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livre, il répète qu’il n’a plus la foi et que sa sympathie

… C'est que Loti n’a pas cherché sérieusement la vérité. __ Rassasié des visions multiformes du monde, fatigué de

trouver, sous tous les climats et au contact de toutes les

visions neuves et il les note, ces visions, avec son talent

habituel de peintre, jouissant en artiste des sensations qu’elles lui donnent, mais sans aller jusqu’au fond des réflexions qu’elles devaient lui suggérer. Son chris- tianisme renaissant reste à la superficie de son âme, et

magnificences de la nature et de l’art, le même désen- … chantement des choses, il a cherché en Palestine des

jamais il ne descend aux conséquences pratiques ; il n’est

pas question de le pousser jusque-là. Aussi, Loti s’arrête-t-il toujours à temps, car, selon le mot de Remy de Gourmont, « ce qu’il y a de terrible quand on cherche la

vérité, c’est qu’on la trouve (1) ». Et voilà pourquoi il

revient de son pèlerinage, plus déçu que jamais. Sera-t-il plus heureux dans son voyage au pays des

brahmanes ? Les doctrines ésotériques de Madras et de __ Bénarès lui donneront-elles ce qu’il n’a pu trouver à Jé- = rusalem ? Il semble l’espérer dans L'Inde (sans les An- glais)(1903) et Vers Ispahan (1904), deux livres dont les

descriptions empruntent à l'éclat du soleil oriental la netteté de leur dessin et la vivacité de leurs couleurs.

Ce fut certes un spectacle aussi singulier qu’attristant

__ de voir cet homme tourner le dos à la réalité et s’en aller,

loin d’elle, chercher un refuge contre les angoisses du doute auprès de ces vieilles et stériles philosophies de

l'Inde. Il se laisse séduire par le charme d’une vague métempsycose et d’un nirvana final. Et cette pauvre con- solation, neuve pour ce blasé, le berce pour un temps.

(1) Cité par la Revue Hebd., 1911, n° 48, p. 97. ss

quêter ailleurs d’autres sensations (1).

Le voici de nouveau à Constantinople où, se ressou- e

venant d’Aziyadé, il se reconnaît bien le même homme, toujours séduit par le charme nouveau des êtres et des choses, mais attristé de ne pouvoir, à cinquante-cinq ans,

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pin

- titre: « roman des harems turcs contemporains », n ’indi- . quait un objectif plus intéressant. Chose rare chez Loti,

ce livre défend une thèse ; il plaide en faveur de l’émancipation de la Musulmane, qu’une législation tyrannique condamne à la vie maussade et uniforme du harem; il î nous montre à l’œuvre ce féminisme turc, que propage |

filles qui, dès leur mariage, sont brusquement retran-

subrepticement dans les gynécées, à tenir avec ces « désenchantées », mystérieusement voilées, des conversa-

- recevoir d'elles des lettres qui racontent leur histoire et

= l’encouragent à prendre leur défense devant l'opinion

publique.

Ils se rencontreront beaucoup, pendant toute cette délicieuse fin de l’été. Aux Eaux-Douces d’Asie, chaque semaine au moins une

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Mélek, dont les traits se voyaient un peu, osant à peine sourire à travers leurs gazes noires. À Stamboul, chez la bonne nourrice, ils se

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. ciation plus détaillée de ces deux ouvrages.

fois, leurs caïques se frôlèrent, eux ne bronchant point, Zeyneb et

l'éducation française ou anglaise donnée à des jeunes …

tions plus souvent insignifiantes qu’intéressantes, puis, à

“ revirent aussi; elles étaient plus libres au Bosphore que dans leurs

puis. c’est toujours le même Loti, qui s’en ira 30

ranimer la flamme de sa jeunesse. Et Les Désenchan- s tées (1906) ne contiendraient vraiment qu’une idylle un peu fade et que l’âge du héros rend ridicule, si le sous-

chées du monde. André Lhéry (Loti) réussit à pénétrer

(1) Nous avons donné, dans Religion et Littérature, une appré-

grandes maisons d’hiver à Khassim-Pacha, trouvaient mille prétextes pour venir en ville et semaient leurs esclaves en route ; il est vrai, chaque entrevue nouvelle nécessitait des tissus d’audaces et de ruses, qui toujours paraissaient près de se rompre et de changer en

drame l’innocente aventure, mais qui toujours finissaient par réussir miraculeusement. Et le succès leur donnait plus d’assurance, leur faisait imaginer de plus téméraires entreprises. « Vous pourriez raconter cela dans le monde, à Constantinople, s’amusaient-elles à ui dire personne ne vous croirait. »

Dans la petite maison de Stamboul, quand ils étaient ensemble, à causer comme de vieux amis, il arrivait maintenant que Zeyneb et Mélek relevaient leur voile, montraient l’ovale entier de leur visage, les cheveux seuls restant cachés sous la mante noire, et ainsi elles ressemblaient à des petites nonnaïins, toutes jeunes et élégantes. Djénane seule ne transigeait point; rien ne pouvait se deviner de ses traits, aussi funèbrement enveloppés de noir que le premier jour, et, lui, tremblait d’en faire la remarque, prévoyant quelque réponse absolue qui enlèverait toute espérance de jamais connaître ses yeux (1) ».

