TROMANCIERS
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Et c'est tout! Pas la moindre étoile qui brille sur ce champ de ténèbres, pas une pensée consolante d’éter-
nité, pas même la lueur glorieuse d’un sacrifice à la
patrie. Que c’est donc triste et désespérant ! Ei si c’est là la vie, mon Dieu, pourquoi sommes-nous ici-bas ? Loti se posera bien la question, mais il y répond par un « qu’en savons-nous ? » qui se résigne au doute. Et cependant, la réponse a été donnée, éclatante comme la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde ». Mais les ténèbres ne veulent pas comprendre la lumière : pour la voir, il faut ne pas être né du sang, ni de la convoitise de la chair, ni de la volonté de l’homme (1).
Les convoitises de la chair occupent dans la vie du Spahi trop de place pour lui laisser voir le vrai sens de la vie, et Çà et là l’auteur appuie trop sur leur description pour ne pas faire du tort à la moralité de son récit.
Comme dans les autres livres de Loti, c’est la couleur exotique, tranchante et vigoureuse, qui distingue le tableau du Sénégal. Peut-être procède-t-il par une succession trop rapide des différents aspects de la terre et de ses habitants, ce qui donne l’impression d’un papillotage lumineux. Toutefois, la vision dominante est le désert infini de sable jaune et brûlant : le personnage principal du roman est le Sahara :
En descendant la côte d’Afrique, quand on a dépassé l'extrémité sud du Maroc, on suit pendant des jours et des nuits un interminable pays désolé. C’est le Sahara, la « grande mer sans eau » que les Maures appellent aussi « Bled-el-Ateuch », le pays de la soif.
Ces piages du désert ont cinq cents lieues de long, sans un point
de repère pour le navire qui passe, sans une plante, sans un vestige de vie,
(1) Jean, 1.