BARBEY D "AUREVILLY
« ceci de ae et Bonald, Blanc Saint-Bonnet co
Brücker, Gratry et Lacordaire, bien d’autres encore, et
surtout les livres qui, pour un catholique, sont la moelle des lions : les ouvrages de saint Augustin, de saint Thomas, des principaux Pères de l'Eglise, voilà de quoi il nourrit généreusement son esprit... C’est son savoir théologique qui lui a procuré une assurance extrême, un aplomb redoutable, dans ses appréciations sur des traités, au sujet desquels la plupart des critiques confessaient humblement leur incompétence » (1). LUS Et, bien qu’il s’agisse souvent, dans Philosophes et Ecrivains religieux, de livres oubliés et de philosophies mortes aujourd’hui, Barbey reste intéressant et vivant : la baguette magique de son style fait revivre ces cadavres de systèmes ; il présente les plus austères doctrines
avec le relief d'imagination d’un poète. C’est le triom-
phe de la métaphore neuve, hardie et, puisque c’est un romantique qui écrit, familière. Faisant fi de la noblesse des classiques, il se croit le droit, même pour exprimer les plus hautes idées, d’user de tous les mots du dictionnaire, pourvu qu'ils mettent sa pensée en bonne lumière. À propos d’un M. Jourdain qui avait, en deux volumes, étudié la philosophie de saint Thomas, et dont le style avait une gravité approchant de la lourdeur, il écrit :
Avec son style naturellement sans couleur, ce style blanc et doux que l’abstraction a blanchi encore, il n’a fait aucun mal aux yeux des: hommes à conserves qui avaient à le juger, et ils ont tous apprécié infiniment cette flanelle (1).
Parlant de l'abbé Gorini, un savant enflammé d'amour pour l'Eglise, il décoche à une école en vogue
la jolie comparaison que voici:
(1) François Carez, Gazette de Liége, 17 novembre 1912. (2) Philosophes et Ecrivains religieux, 1"° série, p. 8.
: Ch De.
5 Pérfois, ce brio dépasse | mesure et le bon goût. : fait trop d’esprit, quand, à propos de er éclate cette : itraille de pois %
pi d, qui est fin et cambré, dans les vieilles savates d’ ne de À ssi s’est-il bien gardé de l’y mettre. Je viens de dire où il l’a mis, pe et, malgré tout ce qui m'a déplu dans cette hideuse histoire des 3 “ Ratés où tout est raté, la grâce de celui qui a écrit toute cette raterie 2 est si forte, qu ’elle ne ratera pas (2). 1 È
Citons encore comme bouquet final, ce délicieux por- #4 tr it du romancier aristocratique qui fut un temps le 4 favori de la société QU :
ee ae 4 talent bien nt et arrivé à l'Académie où il est “encore un des plus élégants de !” endroit, Octave Feuillet, qui aurait pu donner, avant qu’il fût inventé, une idée du vélocipède, a filé jusque-là, tranquillement et sans rien accrocher, sur les roulettes | de la Fortune, et il continue de filer comme il a commencé. Les roulettes vont toujours. Bon an, mal an, cet écrivain, la veine sans . déveine, — et qui ne s’ouvre pas les veines pour faire un livre, : comme les affreux passionnés du génie, — pond et lèche son petit oman, mondain et moral, à travers la minceur transparente quels on voit, comme le poisson dans un filet d’eau, la pièce de théâtre qu’il en tirera. Octave Feuillet a mis son talent en coupe réglée. Malheureusement, c’est toujours le même bois qu’il coupe et le ee même manière de le couper ! (3): œ
(1) Philosophes et Ecrivains religieux, P. 164. (2) Le Roman contemporain, p. 158.
(3) Ibid., p. 23.
Séverin qu’il décrira plus tard, à plusieurs reprise: avec « sa futaie de palmiers dont un fruit tombe en u gouîte de sang, en un rubis de veilleuse, devant le tabe nacle » (1). à or . Après ses années de lycée, dont il évoque la tristesse à et là dans ses ouvrages, il commença ses études droit pour les interrompre aussitôt et entrer au Mi tère de l’Intérieur, où il est resté trente-deux ans (2).
