‹ Romancero de Champagne (volume 3)Chapitre 81 sur 92 · L'OMBRE DE JEANNE D'ARC A REIMS · texte numérisé non relu

L'OMBRE DE JEANNE D'ARC A REIMS

Chant guerrier.

L'heure a sonné; partout sur son chemin, Charles bénit la foule qui l'assiège :

Le casque en tête et l'étendard en main, Jeanne paraît au milieu du cortège !... A son aspect, le monarque chrétien Daigne sourire avec reconnaissance :

— Rien n'est changé, dit Jeanne; ah ! je vois

[bien Queles bons rois ne meurent pas en France.

Elle sourit de joie et de bonheur En revoyant l'antique cathédrale ; Jeanne est charmée et sent battre son cœur En contemplant cette pompe royale .

— Des temps passés, ici^ je me souvien ! Que de splendeur ! que de magnificence ! Rien n'est changé, dit Jeanne ; ah ! je vois

[bien Que les beaux-arts ne meurent pas en France.

— Qu'avec orgueil tu dois revoir ici, Près de leyr roi, tous ces sujets fidèles ; Ces Lat rémouille et ces Monlmorencv !

Aux cœurs français ils servent de modèles ; De Charle ils sont la gloire et le soutien ; De son exil ils ont subi la chance.

— Rien n'est changé, dit Jeanne ; ah ! je vois

[bien Que les grands noms ne meurent pas en

[France.

— Mais qui sont donc les braves que voilà ? Ils sont couverts de nouvelles armures.

— C'est Reggio, Moncey, d'Albuféra, Dont les lauriers te cachent les blessures. Leurs noms fameux brillent, comme le tien, Sans les devoir aux droits de la naissance ! — Rien n'est changé, dit Jeanne ; ah ! je vois

[bien Que les héros ne meurent pas en France.

A ce moment, le roi s'est incliné, Et le saint chrême a coulé sur sa tête ; Jeanne à genoux, et le front prosterné, Se croit encore aux jours de sa conquête!... Sur le bûcher qui la reçut jadis,

Comme une flamme elle s'élance.

En s'écriant : — Dieu garde Charles dix ! Le cri de Jeanne est celui de la France (1).

(i) Bkazirr.

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