‹ Romancero de Champagne (volume 3)Chapitre 77 sur 92 · CHARLES X AU SACRE · texte numérisé non relu

CHARLES X AU SACRE

Son port majestueux sur la l'ouïe s'élève ; L'or fait étinceler le pommeau de son glaive. Flottante à son côté, son écharpc à longs plis Balaie, en retombant, les marches du parvis. De longs éperons d'or embrassent sa chaussure Et sur l'écu royal qui couvre son armure, Du sanctuaire en feu tout l'éclat reflété Jette au loin sur ses pas des gerbes de clarté.

ronne poétique de Charles X, un assez grand nombre de ces poésies de fcle. Parmi les noms de leurs a-atcurs. nous trouvons : MM. Ancelot, d'Anglemout, Arnal, l'acteur comique, Baour-Lormian, Drazier, Caimouclic, île Chazet, de Courcy, Dartois, Désaugiers, Mlle Delphine Gay, depuis MmedeGirardin, la Muse de la pairie; MM. Gentil, Al. Giraud, Simon Jacob, Langlc, de Lamartine, de Marccllus, Mcly Janin, Merle, Ourry, de Piis, de Ségur, Soumet; Mme Tastu ; MM. Tbcaulon, de Valory, et encore M. Victor Hugo, qui depuis ..; mais alors il était royaliste et n'en était pas rédmi à metire son admiration ot't personne ne voudrait mettre ses pieds. Qu'on nous permette de rappeler le début de la belle ode que sa jeune muse lui dicta : ne l'a-t-on pas trop oubliée ?

L'orgueil depuis trente ans est l'erreur de la terre. C'est lui qui sous les droits étouffa le devoir ; C'est lui qui dépouilla de son divin mystère

Le sanctuaire du poux oir.

L'orgueil eufaula seul nos fureurs téméraires,

Et ces lois dont tant de nos frères

Ont subi l'arrêt criminel,

De son casque superbe il lève la visière : Son panache éclatant flotte et penche en arrière Et laisse contempler au regard enchanté D'un front mâle et serein la douce dignité. Comme un sommet battu des coups de la tem-

[pête, Dont les neiges d'automne ont parsemé le faîte, Avant les jours d'hiver, déjà ses cheveux blancs Ont empreint sur le front la sainteté des ans, El leur boucle d'argent, qui s'échappe avec grâce, A son panache blanc se confond et s'enlace.

Son œil superbe et doux brille d'un sombre

j azur ; Son regard élevé, mais franc, sincère et pur. Lançant sous sa visière un long rayon de

[flamme,

Et ces règnes sanglants, el ces liideuses fêtes. Où, sur un échafaud se proclamant prophètes Des bourreaux créaient l'Eternel!

Voici les derniers vers de ce chant magnifique :

0 Dieu ! garde ;i jamais ce roi qu'un peuple adore !

Romps de ses ennemis les flèches et les dards,

Qu'ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore,

Sur des coursiers ou sur des chars !

Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face !

Du moins qu'un long bonheur efface

Ses bien longues adversités.

Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête. Prête à son front royal deux rayons de ta tête ;

Mets deux anges à ses côtés !

Cinq ans plus tard, le roi du poète partait pour l'exil, el maintenant, le poète du roi Charles X écrit ses dernières lignes, peut-être, sur la terre étrangère, et répétons avec lui :

L'orgueil depuis trente ans est l'erreur de la terre. C'est lui qui sous les droits étouffa le devoir ; etc.

Semble, à chaque coup d'œil, communiquer

[son âme. Dans ce regard sévère et clément à la fois^ La nature, avant l'homme, avait écrit ses droits. Il semble accoutumé , dès sa première aurore, A regarder d'en haut un peuple qui l'implore. Sa bouche, que relève une mâle fierté, Imprime à son visage un air de majesté ; Mais sa lèvre entr'ouverle, où la grâce respire, Tempère à chaque instant l'effroi par un sou-

[rire.

Et cette main , qu'il ouvre et qu'il tend comme

[Henri, Tout annonce le roi ! La nef tremble à ce cri (1).

(1) A. de Lamartine. —Le Chant du sacre, ou la Veille des armes. — Journal des Débats

S:M CHANSON DU BANQUET DU SAGIiEi

Durant la pompe solennelle Qui vient de briller à nos yeux, Pour toi^ Charle, un peuple fidèle En silence invoquait les cieux.

Du temple la majesté sainte Arrêtait nos élans d'amour ; Mais permets-nous, dans cette enceinte, De chanter notre plus beau jour.

Tu n'as pas perdu la mémoire De ces murs choisis par nos rois ; Tu nous as rendu notre gloire ; Tu nous as rendu tous nos droits.

Les meilleurs de ta noble race A nos autels furent sacrés ; Ton nom devait trouver sa place Après tous ces noms adorés.

Chacun, dans l'ardente allégresse Qu'inspire ton aspect chéri, Pour mieux te contempler, s'empresse.

Gomme on faisait autour d'Henri.

Promets-nous encore un voyage Au sein de ces murs triomphants;

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Fa, si nous t'aimons sans partage, Partage-loi pour tes enfants.

Et nous, qui gardons ta personne, Citoyens plutôt que guerriers, Pour les champs lointains de Rellone, Nous ne quittons point nos foyers.

Nous sourions quand on nous parle De cette gloire des combats ; Mais, s'il fallait mourir pour Charle, Demain nous serions tous soldats (i).

(1) Heiius. — Le sacre de Charles X fut salué par les IVIuses de Champagne. MM. Jacob, Fleury, Grassière, Permelet, d'autres encore, rimèrent, à cette occasion, de joyeux •couplets, chansons d'entente cordiale, rondes royalistes. Elles sont encore trop présentes à la mémoire de nos concitoyens ; nous n'avons pas besoin de les rappeler ici. Un jour, quand les temps auront fui, quelque bibliophile à venir recueillera les œuvres des ménestrels de mon temps: que les dieux lui soient propices '. Et si jamais les ruines d'un de nos volumes, usé par les siècles, rongé par les vers, lui tombent entre les mains ; s'il cherche à savoir quel fut celui qui le précéda -, s'il retrouve la pierre où sera le .nom du vieux bibliophile, qu'il y écrive ces mots :

Et ego pastor in Arcadia fui.

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