CHALONS-SUR-MARNE
Je veux des princes alliés Vous raconter l'histoire, Par un même serment liés De partager leur gloire.
De Bonaparte,
Héros si vanté, Ils voulaient se défaire :
Et chacun disait
Que cela n'était Pas chose aisée à faire.
Bientôt on vit de tous côtés Les alliés en France, Et les Français si redoutés Se trouvent sans défense :
Leur grand général,
Comme un animal, S'était laissé surprendre.
Et dans ses états
Il n'entendait pas Qu'on parlât de se rendre.
Cependant sur Paris marchaient De nombreuses armées,
Fl toutes ces troupes étaient D'un grand zèle animées.
Mais Napoléon
D'un ton fanfaron Dit : — Que l'ennemi vienne !
Te m'en vais le voir
EUe recevoir Dans les champs de Brienne.
11 s'avance donc fièrement En ordre de bataille, Puis se retire honteusement, N'ayant riçn fait qui vaille.
Chacun se disait :
— Pourtant il avait Promis monts et merveilles.
Et malgré cela,
11 est vrai qu'il a Reçu sur les oreilles.
Les alliés dedans Paris Entrèrent sans obstacle, El les Parisiens surpris Crièrent au miracle,
Disant : — Non , jamais
Le peuple français N'eut pareille visite!
Mais il nous faudrait,
Pwr être à souhait, Qu'un Bourbon vînt ensuite.
On vit le grand Napoléon, Dans cette circonstance, Commencer à baisser le ton Et perdre contenance.
Tous ses maréchaux
Et ses généraux Lui disent : — Ma foi ! sire,
Il faut prudemment
Et très-promptement Laisser là votre empire.
— Quittons donc, dit-il, puisqu'il faut Mais je demande en grâce Qu'au moins à mon petit marmot On assure ma place.
— Non pas, lui dit-on ;
Il vient un Bourbon Pour gouverner la France ;
Mais, en attendant,
On fera l'enfant Duc de Parme et Plaisance.
— La chose^ leur dit l'empereur.
N'est point du tout plaisante.
S'il faut que mon fils du vainqueur Reçoive sa patente.
Moi, j'ai de l'argent
Pour vivre amplement Loin de ce domicile ;
Je vais déloger
Et faire enrager Les habitants d'une île.
Voulant, en généreux vainqueur, Traiter avec la France, Alexandre eut, par une erreur.
Au sénat confiance.
Il imaginait
Que ce corps était De la France l'oracle;
Mais de vils flatteurs.
Avides d'iiunneurs, C'était le réceptacle.
Le sénat fit donc une loi, Chef-d'œuvre d'impudence ; Il partageait avec le roi Tout le pouvoir en France,
Se perpétuait
Et se prodiguait Les honneurs, les richesses; ■ Tandis qu'en effet
Il ne méritait Que du pied dans les fesses.
Tandis que tout l'empire était En embarras étrange, Louis vers Paris s'avançait , Accompagné d'un ange.
On vit des Bourbons
Tous les rejetons Se rencontrer en France»
On les bénissait
Et l'on en rendait Grâce à la Providence.
Pour ce bon roi tant désiré A l'envie on s'empresse.
Jamais Paris n'avait montré Plus sincère allégresse.
On reconnaissait
Que Louis était Digne fils d'Henri quatre,
Et chacun disait :
—Pour lui, s'il fallait.
Nous irions tous nous battre.
Arrive, à son tour, le sénal^ Qui, présentant sa carte, Dit : — Sire, pour régir l'état, Voilà votre pancarte.
— ^Voyons, dit le roi.
Ma foi ! votre loi Ne paraît pas fort sage^
Et votre papier
Peut bien to,ut entiei- Servir à d'autre usage.
Je reprends sans tant de façon, Dit Louis, ma couronne, Et pour cette opération N'ai besoin de personne...
De par mon seul nom,
Sans distinction Je pardonne aux perfides,
A tous les voleurs,
Aux spoliateurs Et même aux régicides.
Louis, par de plus grands bienfaits Signalant sa puissance.
Unit par une bonne paix L'Europe avec la France.
Chacun admirait
Combien il avait De vertus en partage :
^— Non, se disait-on,
Le roi Salomon Ne fut jamais plus sage(i).
[ï) Dkvigk dkSailly, chef de divÙMOii a lu préfecture deîa Manie.
LES RUSSES EN GAUNISON A UEIMS.
Vous, dont la voix est noble et tendre, Gais chansonniers, auteurs charmants, Souffrez qu'un soldat d'Alexandre A vos accords joigne ses chants.
Il craint que quelque discordance Ne vous choque dans ses couplets ; Mais^ s'il n'a pas l'accent de France, Il a du moins le cceur français.
Animés du désir de plaire, On vous a vus de nos pays Rapporter la walse légère Que Ton aime encore à Paris.
Si vous avez pris notre danse, Nous vous devons d'autres succès.
Puisque nous avons, dans la France, Appris à nous battre en Français.
L'affreux tyran qui, dans sa rage, Couvrit l'Europe de tombeaux.
Fut-il digne de notre hommage Et de commander des héros ?
Il fut cruel et peu sincère ; Sa bouche ne souiit jamais ;
Nulle beauté ne lui fut chère :
On voit qu'il n'était pas Français.
Ce bon Henri, que l'on révère, Fut vaillant^ joyeux et courtois ; Il fêta la simple bergère, Il fêta la fille des rois, n fut modeste dans sa gloire, Se fit l'ami de ses sujets; Il sut aimer, chanter et boire :
On voit bien qu'il était Français.
Sur les bords fleuris de la Seine, Lieux charmants, chéris des amours ; Vous le voyez, on prend sans peine La gaîlé de vos troubadours.
En tout climat, auprès des belles Nous réussirons désormais^ Et^ pour fléchir les plus cruelles, Nous dirons : — Nous sommes Français.
Je craignais qu'on ne pût m'entendre , Mais, pour célébrer tes exploits, 0 mon héros, mon Alexandre, N'a-t-on pas toujours de la voix ?
En vain une gloire nouvelle Vient t'enivrer de ses attraits :
De les conquêtes la plus belle, C'est eiicorle cœur des Français.
Vous qui savez plaire et combattre , Vaillants et généreux Français, Chantons les enfants d'Henri quatre , Chantons Louis^ chantons la paix.
Si le tyran tombe sans gloire,
C'est qu'il ne vous connut jamais ;
Il aurait fixé la victoire.
S'il eût été cher aux Français (1).
(tj Collotl. Je M. Brissaiit.— CeUc clianson fut faite par un officier russe en garnison à Kfims, cii 1$I4.