Le Château de la Belle-au-Bois-Dormant (1909) est un recueil d’impressions fort diverses, où les notes de voyages dominent, mêlées à des souvenirs de jeunesse. Il y a même un discours d’Académie sur les prix de vertu.

C'est bien Loti qu’on y retrouve, avec sa sensibilité exagérée, sa mélancolie, son anxiété devant la vieillesse et la mort. Toujours également étonné du mystère de la souffrance, il exhale l’éternelle plainte de la misère humaine. Sa compatissance s’étend aux animaux (il note si

(1) Les Désenchantées, p. 251 (Calmann-Lévy). M°° Marc Hélys, dans le Secret des Désenchantées (1923) a révélé, après la mort de Loti, la véritable identité de cette Djénane, la mystérieuse Turque voilée. C'était elle-même, authentique Française, qui, avec deux

. amies turques, s’amusa à longuement mystifier Loti. Que le romancier ait été assez naïf pour donner à fond dans le panneau, cela n’est pas si étonnant, car il a toujours manqué de psychologie. Le livre de Marc Hélys a jeté le ridicule sur la mémoire du romancier, mais l'héroïne de cette plaisanterie d’un goût douteux n’y a pas gagné en estime.

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éxpressivement la plainte d’un petit chat condamné à la | noyade) et même aux choses inanimées, qui se sentent aussi vieillir, souffrir et mourir.

Mais Loti reste l’être de volupté qu’il a toujours été. Quelques passages le démontrent trop bien. Et l’on est 1 pris de compassion pour le malheureux poète, esclave de . ses impressions, qui n’a jamais éprouvé le plaisir intellectuel de la certitude. La vérité! Elle n’existe pas pour lui; le monde est une fantasmagorie qui le distrait un

* temps, dont il reste un arrière-goût de tristesse. Voici l’abrégé de son économie politique et sociale : « Tout est vrai. Mais le contraire l’est également ». Il résume de même ses opinions religieuses en une phrase, qui dénote adéquatement son état d'âme et explique les pages Sympathiques écrites à propos des spectacles religieux. les

plus dissemblables : « Tout est faux. Mais le contraire l’est encore bien davantage, et notoirement plus absurde (1) ».

Jamais sa pensée ne s’est appuyée sur rien de solide. Victime du doute, il n’a pu être heureux, lui dont la destinée fut « de courir à tous les mirages, de sacrifier à tous les dieux, de traverser tous les pandémoniums et de connaître toutes les fournaises.… (2) ».

La Mort de Philæ(1909) est la protestation du poète contre l’envahissement de l’Egypte par les hordes de touristes de l’agence Cook et par l’industrie et le progrès modernes. Le sort de la merveilleuse île de Philæ, dont les temples millénaires, à demi submergés à cause d’un barrage construit dans le Nil, ne se visitent déjà plus

2 qu’en barque, est l’image la plus frappante de la dernière

(1) Le Château de la Belle-au-Bois-dormant, p. 181. (2) Ibid., p. 28.

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ASE, à rt” 4

nières du livre. Elles semblent considérer la situation

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La noyade de Philæ vient, comme on sait, d'augmenter de soi-

és xante-quinze millions de livres le rendement annuel des terres envi-

ronnantes. Encouragés par ce succès, les Anglais vont, l’année prochaine, élever encore de six mètres le barrage du Nil; du coup,

£ LE sanctuaire d’Isis aura complètement plongé, la plupart des temples

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antiques de la Nubie seront aussi dans l’eau, et des fièvres infecte-

ront le pays. Mais cela permettra de faire de si productives planta-

tions de coton! (1).

comme irrémédiable. Partout d’ ailleurs, non seulement au Caire, mais encore à Louxor, à Assouan, l'ironie

amère de Loti vante les embellissements des villes, la mo- dernisation des hôtels, la facilité des transports et, au À milieu des temples en ruines, ces « luncheons » de tou-

ristes bruyants et étourdis.

Avec quel soulagement n'échappe-t-il pas au coudoie-

ment des voyageurs pressés, — ceux-là mêmes qu’on rencontre partout, à Nice et à Naples, — pour s’enfoncer tout seul, la nuit, dans les enfilades de salles hypo-

. Le voici à Thèbes par exemple, où, tandis qu’il

errait sous la clarté diffuse d’un ciel étoilé, au milieu de

ces dieux figés dans leur geste éternel, la lune Pont et change le spectacle :

La lune ! Soudain les pierres du faîte, les couronnements, les for-

midables frises s’éclairent de rayons bien nets, et çà et là, sur les

bas-reliefs circulaires des piliers, apparaissent des traînées lumi-

neuses qui révèlent les dieux et les déesses inscrits en creux dans la pierre. Ils veillaient par myriades autour de moi, ces personnages, et je le savais. — Coiffés tous de disques ou de grandes cornes, ils

se regardent les uns les autres, tenant les bras levés, éployant leurs longs doigts, en appel de causerie. Ils sont sans nombre, ces dieux

(1) La Mort de Philæ, p. 355.

Ces lignes, navrantes dans leur concision, sont les der- …

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