JUGEMENT DE NICOLAS FOUQORT
SEIGNEUR DE VAUX EN BRtË, (4661.)
Sus, bons François !
À haute voix Remercions le roy des roys
Et sa toute puissance, Qui, malgré le grand Lucifer, À sauvé l'innocence De la corde et du fer.
Le procureur, Plein de fureur Plus que de tendresse et d'honneur,
Conclut à la potence, Pour sacrifier à ses dieux Un homme d'importance, Qui vaut cent fois mieux qu'eux.
Le rapporteur Adulateur,
^'intéressant & la faveur,
Crut sa fortune faite, Et qu'il geroit assurément,
Abattant cette tête,
Celle du parlement
Monsieur Pussort
Harangua fort; Mais, par malheur, il prit ressort,
Et sa sotte harangue Fit voir à Messieurs du bureau
Qu'il' a beaucoup de langue
Et fort peu de cerveau.
Un forgeron, Qui est félon Et pire qu'un démon,
Par sa fureur extrême, Voulut perdre les innocens :
Mais il perdit luy même Sa fortune et son sens.
Ne unissons Point la chanson Sans exalter ce d'Ormesson :
Le bon Dieu le bénisse Avec tous les gens de bien.
Qui rendent la justice Et qui ne craignent rien (1)!
(1) Cologne, P. Marteau, 1694.— Nicolas Fouquet, vicomte de Vaux, surintendant des finances en 1 65*, protecteur des artistes et des gens de lettres, épuisa les ressources du trésor par sou faste. La construction de sou château de Vaux dévoila ses dilapidations. Louis XIV le fit arrêter eu 1661. Golbert, en le poursuivant, fit son devoir. Il fut toute sa vie victime de sa fermeté. Les amis de Fouquet, presque tous hommes de lettres, ne cessèrent pendant vingt ans d'insulter le grand ministre : ils l'outragèrent encore après sa mort.— V. les pages suivantes.— Fouquet fut condamné au bannissement, peine qui fut commuée en une prison perpétuelle. Il mourut en 1680.— Le procureur général avait conclu à la peine de mort.— Henri Pussort, oncle de Golbert, parla dans le même sens. C'était, d'ailleurs, un profond jurisconsulte ;