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LES ROMANCIERS

Gustave Flaubert (1821-1880)

Né à Rouen d’un médecin renommé, Gustave Flaubert fit, sans goût, des études de droit à Paris. Il les abandonna après la mort de son père, pour se retirer avec sa mère à Croisset, près de Rouen. A partir de ce moment jusqu’à sa mort, sauf de courts séjours à Paris et quelques voyages, dont un très important en Orient avec son ami Maxime Du Camp, l’uniformité de sa vie casanière et travailleuse n’est plus coupée par d’autres événements saillants que l’apparition à longs intervalles de ses livres.

Le surmenage intellectuel développa chez lui la névrose et la neurasthénie. Il mourut subitement d’une attaque, non d’épilepsie, comme on l’a cru (1),. mais d’apoplexie, en laissant inachevé le manuscrit de Bouvard et Pécuchet.

A lire la Correspondance de Flaubert, on se convainc que cet homme, si grand par certains côtés, s’est rendu malheureux par son propre caractère. Son orgueil, incommensurable, était fait surtout du mépris des autres hommes. Il n’attachait aucune importance à la gloire littéraire ni aux colifichets de la vanité, parce qu’il s’estimait trop pour s’honorer des applaudissements d’une troupe profane incapable de le comprendre.

(1) Il fut, dès la vingt-deuxième année, sujet à des attaques d’épilepsie. C’est en grande partie la terreur de ces crises toujours possibles qui le retint confiné chez lui. .

ROMANCIERS | PTE ae

En cent endroits de sa correspondance perce la sombre misanthropie qui le ronge et que lui-même entretient avec une âpre volupté. A dix-sept ans, il écrivait déjà :

‘4 Vraiment, je n’estime profondément que deux hommes, Rabelais et Byron, les deux seuls qui aient écrit dans l'intention de nuire au 2 genre humain et de lui rire à la face (1).

__ Bien des années après, il dit à propos de la Tentation de Saint Antoine :

LS. Je crois avoir amené mon bouquin à un joli degré d’insanité. L'idée des bêtises qu’il fera dire au bourgeois me soutient, ou plu- tôt je n’ai pas besoin d’être soutenu, un pareil milieu me plaisant naturellement.

Et, dans la même lettre:

r) 18 Nous ne souffrons que d’une chose : la bêtise. Mais elle est for- midable et universelle. Il y a des jours où la colère m’étouffe. Je voudrais noyer mes contemporains dans les latrines, ou tout au

. moins faire pleuvoir sur leurs crêtes des torrents d’injures, des catade: ractes d’invectives. Sion cela? Je me le demande à moimême (2).

Il avoue vers la fin de sa vie, que l’insupportabilité de la sottise humaine est devenue chez lui une maladie et que presque tous les humains ont le don de l’exaspérer (3). Son moral lui paraît assez bon quand il médite une chose qui exhalera sa colère :

Oui, je me débarrasserai enfin de ce qui m’étouffe. Je vomirai sur mes contemporains le dégoût qu’ils m'’inspirent, dussé-je m'en casser la poitrine, ce Sera large et violent (4). ge On conçoit qu’un homme qui se sépare à ce point du reste de l’humanité, se trouve ridicule de vivre et d’agir comme tout le monde:

La vie pratique m'est odieuse, la nécessité de venir seulement

(1) Correspondance, 1'° série, p. 16. (2) Ibid., 4° série,l p. 78.

(3) Ibid., p. 359.

(4) Ibid., p. 121.

m'asseoir à heures fixes dans une salle à manger me remplit l’âme d’un sentiment de tristesse (1). Je me trouve très ridicule, non pas

de ce ridicule relatif qui est le comique théâtral, mais de ce ridicule

intrinsèque à la vie humaine elle-même, et qui ressort de l’action

la plus simple et du geste le plus ordinaire. Jamais, par exemple,

je ne me fais la barbe sans rire, tant ça me paraît bête (2).

Une telle disposition d’esprit rend malheureux celui

qui ne réagit pas. Comment Flaubert, qui n’est pas chrétien, réagirait-il ? La pensée du bien à faire ne le soutient

jamais. Flaubert n’a qu’une passion : l'amour de l’art, “qu’il met au-dessus des affaires, de la politique et de la

religion (3). Mais l’art ne lui sert qu’à se séparer davantage des autres hommes : |

Le principal en ce monde est de tenir son âme dans une région haute, loin des fanges bourgeoises et démocratiques. Le culte de l’art donne de l’orgueil; cn n’en a jamias trop. Telle est ma morale (4). :

Vingt fois il renonce à toute publication: la gloire que donnent de sottes gens le dégoûte ; il continue cependant, …

« pour son agrément personnel », à faire des phrases |

« comme les bourgeois qui ont un tour dans leur grenier font des ronds de serviettes (5) ».

