‹ RomanciersChapitre 37 sur 69 · PR PT À · texte numérisé non relu

PR PT À

ens, au milieu d’une nature tiède et parfumée, fait songer aux heureux sauvages de Bernardin de a |

De style un peu trop haché, de composition fort dé- cousue, ce livre manque de cette unité que nous trouve- rons ailleurs, par exemple dans le Pêcheur d’Islande. Mais il contient des pages impressionnantes :

Qui peut dire où réside le charme d’un pays? Qui trouvera ce quelque chose d’intime et d’insaisissable E rien n’exprime dans

à les langues humaines ?

Il y a dans le charme tahiîtien beaucoup de cette tristesse étrange qui pèse sur toutes ces îles J'Océanie, — l'isolement dans l’immen- Sité du Pacifique, — le vent de la mer, — le bruit des brisants, —

L l'ombre épaisse, — la voix rauque et triste des Maoris qui circulent en chantant au milieu des tiges de cocotiers, étonnamment fa blanches et grêles…. 2 On s’épuise à chercher, à saisir, à exprimer. effort inutile, — ce

< quelque chose s'échappe, et reste incompris..

J'ai écrit sur Tahiti de longues pages; il y: a là-dedans des détails

jusque sur l’aspect des moindres petites plantes — jusque sur L physionomie des mousses.

Qu'on lise tout cela avec © la meilleure volonté du monde, — eh bien, après, a-t-on compris ?.. Non assurément. © “Après cela, a-t-on entendu, la nuit, sur ces plages de Polynésie

toutes blanches de corail, — a-t-on entendu, la nuit, partir du fond | des bois le son plaintif d’un vivo (1) ?.… ou le beuglement lointairr' des trompes en coquillage ?.. (2).

Le Roman d’un Spahi (1881) est le récit triste et . désespérant de la chute morale, des malheurs et de ie 4 lugubre fin d’un spahi au Sénégal. é

Fils de braves paysans des Cévennes, fiancé avant le 3 near à une honnête jeune fille, mais déjà contaminé ;

(1) Vivo, flûte de roseaux.

(2) Le Mariage de Loti, p. 69 (Calmann-Lévy).

‘4 de: mauvaises reite Jean Peyral avait dé- barqué, étourdi et dépaysé, sur cette côte torride, où l'ennui et l'exemple de ses camarades eurent tôt exercé leur influence énervante sur ce caractère incapable de réagir contre le milieu. Il en arrive à être l’esclave d’une | passion ridicule et insensée pour une jeune négresse du nom de Fatou-gaye.

Cette liaison dure les années de son séjour là-bas, avec des interruptions de colère contre les tromperies et les 4 vols de sa sauvage maîtresse. Les lettres de sa mère, des bonnes et naïves missives de paysanne pleine de con- … fiance dans la vertu de son fils, viennent de temps en temps lui rappeler la vie honnête qui l’attend au Pie natal. : 02 | ‘Un jour, une de ces lettres lui apporte la nouvelle du £ | prochain mariage de sa fiancée, qui a d’ailleurs appris | sur le compte du spahi des choses à quoi elle ne voulait pas, disait-elle, ajouter foi. Alors le malheureux songe à retourner dans les Cévennes, pour embrasser ses vieux parents et revenir ensuite définitivement au Sénégal, . auprès de sa négresse et du fils qu elle lui a donné. Mais à ce moment la guerre éclate contre le grand roi | noir, et Jean est tué. Fatou-gaye découvre son cadavre | et, sur le champ de bataille, elle étouffe son enfant et .

| s’empoisonne…

Demain, de grands vautours chauves continueront l’œuvre de destruction, et leurs os traîneront sur le sable, éparpillés par toutes Jes bêtes du désert, et leurs crânes blanchiront au soleil, fouillés … par le vent et par les sauterelles… “4 , Vieux parents au coin du feu, — vieux parents dans la chaumière, F0) = père courbé par les ans, qui rêvez à votre fils, au beau jeune homme en veste rouge, — vieille mère qui priez le soir pour l’abnt, — vieux parents, — attendez vitre fils, — attendez le spahi !.…

Page 1