LA PETITE VÉROLE EN CHAMPAGNE
J'aiinflis une jeuoe bûrgèi'e, Belle à ravir ; Cent rivaux, jaloux de lui plaire,
Vinrent s'offrir ; Que d'efforts il me fallut faire Pooi'les bannir!
Enfin j'obtins par ma constance
Un tendre aveu ; Ciel I ce moment, toujours j'y pense,
Combla mes vœux !
Mais celte douce jouissance
Dura bien peu !
Après dix mois de mariage,
Instants trop courts !
Elle allait me donner un gage
De notre amour.
La Parque cruelle et sauvage
Trancha ses jours.
Un mal affreux pour une belle,
Un jour^ la prend :
— Dieu! m'écriai-je, sauvez celle
Que j'aime tant!
Qu'elle vive laide et fidèle.
Je suis content.
Le mal, qui pousse son ravage
Jusques au bout, Changea les traits de son visage
Et non mon goût.
Ah ! la beauté n'est qu'un nuage ;
Le cœur est tout !
Cette jeune et tendre bergère,
Près de mourir, Me dit : — Ferme-moi la paupière^
Prends ce soupir ; Garde de ma flamme sincère
Le souvenir!
Oui, chaque jour, Dieu, je t'atteste.
Il m'en souvient De ce moment cher et funeste
D'un doux lien!
C'est le seul trésor qui me reste,
C'est tout mon bien (1).
(1) Cette chanson, composée lors des ravages que fit la petite vérole en Champagne, sous Louis XV, a été recueillie à Andelot (Haute-Marne), où on la chantait dès 1770.— Collection du D'A. Lehoine, d'Essoye.