‹ Romances, ballades et légendesChapitre 6 sur 53 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

Grand Dieu ! j'entends le cri de cette horde impure

Dont les plaisirs sont le sang et les pleurs ; Tous ces fils de la Mort quittent la sépulture Pour applaudir à nos douleurs.

Fuyons ces tristes lieux; mais il n'est plus d'asile.

La terre, helas! est un champ de combats; Pourquoi tenter encore une fuite inutile?

Le seul refuge est le trépas !

n^^uiitMmmm^

QqKL prestige a trouble mes sons?

LiC pay$ de mes pères En proie aux races étraugères !

Où vont ces hordes sanguinaires?

Quels sont ces spectres menaçans ?

Je vis, etincelant de rtgty Ce colosse, fils du rivagei Dominateur des oce^iAft \ Sa main animait le carnage Et son pied foulait des mourans.

Il parla j ses tristes accens

Ressemblaieat k la voix des vents, Précurseurs de l'orage :

» Cbarlemagne, où sont tes enfans?

S'écriait-il dans sa folle colère;

» Où sont ces soldats triomphans?

« Us bravaient les feux du tdpuerre,

• II» voulaient conquérir la terre,

« Et je moissonne dans leurs champs.

« Voilà cette cite si fière,

« Voilà ses somptueux parvis ;

« Il tombera dans la poussière, « Il tombera, cet orgueilleux Paris ;

« Bientôt, demeure iuneraire, « On entendra le hibou solitaire

« Chanter la mort sur ses débris.

" On verra la mousse et le lierre

" Tapisser les murs des palais.

« Il fut une race guerrièfe,

« Dira-t-on ; il lut des Français î •

Vains projets ! inutile rage I

La France ne périra pas.

Est-ce la haine, est-ce Toutrage

Qui pourront enchaîner mon bras?

Triomphateur tremblant, pourquoi feindre Taudace?

Ne vois-tu pas que ta menace

Fait naître en foule des soldats?

Tu yeux que la mousse et le lierre

Couvrent les murs de nos palais.

Qu'en nous voyant dans la poussière,

Courbés sous ta main meurtrière, L'avenir étonné dise : Il fut des Français !

Il en fut, il en est encore !

Superbe, malgré ses revers.

En est-il UM qui ne s'honore

L'INVASION. t&5

IVun nom qui remplit l'univers?

En est-il im, et je t'en rends arbitre,

Un seul, quels que soient ses malheurs.

Qui voulût e'cbanger ce titre

Contre tous ceux de ses vainqueurs?

O fils des mers! qu'as-tu fait pour l'histoire?

Quels sont tes exploits, tes hauts &its?

Tu m'abusas, voilà ta gloire j

Mes malheurs, voilà tes succès.

Les démens remportent la victoire,

Et tu prétends m'avoir vaincu !

Ah ! j'en appelle à ta mémoire, Parle, as-tu combattu?

Je suis, dis-tu, soumis à ta puissance.

Tout mon sang, tu l'as £EÛt coider ;

C'est à toi qu'appartient la France :

Tu règnes, je te vois trembler.

Sous le fer de ton dard, si ma haine te brave. Si tu lis dans le cœur du brave.

Qu'il est Français, qu'il sait mourir....

Étranger, qu'attends-tu pour fuir?

Espères-tu qu'à mon heure dernière, De mes aïeux oubliant la vertu, Je fléchirai sous ta bannière?

Je fléchirai!... Fespères-tu?

Ëntends-tu les os de mon père S'agiter au fond du cercueil?

Tu les entends ; et, dans son fol orgueil.

Un de tes fils est assis sur la pierre.

Riche de souvenirs et d'antiques lauriers.

Puissante encore est la patrie; Des rangs epars de nos guerriers.

L'espérance n'est pas bannie.

Nos cœur» seront-ils abattus

Par tes menaces mensongères?

Si tu resserras nos frontières^ Si tu nous ravis quelques terres^ Nous avons un Français de plus.

l^ntiU,

ISilBMUl^

Oscar y ne te plains pas disnelle ; Ne te plains pas d'elle ^ ô guerrier !

Oscar, ton amante est fidèle A ton glaive y k ton bouclier.

Elle a vu fléchir ta bannière :

N'attends pas un tendre retour.

Quand tu disais le chant de guerre , Elle disait le chant d'amour.

Près de la tombe de ton père , Ne dëplore plus tes malheurs ; Cesse de pleurer ta misère Quand Tétranger rit de tes pleurs.

163 ISNELLE.

Lève ton front de la poussière ; Que le vainqueur tremble à son tour.

Oscar^ redis le chant de guerre , Je redirai le chant d'amour.

Oscar, l'avenir te regarde :

Écoute y entends-tu ces accords?

