LES MOISSONNEURS DE LA. BRIE
Le front couronné de sueurs (1 ), Armés du fer qui tranche et scie, Le long des chemins de la Brie Voici venir les moissonneurs !
Après tant de mois d'espérance, Ils vont cueillir en un seul jour Le fruit du pénible labour Et le prix tardif des semences.
Devant ces rudes travailleurs Courbés dans la plaine jaunie, Chacun se découvre et s'écrie :
Salut ! salut aux moissonneurs, Qui vont aux sillons de la Brie, Armés du fer qui tranche et seie, Le front couronné de sueurs!
Quand le? cloches di;i matin Sonnent Içur joyeux refrain, Par le^ champis de Sa^nt-Germain Nous nous mettons en chemin, Au son des cloches du matin.
(1) Ce chant est tiré de la Bibliothèque des soeiétét chorales ; il est destiné à cire récité en chœur. Los paroles et la musique sont do M. Laurent du Hillê.
Nous venons de tous les hameaux, Féricy, Luzancy, Torcy ; Nous quittons tous nos hameaux, De Coulommiers jusqu'à Meaux.
Nous accourons tous, en chantant, De Saacy, de Quincy, de Choisy ; Nous accourons tous, en chantant.
De Nesles , de Mormant.
Par bandes nous venons aussi
De Thorigny, de Lagny, de Mysy ;
Par bandes nous venons aussi
De Chelles, deMessy.
Nous venons de tous les hameaux, De Féricy, de Torcy ; Nous venons de tous les hameaux, De Provins jusqu'à Meaux, D'Héricy, de Crécy, de Lagny.
Ah ! nous voici!
Allons ! par quelque chanson Egayons la moisson.
Allons ! par quelque chanson Il faut égayer la moisson !
Evoquons dans notre histoire Ces jours de gloire et de malheurs.
Oui, rappelons ces jours de gloire Où nous versions du sang^ et non des pleurs.
Glorieux souvenirs d'une chère patrie, Vous vibrez, vous vibrez dans nos cœurs. Au nom sacré de Montereau (1),
(i) Chacun sait la glorieuse part prise par les gardes nationaux de Champagne à la défense du pays, en 1814. La bataille de Montereau fut des plus sanglantes ; elle fut la dernière de cette guerre fatale.
Et quidquid peccant reges, plectuntur Achivi.
Dans nos champs envahis, moissonneurs de la
[Brie, L'impie étranger n'a trouvé qu'un tombeau. Le fer qui naguère Fécondait la terre Soudain se transforme aux mains du laboureur. Les socs et les faulx sont levés pour la guerre. De chaque sillon surgit un moissonneur.
A toi, France chérie, A toi les moissonneurs de la Brie I A toi leurs labeurs.
Leur sang et leurs sueurs !
Voilà, voilà les moissonneurs î