux :
Pour son bonheur, pour votre auguste reine, Vous ne formiez que d'inutiles vœux.
Voici l'instant; le jour de la vengeance Vient luire enfin à mon œil enchanté.
Nous offrirons, en délivrant la France, Un grand exemple à la postérité.
Des scélérats ont dans notre patrie Porté le feu, le fer et le poison, Autorisé le meurtre et l'incendie, Légitimé le vol, la trahison.
Marchons, amis ! il faut punir les crimes; On a compté sur un plus long sommeil ; Et, puisqu'il faut immoler des victimes.
Frappons : la mort doit suivre un tel réveil.
Peuple français, la trompette guerrière Ne vous doit pas inspirer de terreur, Car, cette fois, le signal de la guerre Sera pour vous le signal du bonheur.
Nous vous rendrons pour monarque un bon
[ pore, Vos magistrats, vos prêtres et vos lois. Votre gaîté, votre ancien caractère Et votre amour, si vanté, pour vos rois.
Aux temps heureux de la chevalerie, Nos anciens preux servaient avec ardeur Leur Dieu, leur roi, leur dame, leur patrie : Mêmes motifs pressent notre valeur.
Sexe charmant, secondez la vaillance :
Nous vous devrons l'aurore d'un beau jour. Et , si de vous on requiert espérance , Promettez tout; ne tenez qu'au retour (i).
(1) Petit Beettcil de chansons aristocrates, par le plut aristocrate de tous les chevaliers français. — Bibl. Nationale. -- Le texte est accompagné do notes énergiques et de violentes personnalités. Les gens désignés par le premier couplet sous le nom de vilains sont les gentilshommes qui ont suivi la bannière de la Révolution .