Oscar, c'est la harpe du barde "Prête à célébrer tes efiPorts.

Sur la colline solitaire Je t'attends à la fin du jour :

Tu rediras le chant de guerre.

Je redirai le chant d'amour.

(&Uax.

Je chanterai le brave et sa patrie ; Ëcoutezr-moi : Depuis quatre printems^ Les fils saBglans de la Scasdintvie, De ITJhonie avaient conquis les champs.

Le fier Oscar^ assis au pied d'un chêne , De son pays déplorait les malheurs, Lorsque la voix du barde d'Ardulène Vint, par ces mots, interrompre ses pleurs

« Il a pleura, le guerrier de Timoré :

« Ahî du vaillant qu'est devenu Ic'cœur?

* Est-il vaincu , lorsqu'il lui resie encore «t Le bouclier et la laAce et l'honneur?'

ISNELLË.

« L'eniant du nord, avide ^ sanguinaire, « Dans tes foyers a porté le trépas ; « Il a brisé la tombe de ton père ; «« A-t-il, Oscar, a-t-il brisé ton bras?

« S'il a détruit d'une main téméraire <• Des monumens qu'il ne pourait flétrir, «« Peut^il, dis-moi, dans sa vaine colère, « A l'univers ôter le souvenir?

« De tes cités qu'il sape les murailles , « N'auras-tu pas ton glaive pour rempart?

« A-t-il ravi ce sceptre des batailles?

« A-t-il rompu la pointe de ton dard?

« Toute la tfrre est, di»-tu, sa complice?

« Toule la terre admire tes kauts faits 1

ISNELLE. lf>5

« Et contre lui n'asr-tu pas la justice ,

« Tes souvenirs et les maux qu'il t'a faits? »

IjC barde cesse , et l'echo du rivage Jusqu'à l'Ulster répète ses accens.

Saisi d'efiBroi , le conquérant sauvage Baissa la tête à ces terribles cbants.

On entendit, du couchant à l'aurore,

Tous les guerriers redire avec fureur :

«• Ë»t-il vainqueur, puisqu'il nous reste encore

« Le bouclier et la lance et l'honneur? »

®00im.

Je les ui viis, Ws enians du rivage,

Je les ai V us y comme de vils troupoaux ,

Le cœur tremUant ^ fuir devant mon courage ,

Et pour refuge implorer les tombeaux.

Je suis passé; soudain ^ levant la tête,

Ils ont crie : « C'est le jour des vaincus ;

« Sur 1^ héros appelons la tempête ;

« Mort aux vainqueurs! les glaives sont rompus.

Allez, Oscar, allez, fils de la gloire,

Allez redire au brave désolé

Qu'il reviendra le jour de la victoire ;

Allez le dire : Ossian a parlé.

Ils ont voiUu, d'une raam téméraire,

ISNELLE. H>7

Du soi vainqueur arracher les iauriers ; Aux monumens; au marbre tiuieraire.

Ravir les noms des antiques guerriers ; Ils Tout voulu. De sa serre impuissante, L'oiseau des nuits frappe en vain le cercueil , Et sur le roc, la vague mugissante Voit se briser sa rage et son orgueil.

Allez y Oscar, allez, fils de la gloire, AUez redire au brave désola Qu'il reviendra le jour de la victoire ; Allez le dire : Ossian a parle. ♦*

Honneur au preux dont Tame généreuse Ne fléchit point à Faspect du danger !

Honneur au preux dont la main courageuse N'a pas serre' la main de l'étranger î Au tems futur, le barde de la guerre

168 ISNËLLË.

Répétera les exploits des vaincus^ Quand des vainqueurs la gloire passagère , Les noms flétris déjà ne seront phis.

Allez y Oscar, allez , fik de la gloire, Allez redire au brave désolé Qu'il reviendra le jour de la victoire j Allez le dire : Ossian a parlé.

a^ (Hhhu.

Je ne les vois plus dans la plaine ^ Je n'entends plus le son du cor.

Oscar, nous chanterons encor Sous Fombràge de mon vieux chêne.

L'étranger ne me dira plus :

« Je suis rhe'rijier de ton père.

«• Gloire aux preux, malheur aux vaincus !

« Il n'est rien à toi sur la terre . »

Il le disait : le bras dn fort Contre lui s'armait de sa chaîne; Où sont-ils les enfans du nord? Je ne les vois plus dans la plaine.

170 ÏSNELLE.

Ainsi tfa*un sinistre brouillard , Ils avaient couvert la prairie ; Mais, à la lueur de son dard.

Le chef veillait sur la patrie.

La barque a repris son essor,

Le vent souffle , la voile est pleine :

Oscar, nous chanterons encor

Sous l'ombrage de mon vieux chêne .

Iib0.

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