COUPLETS IMPROMPTUS
SUR LE DÉPART DES \LLliS.
Avec assurance on exprime Ce qu'on éprouve vivement, Lorsqu'en rimant l'esprit s'anime Par la verve du sentiment :
Il faut, pour parler de science, Au Double Mont avoir accès ; Pour chanter notre délivrance.
Il ne faut qu'être bon Français.
Vers la terre qui le vit naître, Se dirigeant pour la revoir, L'étranger, prêt à disparaître, Comble nos vœux et notre espoir.
Pour les plaisirs de nos bergères,.
Pour boire nos vins les plus frais.
Pour la garde de nos frontières. Nous n'aurons plus que des Français.
Dans nos cités, où l'on se presse, Dans la retraite des hameaux, Par des chants remplis d'allégresse Chacun interrompt ses travaux, Et, des cœurs lidéle interprète,
Jaloux aussi d'en avertir,
Dans les vallons, Echo répète : I
Ils vont partir^ ils vont partir.
Amants de la philanthropie, Fuyons le tumulte des camps ; Cultivons les arts, l'industrie, L'amitié, nos paisibles champs.
Bellone, avide de vengeance, Qui tant de fois vint les armer.
Ne troublera plus l'existence Des peuples faits pour s'estimer.
A l'ombre de l'indépendance^ Vivons en paix dans nos foyers ; Et^ comme eux^ fiers de leur vaillance, Fêtons, célébrons nos guerriers.
Enfants chéris de la Victoire, Ils ont cueilli tant de lauriers, Qu'après eux, aux champs de la gloire^ Nous ne pourrions que grappiller.
Des lis vous qui sous la bannière Des combats suiviez les hasards; Vous qui, dans la même carrière.
Marchiez sous d'autres étendards.
De l'union goûtez les charmes :
De l'honneur nobles chevaliers.
Ne faites plus, en frères d'armes, Qu'un seul faisceau de vos lauriers.
Au nom sacré de la patrie, Oublions nos divisions; Que son intérêt nous rallie Au sceptre antique des Bourbons.
N'oublions pas que le bon père
Oui nous fait jouir de la paix.
Dans sa tendresse, voudrait faire Des frères de tous les Français.
Aux caprices du despotisme Succède le règne des lois, Et sur les débris du sophisme La raison établit ses droits :
Du parjure et de l'anarchie L'hydre a disparu pour jamais ; Honneur, fidélité, patrie, C'est la devise des Français.
Vous qui désirez que l'on fixe A quatre couplets un refrain, Vous me trouverez trop prolixe ; De vous j'attends un trait malin.
Partout cependant on répète, En lisant les vers que j'ai faits :
— S'ils ne sont pas d'un bon poète, Ils sont du moins d'un bon Français (1).
(1) Reims, Lebàtard. — Coll. de M. Brissart.