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assimilerait facilement sainte Thérèse (p. G. | confusions d’idées, fort regrettables en un s ijet où qi ques bonnes distinctions seraient très opportunes. Le fanatisme règne en maître à Port-Sauveur :
aa Port-Sauveur, l'éducation est exclusivement religieuse, réduite x versets de la Bible d’où sont tirés toutes les leçons, les exemples ronde et de courante, jusqu'aux abécédaires. à images. Si grande est la foi de Jeanne Autheman dans l'Evangile, qu’elle pense que, même incompris, il agit sur les néophytes à la façon des transcriptions du Coran dont les Arabes se bandent le front lorsqu'ils -sont malades. Et c’est pitié de voir le plus admirable des livres ânonné, bégayé, bâillé par ces voix de petits paysans, chaud et souillé par la crasse de leurs mains et les larmes de leur paresse. à x Le jeune Nicolas, l’ancien pensionnaire de la Petite-Roquette, est le produit perfectionné de ce mode d'éducation; aussi occupe-t-il presque toujours le bout d'honneur vis-à-vis de la présidente. Celuilà sait l’Ecriture par cœur, tous les Evangiles, selon Luc, Jean, Marc, Mathieu, le Deutéronome, les psaumes, les épîtres de Paul; et à tout propos, sans qu’on l’interroge, il fait tout haut une citation … inconsciente, inarticulée, qui semble sortir du cornet d’un phono- graphe. Autour de lui, on se tait et on admire : C’est Dieu qui parle par la bouche de l'adolescent. Et quelle bouche ! Quand on pense à tout ce qu’elle charriait d’impiétés et d’abominations, il y a trois ans, sûr le préau des jeunes détenus! N ’est-ce pas miraculeux, et “ ca le plus éclatant témoignage en faveur des écoles évangéliques? D'autant qu’il reste encore sur Nicolas quelques souillures de Pancien péché, mensonge, gourmandise, prévarication; et que l’on a Souvent l’édifiant spectacle des combats que se livrent le bon et le - Mauvais esprits dans cette conscience mal blanchie, dans cette … parole où l’Ecclésiaste corrige à grand’peine l’argot des prisons (1).
Jci, comme toujours, le talent d'observation de Dau-* det s’exerce sur le détail qui campe le personnage. Ce
sera pour M. Lorie, ancien sous-préfet, fiancé d’Eline, le geste distingué d’un Sautillement de binocle au bout du doigt; pour M" Briss, ancienne religieuse, une exal-
(1) L'Evangéliste, pp. 73-74 (Fayard). :
ire, la manie Se prononcer des oraisons Httrens Sapho (1884) rentre de plain pied dans le pe
ne il a que sa maîtresse a un Fe:
: Le Le reste du roman n “est que L histoire des ef
Æ Do suivies de rechutes de chnses Le livre porte en dédicace: « Pour mes fils quand auront vingt ans ». Daudet, sûrement, a visé un 4 moral : montrer les déplorables effets du manque d’éne ne + gie en matière passionnelle. Il a voulu prémunir contre : l'influence déprimante | des femmes perverses. Mais ilest … L regrettable qu’il ait présenté le vice sous des couleurs trop vives et que son livre, au lieu d’être un contrepoison, en devienne lui-même dangereux.
D'ailleurs, le roman tout entier se déroule dans
monde des faux ménages, à peu près comme s’il ne tait que ce monde-là. Et, encore une fois, l’idée de Die Best absente !
3 Daudet semble choisir, pour chacun de ses livres, u un vice où un travers de l’humanité: faiblesse de volonté, FE : vanité et vantardise, fanatisme, mystique, insouciance
de caractère, etc. Le choix fixé, il crée un type qui réalise ce ridicule avec une exagération tragique où : comique, selon le cas. Dans l’immortel (1888), il fla- Ile, : avec une âpreté injuste, l'ambition qui pousse les
. €crivains à la conquête d’un fauteuil à l’Académie française. à
Astier-Réhu est devenu membre de l’Académie grâce
aux intrigues de sa femme. Il avait publié, il est vrai,
quelques volumes d’histoire dont il fait grand état. Mais
ils lui vaudront, à la fin de sa carrière, la honte et le
désespoir, quand on découvrira que les pièces autographes qui servirent de base à ses études sont l’œuvre d’un faussaire. Accablé en même temps de chagrins domestiques, le malheureux secrétaire perpétuel (il détenait ce nouveau titre depuis la mort tant désirée de son
collègue Loisillon) se jette dans la Seine, après un der-
nier regard jeté sur la coupole de l’Institut, cause première de tous les revers de sa vie. |
À côté de l’académicien, il y a le portrait du candidat à l’Académie, Abel de Freydet, qui peu à peu se laisse envahir par la fièvre de son élection. Toute sa vie et toutes ses pensées se dirigent vers ce but.