Mais on sait combien la mise sur pied de ces. « phrases » le torturait : son unique consolation augmentait son martyre. Aussi, il est le plus misérable des

hommes :

Je ne crois pas qu’il y ait en France un homme plus triste que

moi (6) ! — Je ne suis pas gai. Je deviens même atrocement lugubre;

pourquoi? Ah! à cause de « tout ». Je passe de l’exaspération à la

(1) Correspondance, p. 161.

2)b pue:

(3) Cfr. Souvenirs intimes publiés par M®° Commanville en tête

de la Correspondance, p. XV.

(4) Correspondance, 4° série, p. 149.

(5) Ibid., p. 139.

prostration, puis je remonte de l’anéantissement à la rage, si bien que la moyenne de ma température est l'embêtement (1).

Il souhaite la mort:

Je ne demande qu’une chose, c’est à crever pour être tranquiile (2).

Et ce n’est pas là l’expression d’un ennui passager : sa vie est rongée par un pessimisme noir, qui gâte ses meilleures journées et auquel il cherche un dérivatif dans la haine du « bourgeois » et le plaisir de savourer la « bêtise » humaine. N’attendons pas de lui la moquerie légère et verveuse d’un Veuillot, qui rit pour corriger ; son ironie est méchante et dédaigneuse. Et puisque le nom du rédacteur de l'Univers me vient à l'esprit, je dirai que le contraste est grand entre ces deux hommes, que nous pouvons si bien comparer dans leurs correspondances. Rien ne réconforte comme la lecture des lettres de Veuillot qui, lui, est toujours de bonne humeur, plein d’ardeur pour le bien, admirable de résignation dans le malheur, homme de cœur et d'esprit qui a un but élevé dans sa vie et le poursuit avec joie et constance à travers tous les obstacles. — L'autre, triste, désemparé, lutte péniblement contre le destin et contre lui-même, et, sans autre idéal que celui d’un art cultivé pour sa propre satisfaction, il est toujours replié sur sa vie pour analyser ses rancœurs et ses rancunes! D'où vient la différence entre ces deux hommes? L’un était chrétien, l’autre ne connaissait le christianisme que pour en étudier les déformations.

Les œuvres. — Madame Bovary (1857) est le chefd'œuvre de Flaubert. On pourrait lui donner comme sous-titre : Les tristes conséquences d’une éducation ro-

(1) Correspondance, p. 152.

. manesque. Le but de l’auteur est de montrer la sottise 1.

foncière de la bourgeoisie de province, et la sottise plus grande encore qu’elle montre en rêvant de s'élever audessus de sa condition.

Emma Rouault, la fille d’un gros fermier, a reçu une éducation trop relevée, peu solide d’ailleurs au point de vue religieux, car elle a pris au pensionnat l’habitude d’une piété niaisement sentimentale, qui se ressent de l'influence romantique. L’imagination gâtée par des romans, où il n’est question que de jeunes et galants princes qui enlèvent la dame de leur cœur, elle se représente la vie comme un beau conte de fée.

Or, elle tombe bientôt, au sortir du couvent, dans la platitude de l’existence, en épousant un médecin de village, Charles Bovary, brave homme incapable de rien comprendre à la psychologie de sa femme, bourgeois épais et prosaïque, d’une intelligence médiocre, d’une volonté faible, un homme nul. Emma se rend bien vite compte de la différence entre son rêve et la réalité. Au lieu de ces colloques raffinés qu’elle lisait dans les romans, elle avait la conversation de Charles « plate comme un trottoir de rue », où les idées de tout le monde défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie.

Aussi chercha-t-elle un dérivatif à sa mélancolie dans l'imagination d’une existence éthérée — celle de ses anciennes amies de pension, sans doute. Le monde, les réceptions brillantes, les bals et les théâtres lui tourbil-

JJonnent dans la tête.

La voilà mûre pour la chute; il n’y faudra qu’une occasion. Elle ne tarde pas à se présenter. Ilyena même plus Tune, et, à partir de ce moment. le roman

RM devient l’histoire des adultères de Madame Bovary. Parfois, essayant de remonter la pente, elle donne dans la religion, mais elle apporte dans sa piété son imagination romanesque, son goût morbide de sensualité vaporeuse. Finalement, la décadence est complète; elle ne se contente plus de tromper son mari, lequel, dans sa bêtise, ne soupçonne jamais rien, mais elle le vole. À bout de ressources et d’expédients, elle s’empoisonne.

