‹ RomanciersChapitre 16 sur 69 · ALPHONSE DAUDET · texte numérisé non relu

ALPHONSE DAUDET

du réel, il fait un choix dans la multiplicité de ses observa- tions et note avec insistance tel détail qui l’a plus vivement frappé :

Or, certain jour, l'envie me vint de lire Condillac. Entre nous, le bonhomme ne vaut même pas la peine qu’on le lise; c’est un philosophe pour rire, et tout son bagage philosophique tiendrait dans le chaton d’une bague à vingt-cinq sous; mais vous savez ! quand on est jeune, on a sur les choses et sur les hommes des idées tout de travers.

Je voulais donc lire Condillac. Il me fallait un Condillac coûte que coûte. Malheureusement, la bibliothèque du collège en était absolument dépourvue, et les libraires de Sarlande ne tenaient pas cèt article-là. Je résolus de m'adresser à l’abbé Germane. Ses frères m'’avaient dit que sa chambre contenait plus de deux mille volumes, et je ne doutais pas de trouver chez lui le livre de mes rêves. Mais ce diable d'homme m’épouvantait, et pour me décider à monter à son réduit ce n’était pas trop de tout mon amour pour M. Condillac.

En arrivant devant la porte, mes jambes tremblaient de peur. je frappai deux fois très doucement... — Entrez! répondit une voix de Titan. Le terrible abbé Germane était assis à califourchon sur une chaise basse, les jambes étendues, la soutane retroussée et laissant voir de gros muscles qui saillaient vigoureusement dans des bas de

soie noire. Accoudé sur le dossier de sa chaise, il lisait un in-folio

à tranches rouges, et fumait à grand bruit une petite pipe courte et brune, de celles qu’on appelle « brûle-gueule ».

— C’est toi! me dit-il en levant à peine les yeux de dessus son in-folio.. Bonjour ! Comment vas-tu ? Qu'est-ce que tu veux ?

Le tranchant de sa voix, l’aspect sévère de cette chambre tapissée de livres, la façon cavalière dont il était assis, cette petite pipe qu’il tenait aux dents, tout cela m'’intimidait beaucoup.

Je parvins cependant à expliquer tant bien que mal l’objet de ma -visite et à demander le fameux Condillac.

Condillac! tu veux lire Condillac! me répondit l’abbé Germane en souriant. Quelle drôle d’idée!.. Est-ce que tu n’aimerais pas mieux fumer une pipe avec moi! décroche-moi ce joli calumet qui est pendu là-bas contre la muraille, et allume-la... ; tu verras, c’est bien meilleur que tous les Condillac de la terre.

Je m’excusai du geste, en rougissant.

— Tu ne veux pas? À ton aise, mon garçon. Ton Condillac

est là-haut, sur le troisième rayon à gauche. Tu peux l'emporter ; je te le prête. Surtout ne le gâte pas , ou je te coupe les oreilles.

J’atteignis le Condillac, sur le troisième rayon à g disposais à me retirer; mais l’abbé me retint. AE — Tu t’occupes donc de philosophie ? me dit-il en me regardant

de moi un professeur de philosophie ! Je vous demande un peu! Enseigner quoi ? zéro, néant. Ils auraient pu tout aussi bien, pendant qu’ils y étaient, me nommer inspecteur général des étoiles ou contrôleur de fumées de pipe... Ah! misère de moi! Il faut faire parfois de singuliers métiers pour gagner sa vie. J'en connais quel-

que chose, toi aussi, n'est-ce pas ?.… Oh! tu n’as besoin de rougir.

enfants te font une rude existence.

“ému, et j'avais mis le Condillac devant mes yeux, pour dissimuler les grosses larmes dont ils étaient remplis.

Presque aussitôt l’abbé reprit : Me

= —À propos! j'oubliais de te demander... Aimes-tu le bon Dieu ?.… I faut l’aimer, vois-tu! mon cher, et avoir confiance en lui, et le

rances de la vie, je ne connais que trois remèdes: le travail, la prière et la pipe, la pipe de terre, très courte, souviens-toi de cela.

de rien. J'ai passé par là, tu peux m’en croire. __— Je vous crois, monsieur l’abbé.

— Maintenant, va-t’en, tu me fatigues.… Quand tu voudras des

D livres, tu n’auras qu’à venir en prendre. La clef de ma chambre est : toujours sur la porte, et les philosophes toujours sur le troisième

fayon à gauche... Ne me parle plus. Adieu! (1).