Cette amère satire du monde académique ressemble si bien à un pamphlet, qu’on l’a crue inspirée par la déception de l’auteur. C’est ce qui a déterminé Daudet à écrire la courte préface suivante :
Les insinuations de quelques journaux, voulant faire de l’Immortel l’expression d’une vulgaire rancune de candidat évincé, m'obligent à mettre en tête de cette nouvelle édition la lettre que j’écrivais au Figaro, il y a cinq ans: ÿ
- « Je ne me présente pas, je ne me suis jamais présenté, je ne me présenterai jamais à l’Académie. » ce
Assurément, un roman comme celui-ci lui en fermait les portes à jamais. Faut-il dire qu’en outre il ne prouve rien ? L’exagération voulue y dénature la réalité, malgré
Je grand nombre de traits justes et de coups bien appli-
qués. L’Académie française est une institution très hono-
SR L doiés
; | Fe.
rable en elle-même, qu’il ne sert à rien de ridiculiser de cette façon, pas plus qu’il n’est utile de se moquer en bloc du clergé, de l’armée ou de la magistrature. Or, 7 l’Immortel est certainement un livre tendancieux; il ne
se contente pas d'étudier les abus ou les travers qui
; Ce Pa
rs.
se manifestent dans l’Académie ou autour d’elle, mais
il s’attaque à l'institution elle-même. Il semble, après la
lecture de Daudet, qu’il n’y ait pas moyen d’en être membre sans se prêter aux compromissions, aux vilenies
qui salissent les personnages de l’Immortel (1). Pour citer quelques-uns des traits perfidement lancés, il faut les prendre de-ci de-là, car ils sont jetés en pas-
sant. L'académicien a indiqué au candidat le moyen d’en-
trer dans la compagnie :
Astier-Réhu m'a bien recommandé de ne rien dire, mais de fré-
quenter les milieux académiques. Me montrer, qu’on me voie, c’est plus important que tout.
Un ami ce Freydet, qui professe le DE grand Ep #4 |
pour l’académie, fait la leçon au candidat :
Méfie-toi, mon Freydet… Je connais ce coup-là, c’est le coup du racolage.. Au fond, ces gens se sentent finis, en train de moisir sous leur coupole. L'Académie est un goût qui se perd, une ambition passée de mode... Son succès n’est qu une apparence. Aussi
depuis quelques années, l’illustre compagnie n'attend plus Je client S à chez elle, descend sur le trottoir et fait la retape. Partout, dans le
monde, Le ateliers, les librairies, les couloirs de théâtre, tous les milieux de littérature ou d’art, vous trouvez l’académicien racoleur
s ANRT MELON AT
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souriant aux jeunes talents qui bourgeonnent : « L'Académie a l'œil
sur vous, jeune homme !.. » Si le renom est déjà venu, si l’auteur en est à son troisième ou quatrième bouquin, comme toi, alors l’invite est plus directe: « Pensez à nous, mon cher, c ’est le moment... » Ou brutalement, dans une bourrade affectueuse : « Ah ça! décidément, vous ne voulez pas être des nôtres ?.. » Le coup se fait
(1) Le sous-titre de Mœurs Parisiennes se justifie suffisamment pour ne pas recommander à tous cette lecture.
Sinuant, plus en eur,
eur de l’Arioste, fabricant de
on
S = l’Académie est . » Bon sang de Dieu! ce qu’elle a servi cette phrase-là 5 Académie est un salon. elle ne reçoit pas l’œuvre seulement, 4 l’homme... » En attendant, c’est le racoleur qui est reçu, yé, de tous les diners, de toutes les fêtes. Il devient le para- À adulé des espérances qu’il fait naître et qu'il a soin de cul
faire tort au romantisme si caractérisé du Petit Chose qui St le René de Daudet, un René moins solennel, mais aussi impressionnable que celui de Chateaubriand. Per- Sonnalisme, mélancolie, communion avec la nature, oute la Iyre romantique résonne ici, avec, il est vrai, une à ointe d’ironie inconnue aux héros des Naichez. Rapelez-vous cet autre René, Jocelyn, en pleurs au moment quitter la maison paternelle : ; de.