Histoire triste et terrible, qui contient une grande leçon. Elle nous raconte la vie d’une femme descendue peu à peu aux derniers degrés de l’immoralité, parce qu’il a manqué à son caractère évaporé et passionné le contrepoids de principes solides. Donnez à Emma Bovary une religion plus ferme, et rien de ce qui arrive ne se produirait. Elle trouverait dans sa piété un motif assez puissant de résignation, et la vie de province qui paraît si plate à son imagination farcie de rêves romanesques, s’illuminerait d’un rayon de bonheur paisible par la conception d’un devoir simple et beau à remplir.

Mais c’est nous, plutôt que l’auteur, qui tirons du livre cette haute moralité. Flaubert a exposé un simple cas expérimental. Il l’a étudié en réaliste, qui ne se préoccupe pas du remède; l’œuvre emprunte toute sa moralité à la justice immanente des événements. Aux yeux de Flaubert, si Emma Bovary tombe, ce n’est pas sa faute, mais celle de son éducation : elle subit les conséquences fatales des idées qui, durant sa jeunesse, lui furent implantées dans la tête.

Aussi, la moralité du livre dépend-elle plutôt de la disposition interne du lecteur, et l’on comprend que l'Eglise ait jucé l’ouvrage assez dangereux pour le mettre à l’index. D'ailleurs, la crudité de certaines descriptions va-

lurent à l’auteur un procès devant le tribunal correctionnel de Paris, et l’acquittement qui a suivi contenait des considérants très sévères. On a fait du chemin depuis 1857, grâce aux naturalistes, et nous reconnaissons qu'aujourd'hui on ne songerait plus même à poursuivre un Flaubert du chef d’immoralité, mais est-ce bien un progrès moral ?

Le succès de Madame Bovary fut très grand. Il est dû en partie à une réaction contre le romantisme. Celui-ci s’y voyait condamné, rien que par l'influence néfaste qu’on lui attribuait sur l'imagination de la principale

héroïne.

A cette littérature de lyrisme et de rêve, Flaubert oppose la réalité objective et impersonnelle; il étudie la vie, celle de tous les jours, celle du bourgeois de province, et il la décrit sans y mêler son âme, en se défendant même de l’apprécier. Aussi, est-ce de Madame Bovary que relève toute la littérature réaliste de la seconde moitié du siècle.

Mais s’il répondit si bien à un besoin de réaction, jamais ce livre n'aurait exercé une telle influence, s’il n'avait eu les qualités qui en font un des romans les plus remarquables de la littérature française.

Admirablement charpenté, il est, malgré le fouillis des personnages, d’une merveilleuse unité. Les épisodes secondaires tournent tous autour du sujet principal, et dans le tableau de la vie quotidienne d’une petite ville, nous ne perdons jamais de vue les figures de premier ‘plan.

Mais la principale qualité du roman réside dans l’étude des caractères. Les personnages sont si bien campés, en chair et en os, qu’on ne les oublie plus. C’est qu’ils sont

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copiés sur la réalité. Homais surtout, l’ineffable Homais, le éemi-savant, voltairien et prêétrophobe, a passé à l’état de « type ». Nous le coudoyons tous les jours : c’est le journaliste, féru d’objections banales contre la religion et qui se croit un génie parce qu’il est correspondant du Fanal de Rouen; c’est l’apothicaire de province, qu’une teinte de science a gonflé de vanité et qui éblouit le petit cercle du Café du Lion d’Or par son langage hérissé de vocables latins et de termes vaguement scientifiques; qui a toujours le verbe haut, se pose en défenseur de la science contre les empiétements de la superstition et des curés, et se croit investi de la mission d’arracher l'humanité au despotisme de l'Eglise. Le trait qui révèle lé mieux son infatuation de lui-même, c’est qu’il ne doute jamais de ses affirmations: heureux de posséder la certitude, il s’irrite de voir les autres si peu éclairés. Pour lui, pas de problèmes : la science explique tout, et sa médiocrité n’a jamais éprouvé les angoisses du savant aux prises avec les grands problèmes intellectuels.

D'ailleurs, sa vanité n’est pas méchante et s’accommode d’une certaine pitié pour le monde inférieur qui l’entoure de ses admirations; sa tolérance lui permet d'admirer les qualités littéraires d’un chef-d'œuvre chrétien. Car « le penseur chez lui n’étouffait pas l’homme sensible ; il savait établir des différences, faire la part de l’imagination et celle du fanatisme (1) ».