= (1) Le Petit Chose, p. 52 (Fayard).

dans les yeux... Est-ce que tu y croirais, par hasard? Des histoires, mon cher, de pures histoires !.… Et dire qu’ils ont voulu faire

Ici l’abbé Germane s’interrompit un moment. Il paraissait très en colère et secouait sa pipe sur son ongle avec fureur. Moi, d'entendre ce digne homme s’apitoyer ainsi sur mon sort, je me sentais tout .

prier ferme ; sans quoi tu ne t’en tireras jamais. Aux grandes souf-

. Quant aux philosophes, n’y compte pas: ils ne te consoleront jamais

Je sais que tu n’es pas heureux, mon pauvre petit pion, et que les .

Daudet n’est pas du tout impersonnel. Il n’affiche pas l’impassibilité d’un Flaubert. La sincère compassion qu’il - éprouve pour ses personnages est exprimée directement ‘au lecteur, qui a le plaisir de se voir mêlé au drame. Mais cet attendrissement, dans le Petit Chose, est exagéré et ne pas pas, décidément, sans quelque fadaise!

on apitoy rit pour les enfants. ST Ce qui est encore de nature à plaire à l’imaginatior des enfants et même, pourvu qu'on n’en abuse pas, celle de tous les lecteurs, c’est le talent avec lequel Daude prête le sentiment aux objets. Dans tous ses romans, procédé de style — car c’est un procédé, et assez fac à imiter, mais que personne n’avait encore exploité ave ce succès — reparaît, parfois au point de déteindre dan l’ensemble (1). Des passages comme ceux-ci portent | marque de Daudet : Da

Déjà les grands platanes, dont la tête empanachée regarde par dessus les maisons, ont reconnu leur ancien ami qui revient vers. eux à toutes jambes. De loin ils lui font signe et se penchent les uns vers les autres, comme pour se dire: Voilà Daniel Eyssette ! Daniel

. Eyssette est de retour! (2). D.

Jacques a fini son odyssée, maintenant c’est le tour de la mienne. Le feu qui meurt a beau nous faire signe : « Allez vous coucher, mes enfants, » les bougies ont beau crier: « Au lit! au lit! Nou

sommes brülées jusqu'aux bobêches ». — « On ne vous écoute pas, » leur dit Jacques en riant, et notre veillée continue (3). MA. J Là-dessus, Pierrotte m’envoya un grand coup de coude et se mit à rire, mais à rire... Bien sûr qu’il croyait me combler de joie, Je pauvre homme, en m'offrant de vendre de la porcelaine à ses côté * Je n’eus pas le courage de me fâcher, pas même celui de répondre j'étais atterré.…. Les assiettes, les verres peints, les globes d’albâtre, tout dansait autour de moi. Sur une étagère, en face du comptoi des bergers et des bergères en biscuit de couleurs tendres me rega daient d’un air narquois et semblaient me dire en brandissant leu -houlettes : « Tu vendras de la porcelaine ! » Un peu plus loin, des magots chinois en robes violettes remuaient leurs caboches vénérables, comme pour approuver ce qu’avaient dit les bergers : « One oui. tu vendras de la porcelaine !.. » Et là-bas, dans le fond, la flûte ironique et sournoise sifflotait doucement : « Tu vendras de la.

Ÿe ë (1) Comme dans Fromont jeune et Risler aîné. (Voir plus loin.) (2) Le Petit Chose, p. 31.

(3) Ibid., p. 115.

porcelaine... » C'était à devenir fou. Pierrotte crut que l'émotion et la joie m’avaient coupé la parole (1). Le =

Ainsi, avec la baguette magique de son style, Daudet répand la poésie partout et peuple les intérieurs les plus modestes d’un monde féerique.

C’est encore ce qui, avec le sentiment, fait le charme principal de ces excellents petits récits réunis sous le titre de Lettres de mon Moulin (1869) et de Contes du lundi (1873). Relisez la Chèvre de M. Seguin, le Sous-Préfet aux champs, les Vieux, l’Elixir du Père Gaucher, qui sont les perles du premier recueil, ou, dans le second, qui s'inspire en grande partie de la guerre de 1870, le Siège de Berlin, le Pape est mort, et surtout cet émouvant et patriotique récit de la Dernière Classe : c’est toujours ou la gentille et amusante évocation de l’âme des

Choses, ou l'éveil d’un délicat et profond sentiment, et Parfois les deux à la fois, qui saisissent l’imagination et le cœur.

