LA COMPLAINTE DU MARÉCHAL DE BIRON
k» .il'i
Le roi fat averti Par un de ses gens, d'armes Par un nommé La Pierre; '■ >' Capitaine des gardes :
— Sire, donnez-vous de garde Du maréchal de Biron :
Il fait une. entreprise ....,.!,.
Qui vous coûtera bon.
— Quel est donc ce projet?
Dis-le moi, capitaine.
— L'entreprise qu'il a faite (Faut-il donc vous le dire ?), C'est d' faire mourir la reine Et monsieur le dauphin,
Et de toute la couronne Avoir ainsi la fin.
Dans ces dispositions, Voilà Biron qui entre ; Le chapeau à la main, Au roi fait révérence, En lui disant : — Mon sire, Vous plaît-il ^de jouer Double million d'Espagne Que je viens de gagner ?
Le roi , le regardant, Rougissant de colère :
— Va-t-en trouver la reine :
Avec elle tu joueras.
Et puis il ajouta
En murmurant tout bas :
— Des biens de ce monde, Tu n'en jouiras pas.
Le bon Biron s'en va, S'en va trouver la reine En lui disant : — Ma reine, Vous plaît-il de jouer Double million d'Espagne Que je viens de gagner ?
La reine répondit, Comme une honnête fem me :
— Je n'y dois consentir, Si ne quittez vos armes.
Quittez donc votre épée Et vot' poignard doré.
Biron n'a pas manqué :
Il a mis bas ses armes, Son épée de brillants Et son poignard joli, Les mettant en parade Sur le chevet du lit.
N'ont pas trois coups joué, Vlà le grand prévost qui entre ; Le chapeau à la main, A Biron fait révérence, En lui disant : — Mon prince, Ne soyez point fâché :
Mais, c'soir, à la Bastille 11 vous faudra coucher. .
Biron le regarda, Rougissant de colère :
—Voyez un autre prince !
Car c'est vraiment le caa ; Je suis un autre prince, Que tu ne connais pas.
Ce soir, à la Bastille Je ne coucherai pas.
—Si fait, si fait, Biron !
Le roi vous le commande.
Demandez-lui pardon, 11 vous offrira grâce.
— Là où il n'y. a pas d'offense, Il n'y a pas de pardon.
On regrettera en France L' maréchal de Biron.
Il y fut bien six mois., Six mois et davantage, Sans être visité Des messieurs et des dames.
Messieurs de la justice:, Faisant les ignorants, Lui demandaient : —Mon prince, Qui vous a mis céans?
■—Celui qui m'y a mis, En a bien la puissanoe y Car c'est le roi de Fraoee, Que j'ai si bien servi ; Et pour ma récompense, La mort me failli; souffrir.
— Si fait, si fait, Biron!
Le roi est pitoyable.
Allez à deux genoux Lui demander pardon : Et puis nous, comme lui, Nous vous pardonnerons.
A repondu Biron Comme un homme de guerre :
— Vous n'avez pas raison, Messieurs de la justice :
Là où ila'yapas d'offense, Il n'y a pas de pardon.
Oft regrettera en France L' maréchal de Biron.
Le roi se souvient-il , Dans les guerres savoyardes, Montant sur le Piémont, Lui servant de parade, Cent coups d'arquebusade Recevant sur mon corps?
Et pour ma récompense, Me faut souffrir la mort.
Adieu, mon cheval blanc, tfuï erre à l'aventure !
A un autre que moi Servira de monture.
Adieu, toutes mes troupes 1 Mal conduites elles seront :
On regrettera en France V maréchal de Biron (1).
(1) Àrdennes. —Collections de MM. Nozot et Coun.— Marne.— Il s'agit de Charles de Gontaud, baron de Biron, fils du maréchal de Biron tué devant Eperaay.— Brave sol-