Des comices agricoles ont eu lieu à Yonville-l’Abbaye :

Deux jours après, dans le Fanal de Rouen, il y avait un grand

article sur les comices. Homaïis l’avait composé, de verve, dès le lendemain.

(1) Madame Bovary, p. 98.

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« Pourquoi ces festons, ces fleurs, ces guirlandes ? Où couraïit

cette foule, comme les flots d’une mer en furie, sous les torrents —

d’un soleil tropical qui répandait sa chaleur sur nos guérets ? »

Ensuite, il parlait de la condition des paysans. Certes, le gouvernement faisait beaucoup, mais pas assez ! « Du courage ! lui criait-il ; mille réformes sont indispensables, accomplissons-les. « Puis, abordant l'entrée du Conseiller, il n’oubliait point « l’air martial de notre milice », ni « nos plus sémillantes villageoises », ni « les vieillards à tête chauve, sorte de patriarches qui étaient là, et dont quelquesuns, débris de nos immortelles phalanges, sentaient encore battre leurs cœurs au son mâle des tambours ». Il se citait parmi les membres du jury, et même il rappelait, dans une note, que M. Homais, avait envoyé un Mémoire sur le cidre à la Société d’agriculture. Quand il arrivait à la distribution des récompenses, il dépeignait la joie des lauréats en traits dithyrambiques. « Le père embrassait son fils, le frère le frère, l’époux l'épouse. Plus d’un montrait avec orgueil son humble médaille, et sans doute, revenu chez lui, près de sa bonne ménagère, il l’aura suspendue en pleurant aux murs discrets de sa chaumine.

» Vers six heures, un banquet, dressé dans l’herbage de M, Liegeard, a réuni les principaux assistants de la fête. La plus grande cordialité n’a cessé d’y régner. Divers toasts ont été portés : M. Lieuvain, au monarque! M. Tuvache, au préfet! M. Derozerays, à l'agriculture ! M. Homaïis, à l’industrie et aux beaux-arts, ces deux sœurs! M. I2plichy, aux améliorations ! Le soir, un brillant feu d'artifice a tout à coup illuminé les airs. On eût dit un véritable kaléidoscope, un vrai décor d’opéra, et un moment notre petite localité a pu se croire transportée au milieu d’un rêve des Mille et une Nuits.

» Constatons qu'aucun événement fâcheux n’est venu troubler cette réunion de famille. » >

Et il ajoutait : « On a seulement remarqué l'absence du clergé. Sans doute

les sacristies entendent le progrès d’une autre manière. Libre à vous, Messieurs de Loyola! » (1).

Malheureusement pour les principaux habitants de Yonville qui évoluent dans ce roman, Homais ne ren-

, contre pas en face de lui un homme capable de défendre

la religion. Ce n’est pas le curé Bournisien, dont les

(1) Madame Bovary, p. 169 (Fasquelle).

4 discussions avec Homais tournent plutôt au He

nr. de l’Eglise. On a reproché à Flaubert d’avoir mis dans - son livre un si piètre représentant du clergé. Esprit

borné et lourd, âme naïve, l’abbé Bournisien est le curé de campagne tel que se l’imaginent tous les Homais, un

bon vivant à la foi peu éclairée, qui fait son métier de curé avec conscience et ponctualité comme un fonction-

naire de l'Eglise, mais sans initiative ni intelligence. Je

ne pense pas que Flaubert ait voulu faire œuvre d’irréligion en dessinant cette caricature; il a cru faire besogne de réaliste. Mais il a dépassé le but; le brave -curé est trop simple, et son ignorance du maniement des âme est absolue.

Naturellement, le caractère le plus fouillé est celui d'Emma Bovary. L’une ou l’autre citation, avec ce que nous en avons dit plus haut, le fera fort bien connaître. é Voici l’influence du pensionnat :

Il y avait au couvent une vieille fille qui venait tous les mois,

pendant huit jours, travailler à la lingerie. Protégée par l’arche-

vêché comme appartenant à une ancienne famille de gentilshommes ruinés sous la Révolution, elle mangeait au réfectoire, à la table des bonnes sœurs, et faisait avec elles, après le repas, un petit bout de causette avant de remonter à son ouvrage. Sou- * vent les pensionnaires s’échappaient de l’étude pour l’aller voir. Elle savait par cœur des chansons galantes du siècle passé, qu’elle chantait à demi-voix, tout en poussant l'aiguille. Elle contait des histoires, vous apprenait des nouvelles, faisait en ville vos commissions, et prêtait aux grandes, en cachette, quelque roman qu’elle avait toujours dans les poches de son tablier, et dont la bonne demoiselle elle-même avalait de longs chapitres, dans les intervalles de sa besogne. Ce n'était qu’amours, amants, amantes, dames persécutées s’évanouissant dans les pavillons solitaires,

