L'OMBRE DE JEANNE D'ARC A REIMS
Chant guerrier.
L'heure a sonné; partout sur son chemin, Charles bénit la foule qui l'assiège :
Le casque en tête et l'étendard en main, Jeanne paraît au milieu du cortège !... A son aspect, le monarque chrétien Daigne sourire avec reconnaissance :
— Rien n'est changé, dit Jeanne; ah ! je vois
[bien Queles bons rois ne meurent pas en France.
Elle sourit de joie et de bonheur En revoyant l'antique cathédrale ; Jeanne est charmée et sent battre son cœur En contemplant cette pompe royale .
— Des temps passés, ici^ je me souvien ! Que de splendeur ! que de magnificence ! Rien n'est changé, dit Jeanne ; ah ! je vois
[bien Que les beaux-arts ne meurent pas en France.
— Qu'avec orgueil tu dois revoir ici, Près de leyr roi, tous ces sujets fidèles ; Ces Lat rémouille et ces Monlmorencv !
Aux cœurs français ils servent de modèles ; De Charle ils sont la gloire et le soutien ; De son exil ils ont subi la chance.
— Rien n'est changé, dit Jeanne ; ah ! je vois
[bien Que les grands noms ne meurent pas en
[France.
— Mais qui sont donc les braves que voilà ? Ils sont couverts de nouvelles armures.
— C'est Reggio, Moncey, d'Albuféra, Dont les lauriers te cachent les blessures. Leurs noms fameux brillent, comme le tien, Sans les devoir aux droits de la naissance ! — Rien n'est changé, dit Jeanne ; ah ! je vois
[bien Que les héros ne meurent pas en France.
A ce moment, le roi s'est incliné, Et le saint chrême a coulé sur sa tête ; Jeanne à genoux, et le front prosterné, Se croit encore aux jours de sa conquête!... Sur le bûcher qui la reçut jadis,
Comme une flamme elle s'élance.
En s'écriant : — Dieu garde Charles dix ! Le cri de Jeanne est celui de la France (1).
(i) Bkazirr.