‹ Romancero de Champagne (volume 3)Chapitre 9 sur 92 · LA PETITE VÉROLE EN CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

LA PETITE VÉROLE EN CHAMPAGNE

J'aiinflis une jeuoe bûrgèi'e, Belle à ravir ; Cent rivaux, jaloux de lui plaire,

Vinrent s'offrir ; Que d'efforts il me fallut faire Pooi'les bannir!

Enfin j'obtins par ma constance

Un tendre aveu ; Ciel I ce moment, toujours j'y pense,

Combla mes vœux !

Mais celte douce jouissance

Dura bien peu !

Après dix mois de mariage,

Instants trop courts !

Elle allait me donner un gage

De notre amour.

La Parque cruelle et sauvage

Trancha ses jours.

Un mal affreux pour une belle,

Un jour^ la prend :

— Dieu! m'écriai-je, sauvez celle

Que j'aime tant!

Qu'elle vive laide et fidèle.

Je suis content.

Le mal, qui pousse son ravage

Jusques au bout, Changea les traits de son visage

Et non mon goût.

Ah ! la beauté n'est qu'un nuage ;

Le cœur est tout !

Cette jeune et tendre bergère,

Près de mourir, Me dit : — Ferme-moi la paupière^

Prends ce soupir ; Garde de ma flamme sincère

Le souvenir!

Oui, chaque jour, Dieu, je t'atteste.

Il m'en souvient De ce moment cher et funeste

D'un doux lien!

C'est le seul trésor qui me reste,

C'est tout mon bien (1).

(1) Cette chanson, composée lors des ravages que fit la petite vérole en Champagne, sous Louis XV, a été recueillie à Andelot (Haute-Marne), où on la chantait dès 1770.— Collection du D'A. Lehoine, d'Essoye.

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