Daudet appelait les Lettres de mon moulin son livre préféré, non pas au point de vue littéraire, mais parce qu’il lui rappelait les belies heures de sa jeunesse (2). Dans un vieux moulin abandonné situé en Provence, il allait se reposer des agitations de Paris, et il datait de là les contes envoyés au Figaro :

En tous cas, je dois beaucoup à ces retraites spirituelles ; et nulle ne me fut plus salutaire que ce vieux moulin de Provence. J'eus même un moment l’envie de l’acheter ; et l’on pourrait trouver chez

le notaire de Font-vielle un acte de vente resté à l’état de projet,

mais dont je me suis servi pour faire l’avant-propos de mon livre. Mon moulin ne m’appartint jamais. Ce qui ne m’empéchait pas d’y passer de longues journées de rêves, de souvenirs, jusqu’ l’heure où le soleil hivernal descendait entre les petites collines

(1) Le Petit Chose, p. 169.

(2) Trente Ans de Paris, p. 178.

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rases dont il remplissait les creux comme d'un métal en fusion, | d’une coulée d’or toute fumante (1).

C’est le sentiment de pitié attendrie qui fait le princi-

pal mérite de Jack (1862), odyssée lamentable d’un pauvre enfant, que sa mère, une demi-mondaine écer-

velée, sacrifie à une sotte passion pour un raté de la

littérature. Ce dernier a pris en grippe le jeune *omme à cause de sa distinction naturelle et de son penchant pour les lettres : il devine en lui un concurrent pour Sa gloire de poète. Aussi Jack doit-il devenir ouvrier d'usine,

puis chauffeur de transatlantique, pour finir, après un ë

espoir de relèvement que renverse la légèreté inconsciente de sa mère, par mourir à l'hôpital, misérable et

désespéré, sans avoir revu celle qu'il attendait et qui,

naturellement, arrive trop tard :

Charlotte s’approcha, défaillante et craintive. C'était son Jack, ce visage inerte, ces mains étendues, ce corps immobile, où son regard + e

éperdu cherchait l'illusion d’un souffle.

Le docteur se pencha:

— Jack, mon ami, c’est ta mère... Elle est venue.

Et elle, la malheureuse, les bras en avant, prête à s’élancer :

— Jack... c’est moi... Je suis là.

Pas un mouvement.

La mère eut un cri d'épouvante: |

— Mort?

— Non. dit le vieux Rivals d’une voix farouche... non... délivré ! (2).

Sauf la leçon morale qui se dégage — assez pénible-

ment, j'en conviens — du Petit Chose et de Jack,

Tartarin de Tarascon (1872) l'emporte sur ces deux romans, grâce à ses qualités de brio et de spirituelle ironie. Comédie bien enlevée, qui, sous la figure d'un Tartarin imaginatif, vantard et naïf, ridiculise l’exagéra-

(1) Trente Ans de Paris, p. 164.

(2) Jack, p. 455 (Fayard).

tion provençale. Le défaut naturel des Mér poussé à l'extrême, et il ne viendra sans doute à l'esprit personne que Daudet ait appliqué ici les strictes règles u réalisme. Mais, en même temps, comme ce personnage est vivant, et vraisemblable! C’est une charge évidemment, mais chaque trait est le renforcement d’un … ravers réel, bien observé. | ca | 4 Le comique jaillit continuellement du contraste entre : € grandiose, l’héroïque des aspirations de Tartarin et la pleutrerie de son caractère ou la banalité mesquine du milieu tarasconais. Cette opposition se concrétise sous la forme de Tartarin-Quichotte et de Tartarin-Sancho, et l'auteur prend plaisir à faire dialoguer ces deux «génies» qui se disputent l’âme du grand homme. .

Il est inutile de consigner ici la trame du roman. Que Tartarin en arrive, presque malgré lui et entraîné par sa réputation, à chasser le lion en Algérie, et qu’il revienne glorieux de là-bas, après avoir abattu, pour tout BIDIEr, un bourriquot et un vieux lion apprivoisé et aveugle, … cela ne peut avoir d'intérêt que pour celui qui suit le à détail de ses aventures ef qui savoure la manière alerte 2 et vivante dont elles sont racontées. ne | Citons un passage qui nous donne une idée du milieu | dont l'influence pesa si fort sur la destinée du futur chas- seur de lions. Nous sommes au temps où Tartarin n'avait jamais quitté la bonne ville de Tarascon :

. Une fois cependant, Tartarin avai grand voyage. Si EME Les trois frères Garcio-Camus, des Tarasconnais établis à Shang- Haï, lui avaient offert la direction d’un de leurs comptoirs là-bas.

Ca, par exemple, c'était bien Ja vie qu'il lui fallait. Des affaires De considérables, tout un monde de commis à gouverner, des relations avec la Russie, la Perse, la Turquie d’Asie, enfin Je Haut Com-

t failli partir, partir pour un

merce.