PR Poe
J'écoutais chanter l’eau dans le bassin de marbre ;
Je touchais chaque mur, je parlais à chaque arbre. <
Et je disais à tout un adieu sympathique. RES = Et de tout emportant quelque chère relique, Je remplissais mon sein de feuillage roulé (2)
LIT ET, EE AE CR SE PE PR EU Vo
Et comparez-lui le petit Chose qui, encore enfant, à Trouve lé même désespoir à quitter le jardin de 4 M. Eyssette : 1” À
Pallais m’asseoir dans tous les coi utour de moi, je disais aux platanes :
HF à
ns et, regardant les objets « Adieu, mes chers amis PRE
(1) L’Immortel, p. 30 (Calmann-Levy).
(2) Voir Première Partie, p. 119 de la 5e édition.
uges S "épanouissaient 2 au ah. je lui dis en sanglotant : « Donnei une de tes fleurs ». I1 me la donna. Je la mis dans ma poitr u
n souvenir de lui. J'étais très malheureux » (1). Mais par contre, Daudet a bien la méthode de travai ‘un réaliste. Il observe comme F1! aubert et, comme lui, il saisit le détail qui met ses « types » en relief. Comme lui encore, il se documente. Avant d'écrire Jack, il monte et redescend la Loire sur une méchante barque, visite “en détail les chambres de chauffe des transatlantiques, étudie les applications techniques des grandes indus- | tries (2)..
D'ailleurs, sans même penser au travail futur, il lle tionne « une multitude de petits cahiers sur lesquels les remarques, les pensées n’ont parfois qu’une ligne serrée,
de quoi se rappeler un geste, une intonation.. A Paris, en voyage, à la campagne, ces carnets sont noircis sans y penser (3)... » De là le pittoresque et la vie répandus dans tous ses ouvrages. Appelons cela réalisme, mais ne - le confondons pas totalement avec celui de Flaubert, qui î reste impersonnel et froid. Daudet est une âme tout en dehors, qui vibre avec ses personnages, partage leurs joies et subit le on de ses propres inventions. Le style participe à cette fébrilité; il est léger, frin 4 gant, plein de vie. Les conjonctions ne l’alourdissen pas, les verbes sont supprimés, et l'emploi fréquent de « l’ablatif absolu » révèle une audacieuse indépendance des règles syntaxiques et donne à la phrase une allure
(1) Le Petit Chose, p. 7.
(2) Cfr. Trente Ans à Paris, pp. 272-271.
3) Ibid. p. 301.
rapide et saccadée (1). Les descriptions, la plupart du temps, sont des énumérations, où les substantifs s’alignent comme dans un inventaire (2).
Les comparaisons neuves, les trouvailles d’expressions sont un des charmes de ce style si original et, somme toute, si naturel. Nous avons fait allusion plus
haut à la poésie familière qu’il répand sur toutes choses,
ce qui lui donne tant de grâce et de fraîcheur. Un autre procédé très employé est la répétition.
Tantôt, comme dans le Sous-préfet aux champs (3), les
fins de phrases sont reprises immédiatement comme un écho; tantôt, un refrain souligne l’idée centrale d’un développement (4).
Tout cela montre que cette forme si prime-sautière est plus travaillée quelle n’en a l’air. Et nous pouvons en croire l’auteur du Petit Chose, qui nous apprend quelque
part qu’une fois fini le brouillon de son livre, commen-
çait pour lui «la seconde copie, partie douloureuse du travail, contraire surtout à sa nature d’improvisateur (5) ».
(1) « On vit débouler d’une ruelle en pente un gros court, guêtres blanches, cravate blanche, chapeau de soie et: grâces frétillantes de médecin de ville d’eau qui, de loin, faisait des signes avec son ombrelle. » (L’Immortel, p. 79.)
« La farandole défilait, les bras étendus... » (Numa Roumestan, p. 166).
« I] demande un bain... et pendant qu’ ’on prépare cela, le fracas. de l’eau derrière lui, il fume son cigare à la fenêtre. » (Le Nabab, p. 345). |
(2) Voir, par exemple, dans Tartarin de Tarascon, p. 34 et ss., la
description du.port de Marseille.
(3) Lettres de mon Moulin.
(4) Voir dans Tartarin: « Lion de l’Atias, dormez! » (p. 53) où dans le Nabab : « M. de Monpavon marche à la mort », p. 343.
(5) Trente Ans de Paris, p. 69.