= postillons qu’on tue à tous les relais, chevaux qu’on crève à toutes

les pages, forêts sombres, troubles du cœur, serments, sanglots, larmes et baisers, nacelles au clair de lune, rossignols dans les bosquets, messieurs braves comme des agneaux, vertueux comme

on ne l’est pas, toujours bien mis, et qui pleurent comme des

Scott, plus tard, elle s’éprit de choses historiques, rêva bahuts, salle des gardes et ménestrels. Elle aurait voulu vivre dans quel-

… sous le trèfle des ogives, passaient leurs jours, le coude sur la

. pierre et le menton dans la main, à regarder venir du fond de la campagne un cavalier à plume blanche aui galope sur un cheval

Après son mariage avec Charles Bovary, elle trouve . sa calme vie trop différente du bonheur tant rêvé :

| | jours de sa vie, la lune de miel, comme on disait. Pour en goûter | la douceur, il eût fallu, sans doute, s’en aller vers ces pays à noms | sonores où les lendemains de mariage ont de plus suaves paresses ! | Dans les chaises de poste, sous des stores de soie bleue, on monte . au pas des routes escarpées, écoutant la chanson du postillon qui se répète dans la montagne avec les clochettes des chèvres et le

au bord des golfes le parfum des citronniers ; puis, le soir, sur la . terrasse des villas, seuls et les doigts confondus, on regarde les … étoiles en faisant des projets. Il lui semblait que certains lieux sur

la terre devaient produire du bonheur, comme une plante particulière au sol et qui pousse mal tout autre part. Que ne pouvait

… de velours noir à longues basques, et qui porte des bottes molles, un chapeau pointu et des manchettes! (2).

Peu à peu elle s’exaspère en découvrant la vulgarité de son existence et la nullité de son mari:

pi Elle se sentait, d’ailleurs, plus irrité de lui. Il prenait, avec l’âge, des allures épaisses ; il coupait, au dessert, le bouchon des

… bouteilles vides ; il se passait, après manger, la langue sur les dents ; .

| il faisait, en avalant sa soupe, un gloussement à chaque gorgée, et, comme il commençait d’engraisser, ses yeux, déjà petits, sem-

(1) Madame Bovary, p. 39.

(2) Ibid., p. 43.

urnes. Pendant six mois, à quinze ans, Emma se graissa donc les mains à cette poussière des vieux cabinets de lecture. Avec Walter

| que vieux manoir, comme ces châtelaines au long corsage, qui,

noir (1). 2 |

: Elle songeait quelquefois que c'était là pourtant les plus beaux

bruit sourd de la cascade. Quand le soleil se couche, on respire

elle s’accouder sur le balcon des chalets suisses ou enfermer sa … tristesse dans un cottage écossais, avec un mari vêtu d’un habit

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blaient: remonter vers les ie par la bouffissure de ses. pommettes (1).

Les autres ouvrages de Flaubert ne vaudront pas Madame Bovary. Leur mérite consistera surtout dans la description ; or, celle-ci était admirable dans le premier roman.

Salammbô (1862) est un ouvrage d’une lecture dif-

ficile et ennuyeuse. La faute en est au choix du sujet, comme le fait très finement remarquer Emile Faguet : « Le roman historique n’intéresse qu’autant que l’époque où il est placé nous est assez connue déjà, et qu’autant que les événements qui s’y déroulent engagent une de nos passions et l’émeuvent très fortement. Il faut que l’époque nous soit assez connue d’avance, parce que si elle ne l’est pas, lé roman historique nous instruit trop pour nous émouvoir (2). » Or, l'archéologie carthaginoise est trop étrangère à la généralité des lecteurs, et ces reconstitutions détaillées les transportent dans un monde si extraordinaire qu’ils en sont éblouis. Les Carthaginois nous intéressent dans leurs rapports avec Rome, mieux connue, mais ici il s’agit d’un épisode où la seule fortune de Carthage est en danger.

- Le sujet comporte l’histoire de la révolte contre Carthage des mercenaires barbares qui sont à sa solde. Commandés par le géant Mâtho, ils assiègent la ville. Mais Mâtho aime Salammbô, la fille d'Hamilcar Barca, défenseur des Carthaginois. Mâtho réussit à enlever le voile de la déesse Tanit, le zaïmph, dont dépend le sort de la cité.

Salammbô, à la garde de qu le précieux palladium

(1) Madame Bovary, P. 67.

(2) E. FAGUET, Flaubert, p. 46.

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