Dans la bouche de Tarta pparaissait d’une hauteur! :

La maison de Garcio-Camus avait, en outre, cet avantage qu’on y recevait quelquefois la visite des Tartares. Alors vite on fermait les portes. Tous les commis prenaient les armes, on hissait le drapeau consulaire, et pan! pan! par les fenêtres, sur les Tartares. * Avec quel enthousiasme Tartarin-Quichotte sauta sur cette pro: position, je n’ai pas besoin de vous le dire; par malheur, Tartarin- Sancho n’entendait pas de cette oreiïlle-là, et comme il était le plus [E fort, l'affaire ne put pas S’arranger. Dans la ville, on en parla beau- x coup. Partira-t-il? ne partira-t-il? Parions que si, parions que non. Ce fut un événement. En fin de compte, Tartarin ne partit pas, mais, toutefois, cette histoire lui fit beaucoup d’honneur. Avoir failli aller à Shang-Haï ou y être allé, pour Tarascon, c'était tout comme A force de parler du voyage de Tartarin, on finit par croire qu’il en … revenait, et le soir, au cercle, tous ces messieurs lui demandaie des renseignements sur la vie à Shang-Haï, sur les mœurs, le climat, l’opium, le Haut Commerce.

Tartarin, très bien renseigné, donnait de bonne grâce les détails qu’on voulait, et ma fine ! à la longue, le brave homme n'était bien sûr lui-même qu’il n’était pas allé à Shang-Haï, tellement qu racontant pour la centième fois la descente des Tartares, il en arri- vait à dire très naturellement : « Alors, je fais armer mes commis, je hisse le pavillon consulaire, et, pan! pan! par les fenêtres, sur les Tartares. » En entendant cela, tout le cercle frémissait…

— Mais alors, votre Tartarin n’était qu’un affreux menteur.

— Non! mille fois non! Tartarin n’était pas un menteur.

— Pourtant, il devait bien savoir qu’il n'était pas allé à Shang- Haï! FA:

— Eh! sans doute, il le savait. Seulement. Le

Seulement, écoutez bien ceci. Il est temps de s'entendre une fois pour toutes sur cette réputation de menteurs que les gens du ‘d ont faite aux méridionaux. Il n'y a pas de menteurs dans le Midi, pas plus à Marseille qu’à Nîmes, qu’à Toulouse, qu’à Tarascon. L'homme du Midi ne ment pas, il se trompe. Il ne dit pas toujours la vérité, mais il croit la dire... Son mensonge à lui, ce n’est pas du mensonge, c’est une espèce de mirage.

- Oui, du mirage !.. Et pour bien me comprendre, allez-vous-en dans le Midi, et vous verrez. Vous verrez ce diable de pays où le |, soleil transfigure tout, et fait tout plus grand que nature. Vous verrez ces petites collines de Provence pas plus hautes que la butte Mont- É martre, et qui vous paraîtront gigantesques ; vous verrez la Maison carrée de Nîmes, — un petit bijou d’étagère, — aui vous semblera

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aussi grande que Notre-Dame. Vous verrez... Ah! le seul menteur du Midi, s’il y en a un, c’est le soleil... Tout ce qu’il touche, il l’exagère !.. Qu'est-ce que c'était que Sparte aux temps de sa splendeur? Une bourgade. Qu'est-ce que c'était qu’Athènes ? Tout au plus une sous-préfecture. et pourtant, dans l’histoire, elles vous apparaissent comme des villes énormes. Voilà ce que le soleil en a fait.

PS Vous étonnerez-vous, après cela, que le même soleil, tombant sur Tarascon, ait pu faire d’un ancien capitaine d’habillement comme Bravida, le brave capitaine Bravida, d’un navet un boabab, et d’un homme qui avait failli aller à Shang-Haï un homme qui y était allé? (1).

Dans Tartarin sur les Alpes (1885) et dans Port- Tarascon (1890), Daudet a essayé de renouveler son Sujet sans parvenir à s’égaler. Il y a encore, certes, des

péripéties fort comiques dans cette transformation du tueur de lions en alpiniste et en fondateur de colonie, mais ces aventures languissent après celles d'Algérie.

La meilleure partie de Port-Tarascon est celle qui

raconte les préparatifs du départ enthousiaste des Taras-

. Connais pour la Polynésie. Un aventurier belge, le prétendu duc de Mons, a fait miroiter devant leurs yeux

éblouis l’affaire superbe de l’établissement d’une colonie tarasconnaise et, comme de l’amadou, ces braves Méridionaux ont pris feu.