Ses débuts littéraires remontent à l’année 1874. C î alors qu’il publie le Drageoir aux Epices, suivi de p S°: È d’une série de romans où l’influence de Zola se mani- - È feste, avec cette différence toutefois que le disciple est }
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plus raffiné de langue, plus avide de mystère que : son he maître. ae,
A partir d'A Rebours, l’on peut dire que /? auteur est. 2 « en route » vers le christianisme, dont, depuis sa première communion, il avait abandonné toute pratique et qui avait péri en lui par les sens. Mais il lui faudra encore dix ans avant de revenir à l'Eglise par le chemin ; du satanisme ! ee Weil 4 raconté l’histoire de la dernière étape de sa conversion dans En Route. À quarante-cinq ans, talonné
(1) La Bièvre et Saint-Séverin, p. 180. ne (2) J.-K. Huysmans, Pages catholiques. Préface de l'abbé Done Paris, Stocx. Ce FES qui donne la plus ns
ar la grâce, fatigué de ses doutes, écœuré de ses mi- E sères morales, il se rend à la petite Trappe de Notre- Dame d’Igny, située près de Fismes, sur les confins de 4 l’Aisne et de la Marne. Là, il fait une retraite, se con- fesse et communie.
:4e __ Après quelques hésitations à entrer dans |’ Ordre de Saint Benoît, il se fixe à Ligugé, en face du monastère bénédictin, en qualité d’oblat, pour vivre du moins à l'ombre de l’abbaye et assiste tous les jours, avec une . admirable régularité, à l'office des moines. I1 vit là deux ans, après quoi l’exil des religieux le force à rentrer à à Paris, où il meéurt en 1907, après les longues et terribles La Fe souffrances du cancer, Supportées avec la résignation d’un saint.
pe Ces notes biographiques se complèteront par l'étude des œuvres, si étroitement mêlées à sa vie.
Les œuvres. — Certes, ils ne sont pas recommanpes, les premiers livres de Karl Huysmans! Adul- tères et concubinages, c’est le résumé d’En Ménage D (1881) où le détail réaliste et répugnant apparaît trop Souvent; œuvre d’ailleurs dépourvue de toute moralité : __etn aboutissant qu’au pessimisme déprimant. La langue Sn est déjà celle de Huysmans et le caractère de l’ auteur se manifeste dans cette abondance des détails culinaires < on retrouvera dans En Route et la Cathédrale. Dans A Rebours (1884), Huysmans met en scène un personnage bien singulier, le même au fond qui, dans les ouvrages suivants, portera le nom de Durtal. Ce des Esseintes est un névrosé, un césabusé de la société. | Il décide de s’enf ermer comme un reclus dans sa maison … de Fontenay, où sa misanthropie le porte à vivre « à … rebours », à prendre le contrepied des habitudes humai- L
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nes: il dort le jour, déjeune à cinq heures du soir, dîne vers minuit, soupe le matin, servi par deux vieux do-
mestiques qui ont ordre de ne lui parler que par monosyllabes; il ne lit pas les journaux; des goûts bizarres
et pervertis le portent à tout ce qui est monstrueux et
artificiel, dans la nature, l’art, la littérature, la morale. C'est un malade d’esprit et de cœur, un égoiste blasé qui cherche des sensations neuves, lesquelles d’ailleurs le laissent tout aussi mécontent de lui-même. Il s’est fait fabriquer ce qu’il appelle un « orgue à bouche », c’està-dire une série de petits barils à liqueurs, étiquetés « flûte, cor, voix céleste », grâce à quoi il combinait des « symphonies intérieures » :
Chaque liqueur correspondait, selon lui, comme goût, au son d'u un
instrument. Le curaçao sec, par exemple, à la clarinette, dont le chant est aigrelet et velouté ; le kummel au hautbois dont le timbre
sonore nasille, la menthe et l’ anisette, à la flûte, tout à la fois sucrée
et poivrée, piaulante et douce; tandis que pour compléter l’orchestre, le kirsch sonne turieusement de la trompette ; le gin et le whisky emportent le palais avec leurs stridents éclats de pistons et de trombones, l’eau-de-vie de marc fulmine avec les assourdissanis vacarmes des tubas, pendant que roulent les coups de tonnerre de Ja cymbale et de la caisse frappés à tour de bras, dans la peau de la bouche, par les rakis de Chio et les mastics ! (1).
Il opère de même pour la vue en tapissant ses appar-
tements d’hétéroclites agencements de couleurs, et pour l’odorat, en opérant des sélections de parfums, dont chacun doit éveiller en lui des impressions et des sentiments déterminés. :
La nature ne présente d’intérêt pour lui que si elle est extraordinaire : les fleurs, pour lui plaire, doivent avoir
De LT air artificiel, et il cherche avidement les orchidées les
plus extravagantes. Une énorme tortue lui tient compa-
(1) À Rebours, p. 63 (Charpentier).