Ébarhes Reis (1808- 1889) L'homme. — Néà SARÉ Sa EUE fe Vicomte, de la Manche, le 1* novembre 1808, Jules Barbey d’Aure- villy resta toute sa vie très aftaché à sa Normandie, dont les paysages sont décrits con amore dans ses romans. : … Hi ee une famille restée ae aux HARLÈES de l ancier à
| droits ue leurs vieilles idées, qui mr ee ; exemples un peu secs, royalistes et catholiques, du fo: paternel, et dont il se souvint par la suite, en ses rom et nouvelles » (1).
À l’université de Caen, où son père l’avait envoy. NA : étudier le droit, Barbey fonda un organe politique de … 4 combat, la Revue de Caen, qui mourut après son second e. numéro. Ses études terminées, il aurait voulu se lancer 1 dans la carrière des armes, bien apparentée à son re | : ère, mais son père, toujours fidèle aux Bourbons, S’
à 4 épée, la plume, cette plume qu’il mania toujours :: comme une épée étincelante.
Fe Les débuts, à Paris, furent assez difficiles et, à vrai 4 dire, ce « duc de Guise de la littérature », comme le sur- nomma Lamartine, ne connut jamais ni l’aisance ni la gloire. Il collabora, au hasard des circonstances, à de Dour journaux et revues, la plupart sans grande
2 (D) FERNAND CLERGET, Barbey ouths p. 14.
LE
notoriété, et, comme nous l’apprennent les Memoranda
qu'il écrivait à cette époque, il souffre de l’inutilité de
sa vie, de l'indifférence religieuse dans laquelle il est __ tombé, de la brouille avec ses parents et avec son frère,
qui est entré au séminaire de Coutances.
En 1846, grâce en partie à l'influence de Raymond
Brucker récemment converti, Barbey revint aux croyan-
ces catholiques, et il se mit bientôt à les défendre, en
qualité de directeur de la Revue du Monde catholique,
avec la passion et l’intransigeance qu’il apportait en tous ses écrits.
Après plusieurs romans qui passèrent assez inaperçus, parut Une Vieille Maîtresse (1851), dont les peintures sensuelles jetèrent le discrédit sur la qualité du catholi-
cisme de leur auteur.
D'autres romans suivirent, meilleurs ou pires, et concurremment avec eux, les volumes de critique qui, réunis sous le‘titre Les Œuvres et les Hommes, consti-
tueront la partie la plus intéressante et la moins vieillie de l’œuvre de Barbey d’Aurevilly. La série de ces vingt- six volumes était loin d’être achevée quand Barbey mou-
rut à Paris, en 1889, et pendant dix ans, les Œuvres et les Hommes continuèrent à s’enrichir de nouveaux recueils, grâce aux soins de M'° Louise Read, qui recueillit avec un respectueux dévouement les articles de critique
épars dans des publications éphémères.
Jules Barbey d’Aurevilly est certes l’une des figures les plus originales de la littérature du XIX° siècle. Peutêtre vise-t-il un peu trop à l’excentricité de l'attitude et du costume, alors que l'éclat de son style suffirait à attirer les regards. Les singularités de sa personne proviennent-elles réellement du dédain aristocratique pour
les convenances de la société, ou ne sont-elles qu un + moyen inspiré par la vanité pour forcer l'attention ?
idées défendues par l'écrivain, car on fut tenté de croire
que la crânerie de celles-ci provenait du même souci de
paraître.
Rien n’est plus sincère, cependant, ni plus el que les affirmations provocantes et les jugements catégo-
riques de Barbey d’Aurevilly. I1 se peut qu’ils renversent
Quoi qu’il en fût, elles firent certainement du tort aux
toutes les opinions reçues et se contredisent parfois entre
eux ; au moment où ils sont proférés, ils sortent naturel-
en du bouillonnement des sentiments de l’auteur. Et
celui-ci leur communique toute la puissance de son. robuste tempérament d'écrivain, qui avait le don souverain d'exprimer ses idées en un style flamboyant. Selon … le mot très juste d’un de ses admirateurs, sa caractéris-
tique est la force, mais « une force aigrettée de fierté et grondante de mépris » (1).
Les œuvres. — Quelques-unes, choisies parmi les
principales, suffiront à faire connaître L genre du ro-.
mancier et du critique.
Le Chevalier des Touches (1864) tient une bonne | place parmi les « chouanneries » que Barbey d’Aurevilly
s’est compiu à raconter. Les glorieux faits d'armes y sont narrés avec brio; comme les héros qu’il met en