‹ Romancero de ChampagneChapitre 65 sur 131 · DE XA MORT DU MARÉCHAL DE BIRON · texte numérisé non relu

DE XA MORT DU MARÉCHAL DE BIRON

Quand Biron fut sur l'échaafaud, De loin il voit venir son page.

— Mon page, viens donc me parler :

De moi tu s'ras récompensé.

dât, général brillant, maréchal de France en Ï504, au combat de Fontaine-Française, il dut la vie à la valeur du Béarnais. Général en chef de Tannée dirigée contre le duc de Savoie, il s'empara de la Bresse. Henri IV, qui lui portait l'amitié la plus sincère, le fit duc de Biron. Le nouveau duc ne se crut pas assez payé de ses services, et conspira contre son roi, son ami, contre la France.— Les troubles de la Ligue, la faiblesse des derniers Valois, avaient fait naître, tant parmi les protestants que parmi les catholiques, l'idée de diviser notre sol en grands fiefs et de recommencer le Moyen-Age. La valeur d'Henri IV et le bon sens national déjouèrent ces intrigues, mais elles ne furent pas longtemps abandonnées. Les ambitieux et les mécontents exploitèrent l'irritable insatiabilité de Biron. Un grand complot se forma : le roi d'Espagne devait être le voî féodal de la France ; à nos provinces on destinait un partage en fiefs indépendants relevant de sa couronne. À Biron, le duché de Bourgogne ; au bâtard de Charles IX, l'Auvergne ; au duc de Savoie, le Lyonnais; au duc de Bouillon, autre ingrat ami d'Henri IV, les Ardennes, etc.— Henri IV, averti de cette odieuse trame, pardonna à Biron une première fois ; mais celui-ci ne tarde pas à reprendre ses coupables menées. Le roi le mande à Fontainebleau et fait appel à son honneur :

— Mon page, va-t-en trouver le roi Entre hardiment dedans sa chambre :

Tu lui diras de se lever

Pour voir Biron exécuter.

Souvenez-vous, sire le roi, Des temps des guerres savoyardes !

y vous ai sauvé la vie trois fois :

Sauvez-moi la donc une fois.

Première fois, au Piémont ; Deuxième fois, dans la Lorraine ; Troisième fais, devant Paris.

Sans moi, vous yjperdiez la vie !

— Biron, tu as parlé trop tard :

c'est en vain. Avant de faire arrêter son vieil ami, le Béarnais vent une dernière fois réveiller le cri de sa conscience. Biron était dans le salon de jeu de la reine, quand le roi lui fit dire de venir le trouver dans son cabinet : c'est alors qu'après de pressantes instances pour savoir la vérité» le prince lui dit en se retirant : « Eh bien ! il faudra rapprendre d'ailleurs.— Adieu, baron de Biron t »— Vitry, capitaine des gardes, vint alors l'arrêter et lui demander son épée : c'était le 14 Juin 1602. Biron fut jugé régulièrement et condamné à mort le 29 Juillet suivant, et l'arrêt fut exécuté le 31 du même mois.— Le duc de Bouillon, resté protestant, avait voulu se poser comme le chef du parti calviniste : il croyait, en jouant ce rôle, se faire des partisans et devenir prince indépendant. La mort de Biron anéantit ses folles espérances.— Ses adhérents composèrent et répétèrent les couplets que nous publions, pour jeter de l'odieux sur la maison de France. C'est ainsi qu'ils sont restés dans la mémoire des Ardennais. Le texte, que nous publions", est rétabli sur trois versions différentes. Malgré nos efforts, il est évident que nous sommes loin de la composition primitive : qu'importe ? Le Romancero de Champagne est un recueil non de poésies, mais de souvenirs. V. année 1606.

J'en ai perdu la j&ouvjenaBce.

Si le maître ici seul j'étais,

D'un grand cœur pardon ta aurais Xf).

(1) Ardennes. —Ces couplets sont les restes 4' une complainte qui devait faire suite à celle oui précède — Le berger qui les chantait à M. Colin, qui nous les a donnés, lui disait aussi qu'on magicien avait prédit <au maréchal qu'il serait grand et puissant, et l'avait truite * prendre garde au coup de derrière d'un Bourguignon.— L'exécuteur de Biron était parisien, mais se nommait Bourguignon. — Ces fragments reproduisent assez bien le caractère vaniteux de Biron. La fin dû la chanson est une allusion à quelquesuns des propos tenu* par Henri IV date cette triste affaire.- Les protestants fanatiques des Ardennes et des autos provinces de France, furieux contre leurs coreligionnaires Lesdi* guières et Rosoy, qui étaient restés fidèles au roi, répétèrent longtemps ces deux couplets :

Si, pour avoir trop de courage»

On a bien fait mourir Biron,

Rosni, crois que le même orage

Peut bien tomber sur un larron ; |

Car déjà le peuple en babille, j

Et vous appelle, ce dit-on, !

Lui, cardinal de la Bastille,

Et toi, prélat deMontfaucon. i

liais que tfoupes bien dissemblables

.Iront visiter vos tombeaux ! i

Car jl a des gens honorables,

£t tu n'auras que des corbeaux,

Desquels ta charogne mangée

Sera marque aux âges suivans !

De ton insolence enragée i

Sur les morts et sur les vivans. i

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