Le reste du récit traîne un peu. La déconvenue là-bas, les malheurs des colons, l’inutile confiance de Tartarin en butte à la colère de ses administrés, son mariage avec la fille du roi nègre Négonko, le bombardemnt des misérables baraques de Port-Tarascon par un navire anglais, le retour à Tarascon de « Napoléon » prisonnier, son procès, son acquittement et sa mort : toutes ces aventures

CL Se

(1) Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, p. 18 (Fayard).

’ont plus la même spontanéité. L'on se rend compte que

l’auteur épuise jusqu’au bout un filon qui lui a valu le succès ; son imagination s’enfle et se travaille pour attein-

dre à la verve d'autrefois. Et puis, l’on se demande: Ad”

quid ? Et l’on sent le vide de ce rire, qui ne conduit plus

à rien.

Cependant, Tartarin est un parent éloigné des Bone : et Pécuchet. Il fait de la colonisation comme les deux 1 bonshommes faisaient de l’agriculture ou de la médecine. Bien sûrement, ces deux-là étaient aussi du Midi. C'ést la même confiance naïve dans sa science toute récente qui fait que Tartarin perd son temps à étudier le papoua, à mais un papoua qui n’est pas la langue de la peuplade du roi Négonko, et qu'ayant lu tous les récits des navi-.

gateurs, connaissant par cœur Cook, Bougainvilleet

œuvres de Daudet pour apprécier l’ensemble des « tarta-

d’Entrecasteaux, il accueille cérémonieusement le roi . nègre en se frottant le nez contre le sien, témoignage d'amitié qui n’était plus en usage depuis fort longtemps dans cette île. +2

Nous avons interverti l’ordre chronologique des …

rinades ». Remontant à l’année 1874, nous rencontrons a

des sujets bien différents. - Fromont Jeune et Risler Aîné (1874) est une ol à à

de mœurs parisiennes. Elle nous raconte la vie luxueuse à "à

et désordonnée d’une ancienne petite ouvrière, devenue

l’épouse de Risler aîné, habile travailleur qui a fait for-

tune. Les folles dépenses de cette femme amènent la

. débâcle financière dans l'usine de papiers peints que diri- 1

* gent Risler et son associé Fromont jeune. Elle accule au Ë

À désespoir Risler qui, trahi et déshonoré, se donne la

ss Série

mort.

ve

ge accessoire

tre ». Sa femme et sa fille, convaincues du bel avenir 4 qui l’attend, seules admiratrices de son talent de comê-

, travaillent dur pour entretenir son oisiveté. Leur … tier consiste à monter des oiseaux et des mouches our orner les chapeaux à la mode. END

ne. Ces deux femmes infatigables avaient un but, une idée fixe qui | les empèchaient de sentir le poids des veilles forcées. C'était la … £loire dramatique de l’illustre Delobelle. Ste Depuis qu’il avait quitté les théâtres de province pour venir jouer la comédie à Paris, Delobelle attendait qu'un directeur intelligent, ce directeur idéal et providentiel qui découvre les génies, vint le chercher pour lui offrir un rôle à sa taille. Peut-être aurait-il pu, Surtout au commencement, trouver un emploi médiocre dans un © théâtre de troisième ordre, mais Delobelle ne voulait pas se gal- . vauder. CEA : | .

Il aimait mieux attendre, lutter, comme il disait! Et voici de quelle façon il entendait la lutte. 1 Le matin dans sa chambre, souvent même dans son lit, il repassait des rôles de son ancien répertoire ; et les dames Delobelle frisson- naïient en entendant résonner derrière la cloison des tirades d’Antony ou du Médecin des enfants, déclamées par une voix ronflante, qui … se mêlait aux mille bruits de métiers de la grande ruche parisienne. Puis, après le déjeuner, le comédien sortait jusqu’à la nuit, allait - faire « son boulevard », c’est-à-dire se promener à tout petits pas entre le Château-d’Eau et la Madeleine, le cure-dent au coin de la bouche, le chapeau un peu incliné, toujours ganté, brossé, reluisant. Cette question de la tenue avait pour lui beaucoup d’importance. C'était une de ses plus grandes chances de réussite, l’appât pour le directeur, — ce fameux directeur intelligent, — à qui l’idée ne “serait jamais venue d’engager un homme râpé, mal mis. = Aussi les dames Delobelle veillaient Soigneusment à ce que rien ne lui manquât; et vous pensez s’il en fallait des oiseaux et des mouches pour arriver à nipper un gaillard de cette carrure! Le comédien trouvait cela très naturel (1). E

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